Le livre est patient

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Le livre a eu beau célébrer jeudi sa «Journée mondiale», il a connu des jours meilleurs. Les ventes de livres neufs n'ont jamais été plus basses au Québec que l'an dernier, selon l'Observatoire de la culture et des communications du Québec, qui compile ce genre de statistiques depuis 2001. En un an seulement, les ventes ont chuté de près de 9,5% (65 millions).

Le milieu du livre, qui attribue l'essentiel de cette baisse à l'absence en librairie de nouveaux best-sellers aussi populaires que 50 Shades of Grey, a imaginé plusieurs activités en cette 20e Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, afin de mettre en valeur et stimuler la lecture.

Traditionnellement, une rose est offerte par un libraire à un client à l'achat d'un livre, depuis que l'UNESCO a instauré en 1995 la tradition de la Journée mondiale du livre. Cette année, quelque 25 librairies membres de l'Association des librairies du Québec (ALQ), de toutes les régions de la province, ont décidé de «prescrire» des livres aux lecteurs.

Aujourd'hui, des libraires vont aborder directement les lecteurs dans les rues, les parcs, les cafés et les terrasses de leur quartier ou de leur ville, afin de leur suggérer des lectures faites «sur mesure» pour eux. En leur proposant des «prescriptions» - oui, comme celles d'un médecin à un patient -, qui seront d'ailleurs inscrites sur de véritables carnets d'ordonnances.

Un libraire de la nouvelle librairie jeunesse Bric-à-Brac, dans Hochelaga-Maisonneuve, ira par exemple faire un tour au parc avec sa brouette de livres pour les enfants, afin de discuter des différents titres qu'il propose. Cette chouette initiative, née l'automne dernier au Salon du livre de Montréal, m'a fait penser à cette phrase aperçue mercredi sur un tableau noir, à l'école de mes fils: «Un moment chez le dentiste ou chez le libraire?»

Sans vouloir vexer ma sympathique dentiste, je choisis sans hésiter le libraire. Le traitement de canal a sans doute des vertus insoupçonnées, mais flâner dans une librairie, humer l'odeur des livres, examiner la disposition des étalages, découvrir les nouveaux titres, butiner d'un livre à un autre, reste un grand plaisir de la vie d'un lecteur. Un plaisir possible grâce à la présence et la survie, de plus en plus difficile, d'un réseau de librairies indépendantes.

«Ces professionnels sont libraires par vocation, a rappelé mercredi Katherine Fafard, directrice générale de l'ALQ, dans une lettre adressée au gouvernement Couillard. Ils le sont devenus pour aller à la rencontre des lecteurs et leur transmettre leur amour des livres, des idées et de l'imagination. Si le modèle d'affaires des librairies (et de l'industrie du livre en entier) est en mutation, les fondements du métier demeureront toujours les mêmes: conseiller et guider des lecteurs, nourrir la curiosité, ouvrir des horizons, bref, contribuer à la formation des esprits et à l'émancipation des sociétés.»

Québec doit soumettre «bientôt» un plan de soutien aux librairies. L'ALQ souhaite que celui-ci soit conforme à la Politique de la lecture et du livre du Québec, qui vise à «faire de la lecture une véritable pratique culturelle et en faciliter l'accès à l'ensemble des Québécoises et des Québécois».

Katherine Fafard estime que les libraires ont été bien patients. Si l'ALQ a fait le deuil d'une réglementation du prix du livre sous le gouvernement libéral, elle souhaite que les mesures de soutien attendues «d'abord à l'automne, puis à Noël, puis en février, puis à l'occasion du budget, puis pour la Journée du livre» soient enfin dévoilées.

«On nous dit depuis des mois que ça s'en vient, mais on voit que le temps passe, et qu'il n'y a pas d'actions concrètes qui ont été menées», m'a-t-elle dit mercredi matin.

En fin d'après-midi, la ministre de la Culture et des Communications Hélène David lançait une invitation à une «importante annonce pour le milieu du livre», demain à Sherbrooke. «Une heureuse coïncidence», m'a confié l'attaché de la presse de la ministre, Philip Proulx.

La directrice générale de l'ALQ propose de manière lucide autre chose qu'une politique du prix unique du livre, souhaitée par la majorité dans le milieu, mais balayée du revers de la main par le gouvernement libéral. Elle appelle Québec non seulement à proposer un soutien financier conséquent à son plan de soutien tant attendu, mais à une défense et une valorisation du livre et de la lecture.

«On aimerait que le ministre de l'Éducation et que le premier ministre affirment que le livre, c'est important. Parce que ce n'est pas ce que le ministre Bolduc laissait entendre l'automne dernier», dit-elle, en rappelant la bourde de l'ex-ministre de l'Éducation qui avait déclaré qu'il y avait assez de livres dans les écoles.

«Les livres dans les bibliothèques scolaires parlent de pays qui n'existent plus», rappelle Katherine Fafard. Elle suggère notamment au gouvernement Couillard d'augmenter le budget d'acquisition de livres des bibliothèques scolaires et publiques, d'attribuer un crédit d'impôt pour le maintien d'une main-d'oeuvre compétente en librairie, d'encadrer la vente de livres numériques par une loi, tout en maintenant et en faisant respecter le cadre législatif actuel.

Si elle propose toujours sans grand espoir de mettre en place une réglementation du prix du livre, Katherine Fafard insiste particulièrement sur l'importance d'un budget affecté aux bibliothèques scolaires, malmenées depuis plusieurs années. Elle souhaite à tout le moins que Québec s'assure de ne pas répéter son erreur de l'année dernière, alors que le ministère de l'Éducation avait permis aux commissions scolaires de réduire les budgets d'acquisition des bibliothèques scolaires, pour un manque à gagner qu'elle évalue à 15 millions.

Au ministère de la Culture, on est convaincu que les librairies et le milieu du livre dans son ensemble seront satisfaits des mesures proposées par le gouvernement, qui proviennent des recommandations faites par le milieu depuis plusieurs mois. Espérons en effet, pour tout le monde, que ce soit le cas.

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