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Nicole, toute de Grace

C'est vrai qu'elle est impériale, Nicole Kidman, du haut de ses presque six... (Photo: AP)

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C'est vrai qu'elle est impériale, Nicole Kidman, du haut de ses presque six pieds (sans les talons). Elle a fait le bonheur des centaines de badauds venus à sa rencontre, hier, pour l'ouverture du 67e Festival de Cannes, très élégante en robe bustier azur sertie de pierres précieuses.

Même ceux postés depuis le milieu de l'après-midi derrière la deuxième clôture de sécurité, près du trottoir du boulevard de la Croisette, étaient ravis de l'apercevoir au loin. L'avantage d'être une «grande» star...

Au pied des marches, les photographes amateurs n'en avaient que pour elle. Nicole par-ci, Nicole par-là, s'il vous plaît, Nicole! L'Australienne (née à Hawaii) interprète le rôle-titre de Grace de Monaco, film d'ouverture au parfum de controverse du Français Olivier Dahan, présenté hier hors concours au Palais des Festivals.

Renié par la famille Grimaldi, absente de cette grande première où elle n'a du reste pas été invitée, et faisant l'objet d'un bras de fer entre Dahan et son distributeur américain Harvey Weinstein (réglé in extremis hier), le film a déçu les festivaliers, qui lui ont réservé un accueil pour le moins tiède.

L'influent Harvey Weinstein, champion des campagnes aux Oscars, souhaitait une oeuvre biographique classique, qui retrace la carrière et la vie princière de Grace Kelly, ainsi que sa mort tragique dans un accident de voiture, en septembre 1982.

Olivier Dahan a préféré s'intéresser à une tranche de vie de la blonde actrice, oscarisée en 1955 pour The Country Girl, au moment où elle doit choisir entre un retour à Hollywood et un investissement plus soutenu dans sa nouvelle vie de femme au foyer (de monarque).

Tout ça sur fond de crise politique d'origine fiscale entre Monaco et la France, au début des années 60, en pleine guerre d'Algérie, alors que Charles de Gaulle et le prince Rainier jouaient à qui fait pipi le plus loin.

«Cette fiction est inspirée de faits réels», avertit d'emblée le générique d'ouverture. La réponse du cinéaste à la famille princière monégasque - qui, ayant lu le scénario, a dénoncé son manque de rigueur historique - est on ne peut plus claire.

En conférence de presse, hier après-midi, Olivier Dahan a revendiqué son droit à ces «petites entorses» à la réalité. Une scène, au tout début de son film, montre Alfred Hitchcock arrivant dans la principauté pour tenter de convaincre «Gracie» de jouer dans son nouveau long métrage, Marnie. En réalité, le cinéaste de Rear Window passa un coup de fil à son actrice fétiche, qui hésita avant de refuser le rôle (qui fut éventuellement interprété par Tippi Hedren).

«Par rapport à la polémique, ce que j'ai essayé d'atteindre, ce n'est pas du factuel, dit Dahan. C'est plus de toucher au coeur, avec mon intuition et l'intuition des comédiens, de ce que pouvait être Grace Kelly dans telle ou telle situation. J'ai essayé que ce soit, j'espère, plus profond que ça.»

Le cinéaste de La vie en rose (sur Édith Piaf) explique avoir voulu faire un film «complexe, mais accessible», qui ne soit ni un «biopic» ni un film politique. M'est avis qu'il a raté son coup. Grace de Monaco, un récit à l'eau de rose qui raconte le désenchantement d'une princesse obnubilée par les contes de fées, manque singulièrement de subtilité.

Les tensions du couple sont soulignées à grands traits, le prince charmant manque de charme, le jeu est théâtral, les personnages secondaires transpirent la caricature et parlent bien sûr tous anglais (même Yves Jacques, dans un petit rôle de ministre de l'Intérieur).

Olivier Dahan, un cinéaste français, a voulu faire plus hollywoodien que Hollywood. Sa vision a au moins le mérite d'être limpide: la princesse consort ne sortait pas souvent, s'ennuyait de la vie d'actrice - qu'elle a quittée à 27 ans pour épouser le prince Rainier III - , et vivait sous le joug d'un mari tyrannique.

Le cinéaste fait de cette femme - que ses biographes décrivent comme réservée, voire insipide - un symbole féministe avant-gardiste, tiraillée entre sa carrière et sa vie familiale, songeant au divorce, qui trouve le salut et la sérénité en acceptant son «destin» et son devoir d'épouse, de mère, de princesse et de plante verte. On n'arrête pas le progrès.

On comprend aisément le mécontentement des enfants du couple, les très médiatiques Albert, Caroline et Stéphanie, devant cette oeuvre lisse, moralisatrice, en panne d'inspiration.

«Ça m'attriste, dit Nicole Kidman. Je ne pense pas qu'il y ait de malice envers la famille ni envers Grace et Rainier dans ce film. Ce n'est pas un biopic. C'est une fiction, dont l'essence dramatique est véritable. Je comprends leur désarroi. Mais c'est un film fait avec beaucoup d'affection pour leurs parents et l'histoire d'amour de leurs parents.»

Nicole Kidman, souvent filmée en gros plan par Olivier Dahan, réussit par moments à émouvoir dans le rôle de Grace, ce qui relève de l'exploit tellement ce film sans texture tombe à plat. C'est dire comme elle a fait du chemin depuis La gang des BMX...

Aujourd'hui, Nicole Kidman fait partie des chouchous du Festival. «Ça fait 10 ans que je fréquente Cannes. J'y suis venue trois années de suite. Comme membre du jury l'an dernier, j'y ai passé deux semaines parmi les plus belles de ma vie», dit-elle.

Ce qu'elle donnerait comme prix à ce film si elle était membre du jury cette année? «La Palme d'or!» répond-elle, l'oeil pétillant, le sourire en coin. Les grandes actrices savent jouer la comédie jusqu'au bout...




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