Le prix du prestige

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Dimanche aura lieu la soirée des Oscars, la cérémonie au cours de laquelle Hollywood récompense la qualité artistique des oeuvres cinématographiques. Pas ce qui a été le plus populaire, pas ce qui a été le plus médiatisé, mais ce qui s'est fait de mieux dans la dernière année au cinéma américain.

Le plus prestigieux des trophées, celui du meilleur long métrage, sera-t-il remis à Boyhood ou à Birdman? Je vais y aller avec la famille, comme à La guerre des clans, et parier sur la lettre B. L'un ou l'autre de ces excellents films fera l'affaire.

On a beau être d'accord ou pas avec les choix de l'Académie des arts et des sciences du cinéma - cela fait partie du jeu et de l'attrait de l'événement -, le prestige de la soirée des Oscars demeure intact après 87 ans. Pour une raison toute simple: elle a toujours fait, malgré les critiques, le pari de la qualité. C'est tout à son honneur.

Cela est entendu: les films les plus populaires de la dernière année, Hunger Games et Guardians of the Galaxy, ne remporteront pas l'Oscar du meilleur film dimanche. Fifty Shades of Grey ne devrait pas davantage être auréolé l'an prochain. Personne ne s'en formalisera. Les producteurs de Fifty Shades of Grey n'en feront pas tout un plat. Il n'y aura pas de conférence de presse, pas de boycottage, pas de réconciliation nécessaire.

Ce qui m'amène à la soirée des Gémeaux, boudée depuis une douzaine d'années par quelques personnalités bien en vue et non moins récalcitrantes du petit écran. Cela pour des raisons plus ou moins obscures se résumant essentiellement à ceci: elles n'ont pas remporté assez de prix à leur goût, alors elles boudent.

Ironiquement, c'est en cette semaine des Oscars, semaine de prestige, donc, que le grand pow-wow de la télévision québécoise a confirmé en grande pompe une nouvelle déjà ébruitée il y a un moment dans les médias: le retour dans le giron de la soirée des Gémeaux de Julie Snyder, de Fabienne Larouche et du réseau TVA au grand complet.

On sort le champagne. Plus de chicane dans la cabane. L'exploit, toi! La paix des braves avait moins de panache. Les accords de Dayton, en comparaison, c'est de la petite bière...

On me traitera de pisse-vinaigre, j'en ai l'habitude, mais j'ai plus de difficulté que mon prochain à me réjouir de la bonne nouvelle GM du jour. Mon objection, disons philosophique, tient à cette manie que l'on a, peut-être encore davantage au Québec qu'ailleurs, de vouloir plaire à tout le monde, à sa soeur, à Julie Snyder et à Fabienne Larouche.

La formule remaniée des Gémeaux me fait penser au programme Participaction de mon enfance, où tout le monde était assuré d'obtenir une récompense à la fin d'une activité, peu importe son degré d'inaptitude. L'important, comme on sait, c'est de participer.

Certains se plaignent que l'on remet trop de prix - surtout en ondes - à la soirée des Oscars, avec ses 24 catégories. Savez-vous combien de catégories compte désormais la soirée des Gémeaux? Cette remise de prix qui a multiplié les prix afin de récompenser les séries dramatiques «annuelles», «saisonnières» et «quotidiennes» (ainsi que tous leurs artisans)? Pas 24 ni 25. Pas 50 ou 55, ce qui serait déjà trop. Mais bien 110! À cinq finalistes par catégorie, faites le calcul. On comprendra les exclus d'être vexés...

Le gala des Gémeaux, qui remet aussi un prix du public en direct - d'un coup qu'on aurait oublié quelqu'un -, a-t-il perdu de sa pertinence à force de faire des compromis? Comme me le disait hier un ami qui travaille en télé, ces prix sont devenus l'équivalent des «sceaux de qualité» des chambres de commerce que l'on retrouve dans les vitrines des restaurants chinois. Disons que la qualité n'est pas toujours assurée.

On m'assure pourtant que le nouveau mode de scrutin sera plus équitable, plus transparent et fera moins place aux inimitiés, nombreuses dans le petit monde de la télé. Soit. Il y aura dorénavant plus d'importance accordée aux choix des jurys de pairs (70% du résultat final), ce qui, de l'avis d'experts, constitue le «moins pire des systèmes» de votation du genre.

Il reste qu'à trop vouloir contenter les dissidents, on finit par dévaluer les prix pour lesquels on se crêpe le chignon depuis des années. Julie Snyder, au contraire, laisse entendre que les prix remportés pendant la douzaine d'années du boycottage devraient être marqués d'un astérisque, comme une médaille olympique remportée aux Jeux de Moscou ou de Los Angeles. À vaincre sans péril... C'est gentil pour les lauréats et pour Sylvie Bernier.

Les dissidents d'hier ne sont sans doute pas étrangers au fait que plusieurs prix Gémeaux seront désormais attribués sur la base non seulement de leur qualité, mais aussi de leur popularité. Le gala Artis, que toutes deux semblent trouver plus juste et équitable que celui des Gémeaux (pardon?), récompense déjà la popularité. Des séries comme Mensonges ou Série noire, principales lauréates du dernier gala des Gémeaux, n'ont aucune chance d'y être plébiscitées.

Je l'ai souvent dit, je le répète: les cotes d'écoute constituent déjà un prix populaire qui vaut son pesant d'or en télévision, au détriment de bien des facteurs qualitatifs. Peut-on, une seule fois dans l'année, évaluer les oeuvres sans tenir compte de leur capacité à attirer un vaste auditoire? Faudrait-il, dimanche, en majorant sa note, remettre l'Oscar du meilleur film à American Sniper, qui a cumulé plus de recettes aux guichets que tous ses concurrents réunis?

Pour joindre notre chroniqueur: mcassivi@lapresse.ca

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