Comme un film américain

«C'est pareil comme un film américain, avec des Québécois dedans...» C'est Éric (Mathieu Quesnel) qui le dit dans Le vrai du faux, la nouvelle comédie d'Émile Gaudreault, à l'affiche depuis mercredi.

J'ai repensé à cette phrase en découvrant Marie-Mai Live au Centre Bell: Traverser le miroir, captation du spectacle de l'ex-Star Académicienne par le réalisateur de Star Académie, Jean Lamoureux, à l'affiche depuis hier dans 50 salles.

La «qualité américaine» au service d'un produit québécois réglé au quart de tour. Pas de fausses notes (avec ou sans Auto-Tune), des effets pyrotechniques et des éclairages en abondance, un montage fluide et dynamique, des images de coulisses tout sauf compromettantes, des chorégraphies à la Madonna (circa 1984) et des chansons génériques accrocheuses qui pourraient être celles d'Evanescence, de Shakira ou d'une autre star de pop-rock équivalente.

Bref, du talent à revendre comme on dit à TVA, des chansons «qui sonnent» pour un public préadolescent réceptif et une recette éprouvée (ne remplit pas le Centre Bell qui veut). Pour l'originalité, musicale comme cinématographique, et l'accès authentique et privilégié à une artiste ambitieuse qui, oui, parfois doute, on repassera. Ce n'est malheureusement pas en traversant ce miroir que l'on réussira à départager le vrai du faux.

Revenons-en au film d'Émile Gaudreault. «C'est pareil comme un film américain, avec des Québécois dedans...» Éric le dit, même si Marco (Stéphane Rousseau) ne veut pas l'entendre. Marco Valois a réalisé le film Furie 1 et sa suite, Furie 2, moins réussie de l'avis général. Des films qui ne sont ni plus ni moins que des pastiches de la «lucrative franchise» américaine The Fast and The Furious, acteurs québécois en prime.

Valois, à la fois bouleversé, déprimé et inspiré par le suicide d'un ancien combattant de l'armée canadienne en Afghanistan souffrant d'un trouble de stress post-traumatique, tient enfin un sujet de long métrage digne de ses ambitions artistiques.

Entre en scène Éric, énigmatique gaillard qui s'isole chez lui entre deux rendez-vous chez sa psy (Julie LeBreton) en écoutant du métal, en fumant du pot et en regardant des films d'action avec «des poursuites, des explosions, des actrices sexy et des batailles».

Le vrai du faux, d'après la pièce Au champ de Mars de Pierre-Michel Tremblay, qui a coscénarisé le film, se présente à la fois comme la «comédie de l'été» (marque déposée) d'un cinéaste qui en a connu d'autres (Nuit de noces, De père en flic, Le sens de l'humour) et une satire sociale, écorchant particulièrement le milieu du cinéma.

C'est une oeuvre elle-même très ambitieuse, puisant dans le drame et la comédie, qui souhaite émouvoir, faire rire et réfléchir, en prenant pour prétexte un sujet lourd traité avec légèreté. Une commande très lourde pour Gaudreault (comme pour n'importe quel cinéaste) qui sombre sous le poids de ces multiples paradoxes.

Le vrai du faux est un de ces films égarés entre deux chaises par faute de n'avoir su choisir leur camp. Gaudreault effleure la satire plutôt que de s'y plonger pleinement, tout en tentant de profiter des bienfaits du cadre plus traditionnel de la comédie de situation. En résulte une oeuvre qui ne trouve jamais le ton juste entre l'émotion brute et l'humour quasi absurde, le réalisme du stress post-traumatique et la fiction humoristique, le jeu plus incarné et intense de Mathieu Quesnel et celui, imprécis et souvent loufoque, de Stéphane Rousseau.

Il y avait pourtant là terreau fertile à une comédie noire décapante. Émile Gaudreault joue plutôt dans les tons de gris, hésitant à se lancer ou dans la comédie franche, ou dans la satire sociale. Son film transpire le compromis et l'hésitation entre l'exploration du traumatisme de la guerre et de la maladie mentale - qui commande une bonne dose de cynisme - et la caricature bon enfant qu'inspire la rencontre improbable entre deux êtres aux antipodes l'un de l'autre. Une formule éculée du cinéma d'été, ici comme aux États-Unis...

Si quelques répliques bien tournées font rire, l'émotion, elle, est noyée dans une série de gags parfois burlesques, livrés de manière assez prévisible. La plupart des acteurs s'en tirent plutôt bien, malgré une partition parfois difficile à suivre, où les personnages secondaires se trouvent réduits aux clichés qu'ils débitent.

Émile Gaudreault, on le sent, n'a pas su choisir. Entre la comédie grand public - qui risque malheureusement de ne pas provoquer les cascades de rires espérées - et la satire, ici trop lisse et policée (comme le film sur Marie-Mai) pour vraiment engager le spectateur. Le cinéaste, qui aurait peut-être eu intérêt à transgresser davantage de codes comiques en repoussant ses limites, ratisse trop large et finit par rater sa cible.




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