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Le réalisateur Abdellatif Kechiche et les deux têtes... (PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, aFP)

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Le réalisateur Abdellatif Kechiche et les deux têtes d'affiche de La vie d'Adèle, Adèle Exarchopoulos et Lea Seydoux, jeudi, sur le tapis rouge à Cannes.

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, aFP

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(Cannes) On n'a pas le temps de s'ennuyer à Cannes avec les vols à répétition de bijoux de 1 million et les coups de feu sur la Croisette devant les plateaux de télévision. Il s'en passe des choses...

Mais cette année, je dois l'avouer, j'ai attendu longtemps un authentique coup de coeur cinématographique. Si bien que j'ai fini par me faire à l'idée que ce serait peut-être une année «sans».

J'ai beaucoup apprécié Le passé, premier film français d'Asghar Farhadi, qui met en valeur tout le talent de Bérénice Béjo. Mais pas autant qu'Une séparation, le chef-d'oeuvre de ce brillant cinéaste iranien. Scénario un peu trop explicatif et alambiqué, malgré une mise en scène d'une finesse remarquable, dans sa manière surtout d'observer les relations humaines.

Inside Llewyn Davis des frères Coen m'a réconcilié avec une compétition que je trouvais jusque-là plutôt terne et sans éclat. Beaucoup de films «corrects, sans plus», comme le veut le cliché. J'y ai retrouvé tout ce que j'apprécie le plus dans le cinéma des Coen: un humour irrésistible, parfaitement dosé, au service d'un scénario intelligent et d'une réalisation à l'avenant.

Inside Llewyn Davis, qui fait une place de choix à la musique folk - et à l'excellent interprète qu'est Oscar Isaac (une révélation) -, est de la trempe des Barton Fink, Fargo et autres No Country for Old Men. Un Coen de grand cru, auquel il faudrait bien trouver à mon sens une place au palmarès demain soir.

J'ai été ébloui par la mise en scène de La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino. Une caméra qui glisse sur les lieux et les personnages comme celle de Malick. Un univers romain excentrique qui rappelle inévitablement celui de Fellini. Les couleurs, les éclairages, les expressions, les idées foisonnantes et extravagantes.

Toni Servillo, en auteur mythique d'un seul roman recyclé en dandy mondain, est formidable (comme du reste dans Il Divo du même Sorrentino). Mais avec une durée de 2h40, le film est trop long, confus, et perd son souffle après la disparition abrupte d'un personnage secondaire pourtant important.

Après un Nicolas Winding Refn aussi nourrissant qu'un oeuf de Pâques vide joliment décoré, j'ai enfin ressenti le coup de coeur annuel tant attendu. C'était mercredi. Il pleuvait des cordes. Les festivaliers - français en particulier - râlaient sous leurs parapluies, certains au bord de la crise de nerfs, en faisant la queue à l'extérieur du Palais des festivals.

La séance précédente avait été retardée, tout le monde était trempé. Et un film de trois heures nous attendait, en soirée, au moment où la plupart des journalistes connaissent un passage à vide, un creux de festival, et menacent de cogner des clous en pleine projection. Un vent de scepticisme - c'est un euphémisme - flottait dans le Théâtre Debussy.

Il n'y avait, avec le recul, pas meilleur remède à la mauvaise humeur ambiante que ce film foudroyant de beauté, magnifiquement à fleur de peau - c'est le cas de le dire - d'Abdellatif Kechiche, intitulé La vie d'Adèle. Avec ses plans serrés, ses dialogues d'une vérité percutante et sa façon de filmer, au plus près, une jeune actrice époustouflante, Adèle Exachopoulos.

Je sais, je sais, j'ai déjà parlé abondamment de mon admiration pour Abdellatif Kechiche. Certains me reprochent encore, des années plus tard, une chronique dithyrambique consacrée à l'un de ses précédents films, La graine et le mulet. Je préfère les avertir tout de suite, La vie d'Adèle, inspiré d'un roman graphique (Bleu est une couleur chaude) est fait de la même eau, naturaliste, réaliste, authentique. Un film extraordinaire, émouvant, sensuel, torride, vibrant. Et beau. Comme la vie. Que Kechiche sait filmer comme personne d'autre.

Le plus grand combat d'Ali

Le titre, Muhammad Ali's Greatest Fight, peut sembler trompeur. Le plus récent film de Stephen Frears (The Queen), présenté hors compétition à Cannes, ne porte pas sur la boxe ni du reste sur Muhammad Ali, mais sur son combat judiciaire pour éviter la prison après avoir refusé en 1967 la conscription pendant la guerre du Vietnam.

Il s'agit, plus précisément, d'un film de fiction sur les tractations à la Cour suprême des États-Unis en 1971, afin de déterminer si l'ex-Cassius Clay pouvait ou non se prévaloir du titre d'objecteur de conscience après sa conversion à la Nation of Islam. De 25 ans à 28 ans, en raison de son refus de rejoindre l'armée américaine, Muhammad Ali n'a pu combattre et a dû renoncer à son titre de champion du monde.

Dans ce film mettant en vedette Christopher Plummer, Danny Glover and Frank Langella dans le rôle de juges de la Cour suprême, Stephen Frears s'intéresse à Ali en tant que symbole de l'émancipation des Noirs et pose un regard sur le racisme de l'époque, notamment chez certains de ces magistrats nommés par le président Nixon.

Le cinéaste britannique ne propose pas pour autant une vision manichéenne, même si ses personnages frôlent parfois la caricature. L'intrigue judiciaire, qui n'avait jamais été racontée au cinéma, est fort intéressante. Le film, d'un point de vue formel, l'est beaucoup moins.

Muhammad Ali's Greatest Fight, qui sera bientôt présenté sur la chaîne câblée américaine HBO, est un téléfilm somme toute conventionnel, auquel Stephen Frears a greffé des séquences documentaires avec ce boxeur plus grand que nature. Ne serait-ce que pour le revoir, et mieux comprendre son histoire, le film vaut le coup d'oeil.

Liberté, égalité...

À la caisse du Monoprix, il y avait une jeune beur au visage défiguré. La bouche comme cisaillée, pas tout à fait à la bonne place. Ses yeux souriaient. Trois jeunes Arabes passaient par là. Le dernier a traîné un peu, lancé des salamalecs et des inch Allah. Je me suis demandé s'il la draguait vraiment ou si c'était pour lui faire plaisir.

Dans cette ville de vieillards promenant leurs chiens barbets - où je n'ai vu qu'une seule femme en tchador, mais une grande manifestation homophobe -, on vous dira que c'est très bien, la liberté et l'égalité, mais que malheureusement, dans ce pays, on a perdu le sens de la fraternité. Pourtant, quand un Arabe leur dit «mon frère», certains prennent peur. Heille, vive la France.




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