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Une idée douteuse

Marie-Claude Beauchamp, présidente d'Alliance Québec Animation... (Photo: archives La Presse)

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Marie-Claude Beauchamp, présidente d'Alliance Québec Animation

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Le samedi matin, je surprends parfois mes garçons devant le téléviseur, hypnotisés devant une infopub mal traduite de régimes amaigrissants ou d'appareils de remise en forme. J'ai toujours un malaise à les voir ainsi soumis à des spots publicitaires minables destinés à des adultes bedonnants.

Je me console depuis hier en me disant que ce pourrait être pire. Dans une dépêche de mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot publiée hier, l'Alliance Animation Québec, qui regroupe une quarantaine de studios et de producteurs québécois, déclare souhaiter un assouplissement de l'interdiction de publicité destinée aux enfants de moins de 13 ans à la télévision.

«C'est bien beau la vertu, mais la publicité est au coeur des revenus des chaînes de télé. Télétoon n'a pas de revenus publicitaires au Québec, donc ils ne peuvent pas dépenser autant dans les séries d'animation», a déclaré à mon collègue Marie-Claude Beauchamp, présidente d'Alliance Québec Animation, qui tiendra des états généraux le 24 avril prochain.

L'Alliance estime que le nombre d'heures d'émissions d'animation produites au Québec a chuté de 110 à 33 entre 2004 et 2010. On peut bien sûr compatir avec les problèmes de cette industrie qui est en perte de vitesse depuis les déboires de Cinar et le scandale des prête-noms. Mais faire porter, même indirectement, aux enfants le fardeau de la solution n'est certainement pas la voie la plus souhaitable à suivre.

«Il s'agit d'un des enjeux qui seront abordés en comité, me précise la porte-parole des États généraux de l'animation, Anne Laplante. Il y a un problème dans les mécanismes de financement. Il s'agit de réexaminer les bases de la loi, tout en protégeant les enfants. Il est hors de question de permettre la malbouffe.»

Sans vouloir douter des bonnes intentions du milieu de l'animation, il y a à mon sens lieu de s'inquiéter de cette tentation de rendre moins coercitive la loi. Les articles 248 et 249 de la Loi sur la protection du consommateur interdisent toute publicité à but commercial destinée à des personnes de moins de 13 ans. Seuls le Québec, la Norvège et la Suède possèdent de telles dispositions pour protéger les enfants.

«On nous envie cette réglementation ailleurs», m'explique Suzie Pellerin, présidente de la Coalition Poids, qui est parrainée par l'Association pour la santé publique du Québec. Elle milite, contrairement à l'Alliance Animation Québec, pour un renforcement de la loi, qui a été adoptée il y a plus de 30 ans.

Suzie Pellerin rappelle que les enfants âgés de 2 à 11 ans écoutent en moyenne 25 heures de télévision par semaine et sont déjà exposés à environ 40 000 messages publicitaires chaque année. «S'il y a un assouplissement de la loi, nous allons certainement nous y opposer», dit-elle.

Elle a raison. Aux États-Unis, il est permis de cibler directement les enfants avec des pubs, non seulement de malbouffe, mais de jouets, de jeux vidéo, de vêtements, etc.

Or, selon une étude du journal Psychology & Marketing publiée en 2010, les enfants de 3 à 5 ans savent déjà déterminer les produits qui les rendront populaires auprès de leurs pairs et font, avant même de savoir lire, des associations entre les marques, les logos et les produits (dont McDonald's, connu à 93% par les enfants sondés).

«La loi a eu un effet bénéfique indéniable au Québec», croit la professeure Lise Renaud qui a dirigé en 2009 une étude sur la publicité adressée aux enfants du Centre de recherche sur la communication et la santé de l'UQAM. Elle estime qu'il serait utile que la loi puisse s'appliquer de façon plus large.

«La population a évolué depuis 30 ans, dit-elle. Les enfants regardent désormais la télévision un peu partout, à toutes sortes d'heures. L'influence de la publicité sur le comportement des enfants a été clairement établie.»

Selon une étude du Journal of the American Dietetic Association, même de brèves expositions aux publicités alimentaires suffiraient pour influencer les préférences alimentaires des enfants d'âge préscolaire. On peut imaginer qu'il en est de même pour les autres produits. Au nombre de jingles publicitaires que connaissent par coeur mes garçons, je n'ai aucune difficulté à le croire.

L'Alliance Animation Québec souhaite revoir la loi afin de permettre plus de marge de manoeuvre aux publicitaires. C'est une très mauvaise idée à mon sens. Comme tout ce qui peut rendre plus vulnérables les mineurs. On ne présumera pas de la mauvaise foi des publicitaires, mais ils existent essentiellement pour faire vendre. On ne comptera pas sur eux pour s'autoréguler.

Assouplir la réglementation actuelle, c'est ouvrir la porte à ce que des enfants soient plus perméables aux diverses stratégies de marketing employées pour les séduire. On les laisserait être bombardés de publicités au motif que les émissions d'animation québécoises sont sous-financées?

Il doit y avoir des solutions plus honorables. Je compte sur le milieu de l'animation pour les trouver. Car encourager les enfants (et leurs parents) à davantage de consommation, sous prétexte qu'il faut bien que quelqu'un paie pour financer notre télévision, me semble pour le moins douteux.

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Commentaires (12)
    • Croyez-vous que auriez pu exprimer votre opinion sans mépriser les grosses personnes ?

    • J'espère sincèrement pour vous que ça ne se fera pas. Je comprends très bien que pour un poste de télé ou une station de radio, la source de revenus vient des annonces. Mais je crois qu'ils devront trouver une autre façon d'aller chercher des revenus qu'en ciblant les enfants.
      J'habite maintenant aux États-Unis et c'est absolument insupportable! Les annonces de jouets sont naturellement les pires. Les enfants sont presque déjà en train de faire leur liste pour le Père Noël! Celles de McDonald sont les moins pires. Je dirais qu'elles captent moins l'attention des enfants. En tout cas, ils ne semblent pas les interpréter de la même manière que celles de jouets. Les annonces de céréales ne sont pas mieux par contre. Il n'y en a pas une qui parle de céréales qui soient bonnes pour la santé. Les Trix, Reese, Cinnamon Jack, Froot Loops, Lucky charms (beurk!)... "Part of a complete breakfast". Yeah right!
      Le seul poste où on ne se fait pas harceler de la sorte, c'est sur PBS. Sauf que les émissions sont moins attirantes que les Nick Jr et Disney Jr. Et sur PBS, il y a Barney... Pitié!
      Et c'est aussi insupportable pour les oreilles de maman! Les mêmes maudites annonces en boucle, même si la télé n'est pas allumée toute la journée, ça use!
      Mais au moins ils ne montent pas le volume le temps des annonces...

    • @icarus
      Quand on voit la qualité du doublage de certains animes, c'est peut-être mieux que ça reste en versions sous-titrées.
      Il y a d'excellente séries d'animation japonaises qui pourraient être diffusées, ça pourrait aider à faire découvrir l'animation japonaise à bien des gens, mais un mauvais doublage risque d'avoir l'effet inverse et de diminuer l'intérêt.
      En attendant d'avoir de bonnes séries bien doublées à la TV, on a toujours les simulcast sous-titrés sur des sites comme crunchyroll. Ça s'adresse surtout à ceux qui sont déjà amateurs, mais ça permet de voir beaucoup de séries dans les heures suivant la diffusion originale.


    • Heureux les enfants qui n'ont pas de TV à la maison, mais des parents qui ont la possibilité de s'occuper de leurs enfants de manière à ce qu'ils peuvent s'en passer. Pas facile, je sais et je ne connais que peu de parents qui ont réussi ce défi.
      J'ai viré la dernière télé il y a plus de 10 ans - une bonne collection de DVD pour voir et revoir des films quand j'en ai envie (uniquement v.o.), internet et la radio en route pour les informations me suffisent amplement.

    • @dvezina1
      "Le Québec est la société la plus taxée en Amérique du Nord en raison de lois inutiles comme celle-ci qui ne sert que l'intérêt des fonctionnaires nommés pour administrer ce type de réglementation."
      Vous avancez ceci alors même que circule sur ce site un article sur une étude démontrant précisément que le Québec ne l'est pas. Qui, ici, fait vraiment preuve d'entêtement idéologique?
      "Encore une fois, la société, particulièrement les parents québécois se déresponsabilisent de leur rôle d'éducateurs auprès de leurs enfants et confient cette tâche à l'État."
      Non, monsieur. Je préfère encore confier cette tâche à l'État plutôt qu'à la Piasse Toute-Puissante qui ne manquerait certainement pas de prendre le dessus si on abandonnait cette interdiction.
      Et tout ça, pour permettre l'émergence de quoi? Un nouveau CINAR?

    • Il y a 10 ans, j'aurais sauté sur les idées de l'AQA. J'ai grandi avec les dessins animés toute mon enfance et devenu adulte, j'ai découvert d'excellente séries d'animations japonaise que j'écoutais sur le net sous-titrés; j'en écoute encore d'ailleurs.
      J'ai cru pendant quelques temps que Télétoon et Vrak, avec un financement adéquat par la publicité pour diffuser les séries étrangères de qualité et produire de la qualité (il y avait même un projet pour faire une série d'Amos Daragon, morte depuis).
      Mais j'ai découvert que télévision et qualité ne font pas bon ménage, surtout à Télétoon et Vrak TV. Télétoon n'est pas le repère de hipsters otaku, j'aurais dû le savoir.

    • Pour ma part, en voyant ce genre de publicité:
      http://babble.com/mom/fresh-hell-in-girls-shoes-top-10-things-i-hate-about-skechers-new-daddy-shoes/
      Je suis très contente des règlements qu'on a au Québec.

    • M. Cassivi, votre opinion est teintée par votre entêtement idéologique. Le Québec est la société la plus taxée en Amérique du Nord en raison de lois inutiles comme celle-ci qui ne sert que l'intérêt des fonctionnaires nommés pour administrer ce type de réglementation. Encore une fois, la société, particulièrement les parents québécois se déresponsabilisent de leur rôle d'éducateurs auprès de leurs enfants et confient cette tâche à l'État.

    • Transformer, Spiderman, Hot Wheels sont aussi nutritifs pour l'esprit que McDo l'est pour le corps. Puisque des parents sont assez débiles/paresseux/ignorants pour laisser leurs enfants écouter ces émissions 24h par semaine.... go pour la pub et réduisons le financement publique de séries canadiennes.

    • Pour ma part, le fait de limiter la publicité force les compagnies à infiltrer les émissions mêmes pour faire de la publicité. Mon fils ne fait pas la différence entre une émission de 25 minutes sur Star Wars/SpiderMan/Mickey Mouse et une pub de 30 secondes sur le même sujet, le résultat net c'est un petit garçon qui connait les personnages ci-haut mentionnés et qui veux des jouets. Laissons les publicitaires faire la publicité aux enfants, ce qui va donner l'argent aux chaines, qui pourront produire plus de contenus originaux et laissons les parents enregistrer les émissions passer par dessus les pubs si ça dérange!

    • Totalement ridicule! On ne peut pas faire de pub de Transformers pendant l'émission, même chose pour tout les personnage de cartoon? Les enfants vont les vouloir de toute façon! Mettre des limite, oui, mais il ne faut pas être plus catholique que le pape!!!

    • J'aimerais savoir si c'est aussi à cause du manque de revenus qu'il y a autant de titres d'émissions pour enfants non-traduits : Star Wars the clone wars, Mudpit, Avengers, Super hero squad show, Adventure Time, Gumball, Rocket Monkeys, Regular show, 6Teen, Metal fusion, Hot Wheels Battle force, Wayside, Totally spies, Ben10 Alien force, Ultimate Spider-man...
      La liste est longue, mais elle n'est pas exhaustive. Et je n'ai recensé que Teletoon (...)
      J'aimerais entendre les explications de Madame Beauchamp, à ce sujet.

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