Argo vogue vers l'Oscar

Ben Affleck dans une scène de Argo.... (Warner Bros.)

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Ben Affleck dans une scène de Argo.

Warner Bros.

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Les jeux sont faits. Ou presque. C'est hier que s'amorçait la période de scrutin des Oscars, qui prendra fin le 19 février, cinq jours avant le 85e gala strass et paillettes du cinéma américain.

Les prédictions, toujours hasardeuses, font partie du jeu des Oscars, ce Super Bowl du cinéma. Et comme dans le sport, avant d'établir ses pronostics, il faut tenir compte du fameux «momentum». Parce que le vent, même sans panne d'électricité, peut tourner vite.

Qui a le vent en poupe au moment où les bulletins de vote de l'Académie des arts et des sciences du cinéma commencent à être distribués? Pas Lincoln de Steven Spielberg, le favori de la première heure, ni Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, salué pour ses grandes qualités cinématographiques.

Non, le film qui semble voguer en ce moment vers l'Oscar du meilleur film, c'est Argo de Ben Affleck. Ce thriller politique inspiré de l'histoire abracadabrante du sauvetage de six Américains lors de la prise d'otages de Téhéran, en 1979, cumule les prix depuis quelques semaines. Contre toute attente.

Samedi dernier, la Directors Guild of America (le syndicat des réalisateurs américains) a récompensé le travail de Ben Affleck en lui décernant le prix du meilleur réalisateur d'un long métrage de fiction, devant Kathryn Bigelow, Steven Spielberg, Tom Hooper (Les Misérables) et Ang Lee (Life of Pi).

Le week-end précédent, Argo avait aussi remporté le prix le plus prestigieux (meilleure distribution) du gala de la Screen Actors Guild (le syndicat des acteurs), ainsi que le prix du meilleur film de la Producers Guild of America (le syndicat des producteurs). Tout ça après avoir raflé, à la mi-janvier, les Golden Globes du meilleur film et de la meilleure réalisation.

Bref, si vous avez un p'tit deux à miser d'ici le 24 février, je vous conseille de le mettre sur le troisième long métrage de Ben Affleck.

Les galas des associations professionnelles sont d'ordinaire, plus encore que la soirée des Golden Globes (dont les lauréats sont déterminés par quelques dizaines de journalistes), des indicateurs fiables des futurs gagnants des Oscars.

Le syndicat des producteurs (PGA) a plébiscité le même film que les électeurs de l'Académie au cours des cinq dernières années. Et celui des réalisateurs (DGA) a choisi depuis 10 ans, sauf en une occasion, le même candidat que l'électorat des Oscars.

Ironiquement, Ben Affleck a été écarté des finalistes à l'Oscar du meilleur réalisateur. Selon certains observateurs, cela pourrait motiver ses collègues acteurs - qui représentent le cinquième des quelque 6000 membres de l'Académie -, à appuyer Argo dans la catégorie du meilleur film afin de réparer cette «injustice».

Les choix des associations professionnelles ont beau être généralement fiables, ils ne sont pas infaillibles. Il est vrai qu'aucun film n'a jamais remporté autant de prix en prévision des Academy Awards sans obtenir l'Oscar du meilleur film. En revanche, depuis 80 ans, un seul film, Driving Miss Daisy de Bruce Beresford, en 1989, a mérité le plus prestigieux des Oscars sans que son réalisateur ne soit lui-même finaliste.

On saura dans une quinzaine si Argo deviendra le deuxième. À l'évidence, après avoir fait figure de négligé, Argo est désormais le candidat à battre. Ce qui en laisse plusieurs perplexes, moi le premier.

Le film de Ben Affleck est certes un thriller politique divertissant, plutôt bien réalisé, qui raconte une histoire aussi fascinante que rocambolesque. Mais c'est aussi une oeuvre convenue, qui ne s'embête pas de crédibilité historique et se conclut de manière ridicule, dans un faux suspense archiprévisible dont seul Hollywood a le secret.

Zero Dark Thirty, qui s'inspire aussi de «faits vécus» (la traque d'Oussama ben Laden), est une oeuvre nettement plus aboutie, à tous les chapitres. Le film de Kathryn Bigelow souffre malheureusement de la controverse entourant son illustration de la torture. Favori en décembre, grâce à l'appui de plusieurs associations de critiques, son étoile semble avoir beaucoup pâli depuis.

Lincoln de Steven Spielberg, qui reste, semble-t-il, le rival le plus sérieux d'Argo, est plus consensuel, mais ne soulève guère de passions. C'est un film terne, statique, prolixe, ayant tout l'attrait d'un essai verbeux sur la fin de l'esclavage aux États-Unis. Avec, encore ici en prime, un suspense inutilement étiré pendant de longues minutes, autour d'un vote dont on connaît d'avance le résultat.

Pour un regard plus vif, décalé et nettement moins ennuyeux sur l'abolitionnisme, je préfère de loin Django Unchained de Quentin Tarantino. Malgré tous ses excès, ses faux pas et sa dernière demi-heure parfaitement superflue. Tarantino pratique toujours un art vivant. Tous ne peuvent en dire autant.

Il y a des raisons, logiques, au succès d'Argo auprès des électeurs des Oscars. Il s'agit d'abord d'un drame d'espionnage bien ficelé, dont la trame narrative ne déroge pas aux codes habituels, qui est calibré pour plaire à un public composé à 77% d'hommes et à 94% de Blancs (les membres de l'Académie).

Ensuite, c'est un film qui rappelle que l'industrie du cinéma a été une alliée secrète et indispensable de la CIA (ainsi que l'ambassade du Canada à Téhéran) dans une opération de sauvetage d'otages américains en Iran. Or, il n'y a rien qu'Hollywood aime plus que de se voir à l'écran, sous les traits de héros (le producteur incarné par Alan Arkin est hilarant) plus ou moins discrets.

Argo, cela dit, est loin d'être un grand film. S'il obtient la plus prestigieuse des statuettes, on pourra le classer, aux côtés de Shakespeare in love, parmi les plus faibles lauréats de l'Oscar du meilleur film des dernières décennies. Contre le subtil et déchirant Amour de Michael Haneke, il ne fait pas le poids. Heureusement, pour l'instant, tout ça n'est que pure spéculation.

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