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Le blason terni du Cirque

À quelques mois du lancement du spectacle Iris... (Photo: Reuters)

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À quelques mois du lancement du spectacle Iris à Hollywood, Guy Laliberté dévoilait en 2010 son étoile sur le Walk of Fame californien. Deux ans plus tard, l'étoile du Cirque du Soleil a pâli et le spectacle sur le cinéma a plié bagage.

Photo: Reuters

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Les difficultés actuelles du Cirque du Soleil, qui a licencié 400 employés hier, n'étonneront personne. L'an dernier, quelque 50 personnes avaient déjà perdu leur emploi au siège social de la multinationale, dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.

Le Cirque du Soleil, fleuron de l'économie culturelle québécoise, a aussi mis prématurément un terme à quatre spectacles depuis un peu plus d'un an. Viva Elvis, à l'hôtel-casino Aria de Las Vegas, a été retiré de l'affiche en août dernier, après deux ans et demi de représentations. Tout comme Iris, spectacle sur le cinéma, mal logé sur Hollywood Boulevard à Los Angeles, qui déclare forfait ce week-end après seulement 18 mois d'exploitation.

Les ambitions asiatiques du Cirque du Soleil n'ont malheureusement pas été à la hauteur des attentes de l'entreprise. Le spectacle Zed a été abandonné au complexe Disney de Tokyo, au Japon, il y a un an, comme celui de Zaïa à Macao, en Chine, faute d'un nombre suffisant de spectateurs.

Hier, le Cirque du Soleil a annoncé que le licenciement de 400 employés, en majorité au siège social de Montréal (où l'on compte environ 2000 de ses 5000 employés), était lié au contexte économique mondial, à la hausse des coûts de production et à la force du dollar canadien, qui empêchent l'entreprise d'être rentable malgré un chiffre d'affaires d'un milliard de dollars en 2012.

Or, la perte de vitesse du Cirque du Soleil n'a pas que des fondements économiques. Et elle ne se résume pas qu'à des marchés ou des conjonctures difficiles. Depuis quelques années, les observateurs du milieu constatent un essoufflement créatif dans les activités de l'entreprise, ainsi qu'une absence de réel renouvellement artistique dans ses spectacles.

Le Cirque du Soleil compte en ce moment 19 productions dans le monde et projette, semble-t-il, d'en lancer de nouvelles à Las Vegas au printemps et à Montréal, un an plus tard. Les spectacles du Cirque ont beau être différents, ils ont en commun une esthétique visuelle et sonore très marquée, qui a été imitée partout et peut certainement paraître datée.

L'univers du cirque, notamment celui du cirque québécois, grâce à l'impulsion et au succès phénoménal du Cirque du Soleil, a beaucoup évolué depuis quelques années. À une vitesse plus élevée, peut-être, que le Cirque lui-même. Le Cirque du Soleil, depuis qu'il n'est plus seul, n'a plus l'attrait des premiers jours. Il n'étonne plus et n'attire plus comme il le faisait auparavant.

Est-il toujours assez audacieux pour être considéré à l'avant-garde de son art? A-t-il su s'adapter et innover suffisamment pour contrer les inévitables effets de mode du monde du spectacle? Rien n'est moins sûr.

Aujourd'hui, le Cirque du Soleil donne l'impression d'être condamné à gérer sa décroissance, faute d'avoir su protéger ses acquis, en s'éparpillant inutilement. De quoi sera fait son avenir dans un tel contexte? Difficile à dire. Mais il ne sera pas nécessairement rose.

Certains metteurs en scène ayant travaillé pour la multinationale laissent entendre, en coulisse, que le cadre du Cirque, que sa «formule unique», protégée comme une chasse gardée par ses fondateurs, ne permet pas aux artistes de s'épanouir pleinement en son sein. Ni de faire preuve de toute l'originalité dont ils sont capables et dont le Cirque aurait besoin.

Plusieurs constatent, à l'évidence, que le prestige du Cirque du Soleil s'est grandement effrité au cours des dernières années. Le Cirque du Soleil est devenu synonyme de Las Vegas. Pour le meilleur et pour le pire. Son lien privilégié avec la métropole du Nevada est certainement ce qui lui a permis de prendre une telle expansion, de rayonner à l'échelle internationale. Mais il est aussi, à mon sens, au coeur de ses difficultés actuelles.

Au départ, le Cirque du Soleil a procuré un certain vernis de prestige exotique à la capitale du toc et du kitsch américain, qui a pu attirer de grands restaurateurs et des artistes moins has been. Mais l'essence factice de Vegas a fini aussi par déteindre sur le Cirque qui, rendu gourmand par ses succès, s'est plongé dans quelques aventures hasardeuses dont il n'est pas ressorti indemne.

Les échecs ont laissé des cicatrices. Une image de marque abîmée, diluée, dévaluée, entre autres par des spectacles fort critiqués autour de l'illusionniste Criss Angel, de l'ancienne icône du Strip Elvis Presley ou encore d'un Michael Jackson à peine enterré. En faisant planer un parfum d'opportunisme.

Le Cirque s'est aussi engagé dans des voies parallèles malheureuses. Une émission de télévision intergalactique à l'eau de rose, à la démesure de l'ego de son fondateur et astronaute d'un jour Guy Laliberté. Ou encore, plus récemment, un film à grand déploiement réalisé par James Cameron, snobé par la critique et le public, qui accuse un important déficit. Rien, certainement, pour redorer un blason qui en a pourtant grand besoin.

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Commentaires (22)
    • Le cirque est une organisation qui oeuvre dans l'industrie du spectacle. Le Show business est une industrie éphémère. Manger toujours la même soupe finit par devenir moins délicieux et attirant.
      Bravo pour le succès du cirque. Seul le canadien de Montreal peut avoir un succes éternel. Mais dans le sport professionnel, les journaux font la promotion des athlètes a chaque jour. Peut-être que le cirque devrait avoir sa place dans les pages des sports des différents journaux.
      Pensez-y !

    • Merci, PierreV1, pour votre commentaire du 19jan-11h57. On devine que vous devez connaître le ventre du dragon, car vous l'expliquez avec une lucidité fulgurante. Merci

    • Je suis de lire certains commentaires qui dénigrent à la fois Guy Laliberté et le CdS dans son ensemble. J'aimerais plutôt faire des suggestions:
      - Il faut que Guy soit plus présent au Cirque. Il n'est pour ainsi dire jamais au Siège Social. Plus présent avec sa marque qui, il faut bien le dire, a beaucoup pâlie. Une présence comme Richard Branson avec Virgin ou Steve Jobs avec Apple le font.
      - Le problème avec le CdS n'est pas qu'économique ou artistique, il est aussi manageuriale. Des gens de la première heure qui étaient des techniciens, artisans sont devenus gestionnaires et ont rapidement atteints leur niveau d'incompétence et qui protègent leurs acquis depuis des années. Ils engagent des gens exceptionnels sous eux et ces derniers ont vite faits de quitter pour partir leur propres entreprises en raison d'insécurité de leurs supérieurs qui les étouffent et qui veulent tout contrôler.
      - Un modèle et un environnement de travail à la Google où ils font place et laisse du temps à l'innovation chez leurs employés, un environnement de travail qui est stimulant. (Vous seriez étonné de voir le nombre de cubicules dignes des bureaux gouvernementaux)
      Ce qu'il faut au Cirque du Soleil, c'est de faire place à des gens très innovateurs qui peuvent innover et contribuer à ce que le Cirque du Soleil reprennent sa place. Le "Cirque Ré-inventé?"
      J'espère que les pertes d'emplois ne sont pas seulement aux échelons inférieurs car il faut un sérieux ménage aux plus hauts échelons. Ce sont eux qui ont pris les décisions.

    • Le cirque autrefois impliquait des animaux, des clowns vedettes, des trapezistes. Chaque pays avait le sien. Il y avait une musique DE cirque simple et bon enfant qui ne lassait pas.

      Il semble évident que le Cirque du Soleil a trop voulu s'étendre et dominer.
      Ses numéros sont les plus extraordinaires et poussent les limites de l'humain à l'extrême, mais quand on les a vus dans un spectacle, revus à la télévision, les revoir sous une autre étiquette n'attire plus. Et il ne fait pas rire. Ce que le cirque a toujours eu comme vocation.
      En imposant un genre, un style, jusqu'à saturation, le crique du soleil a provoqué l'écoeurement. Et ce qui devait arriver arrive. En devenant aussi grosse que le boeuf, la grenouille éclate ! Il reste à gérer la décroissance. Ou fermer les livres. Georges LeSueur

    • La formule du Cirque du Soleil est passée date, pour ne pas dire kétaine et nivelée par le milieu... Éloize, Les 7 doigts de la main innovent bien plus...
      @mesange28 qui répond à Sybilla: où pensez-vous que Guy Laliberté a pris ses 1,98 milliards$ (source: Canadian Business, décembre 2012) sinlon dans ses profits du CS ??

    • Quoi de plus quétaine que le Cirque du Soleil, honnêtement? Perso, je préfère garder mon argent pour le prochain show de Michel Louvain. Plus authentique.

    • Une entreprise qui coupe 400 postes, pour contrer un revers passager, ça s'est déjà vu. L'aciériste Au dragon forgé, de Terrebonne (ou est-ce de Bois-des-Filion?), est passé à deux cheveux de la fermeture, il y a de cela quelques années, et environ 24 mois plus tard, il roulait de nouveau à plein régime!
      La purge de 400 postes apportera peut-être un certain flux de trésorerie passager, mais il faudra surtout que le Cirque du Soleil fasse un sérieux examen de conscience des dernières années passées. Modèle d'affaires, concept des spectacles, scénarios, mise en scène, production, publicité, tout doit être révisé, et/ou remplacé. On garde le bon, on dispose du reste.
      Les spectacles de cirque, c'est comme n'importe quoi; il faut que ça suive l'évolution du monde. Et si cette évolution ne se fait pas, le concept meurt de sa belle mort, et les concurrents en profitent! Pourtant, l'histoire nous a appris depuis longtemps qu'il ne faut pas s'asseoir sur ses lauriers; de grands noms sont tombés pour l'avoir fait, et ce dans tous les domaines.
      Voyons voir comment le Cirque du Soleil va s'en sortir...

    • @sybilla : Affirmer que Guy Laliberté a perdu ses notions de partage en s'enrichissant est bien mal le connaître, ainsi que de sous-entendre que le Cirque du Soleil a payé pour son voyage dans l'espace.

    • C'est maintenant la curée. On a porté aux nues notre belle réussite québécoise sans jamais défaillir, puis au premier signe de faiblesse, tout ce que l'on pensait in petto s'exprime sans retenue. Haro sur le baudet
      Il faudrait peut-être demander à nos critiques pourquoi ils continuent si longtemps à s'autocensurer, eux qui prétendent mesurer les oeuvres à l'aune du beau et de l'universel. Sinon, à quoi servent les critiques?

    • Le problème avec le Cirque du Soleil selon moi c'est que ce n'est pas du cirque justement. Quand j'ai acheté mes billets pour 'O' à Vegas je m'attendais à voir des acrobaties spectaculaires, je me suis plutôt retrouvé à écouter un clown dire et faire des niaiseries dans une mauvaise comédie musicale/pièce de théâtre. De la trentaine de personnes qui se trouvait dans la même rangée que moi, au moins une vingtaine dormait (dont moi) après 30 minutes de spectacle. Une des plus longues soirées de ma vie....

    • J'ajoute que mon questionnement concernant la complaisance "patriotique" de nos critiques ne s'adresse pas à vous, Monsieur Cassivi, puisque vous osez vous démarquer, en mettant par exemple un bémol sur la qualité du film "Rebelle". Il faut ici beaucoup de courage, parce qu'il ne faut jamais toucher aux "nôtres".

    • Guy, la solution réside dans votre propre arrière-cour.

    • Dans les différents spectacle du cirque, hormis les trames sonores tout est pareil c'est du réchauffer que l'on nous sert et maintenant on trouve cela indigeste.

    • M Cassivi, le film dont vous parlez n'a pas été réalisé par James Cameron, mais par Andrew Adamson. Il me semble qu'en tant que chroniqueur cinéma...

    • Ce qui arrive au Cirque du Soleil, c'est le piège que guette n'importe quel grande organisation: les décideurs, autrefois des pionniers ayant donné à leurs organisations leurs heures de gloire, finissent par devenir trop vieux et dépassés. Au lieu de passer le flambeau à une jeunesse capable de stimuler la croissance avec des approches plus audacieuses et innovantes, ces décideurs-précurseurs conservent jalousement les rennes de leur organisation avec pour conséquence une lente agonie dans le déclin de leurs activités.
      Tout ce qui naît finit par mourir, c'est le cycle de la vie. Le management n'échappe pas à cette fatalité. Toutefois, les organisations ne sont pas obligées de mourir: elle peuvent aussi renaître...

    • La cirque, tu le vois deux fois, au max; c'est toujours la même chose... Et Kasimir, relisez ce que Marc a écrit, vous reportez mal ses dires.

    • Le Cirque du Soleil vient de revenir sur terre! Ou plutôt son grand patron, Guy Laliberté, vient de réaliser que son voyage dans l'espace n'était peut-être pas une aussi bonne aubaine que ça! La grand patron du Cirque québécois n'est pas différent des autres patrons partout ailleurs tant au niveau des gouvernements comme des autres entreprises privées. On peut toujours blâmer le 'contexte économique' quand ça va mal, mais sûrement pas la mauvaise gestion par les gestionnaires ou les propriétaires-entrepreneurs! C'est malheureux que 400 familles doivent payer le prix (perte de leur emploi) pour les débordements et la satisfaction personnelle du créateur du Cirque du Soleil. Si j'étais Laliberté, je m'assurerais de trouver un autre emploi à ses 400 "anciens employés", à tout le moins! JFR

    • Sans me réjouir de ce qui arrive au Cirque du Soleil, je me remémore cette soirée, était-ce en 1992 ou en 1993, où une amie m'avait invitée à un spectacle du Cirque du Soleil au Vieux-Port. Elle s'était malheureusement trompé de soir. On nous laisse entrer sans vérifier la date des billets et on s'assoit. 5 minutes plus tard, les détenteurs valides de nos places arrivent. Mon amie constate alors son erreur. On se dirige à l'entrée et malgré le fait que tous les sièges n'étaient pas vendus ce soir-là, on a exigé que nous déboursions à nouveau le prix de nos billets. Comme nous avons refusé, on nous a jeté dehors sans ménagement. Depuis ce temps, j'associe le Cirque du Soleil à son créateur : un être grossier et vulgaire qui fait étalage de sa richesse. Inutile de dire que je me suis juré ce soir là de ne jamais assister à un spectacle du Cirque du Soleil.

    • Ben voyons donc, chère Sybilla. Les patrons d'entreprises peuvent bien faire ce qu'ils veulent avec leur argent. Si, par exemple, tu gagnais 12 millions à la loterie demain matin. Est-ce que tu te retiendrais à la dépense et continuerais ton rythme de vie tel qu'il est en ce moment? Ou bien en profiterais-tu pleinement?

    • Ca devait arriver. Ce que je déplore dans votre article Marc, c'est le fait que vous disiez que Laa Vegas est synonyme de kitsch ou de has been. Un peu de retenue et de respect ne vous feraient pas de tort.
      Retournez à Vegas, soyez plus objectif et moins snob.

    • Triste.
      Je souhaite au cirque du soleil de retrouver l'éclat d'antant le plus rapidement possible.

    • Overdose de cirque. Trop d'acrobates mélés à toutes sortes de spectacles scéniques ou télévisuels. Le concept est usé jusqu'à la corde.
      Spectacles annulés, 400 postes abolis, ça fait pas mal de chômeurs qui feront des acrobaties pour boucler leur budget. Les 30 Millions de $ qu'ont coûté les caprices de Guy Laliberté pour s'envoyer en l'air dans l'espace avec son nez de clown et satisfaire sa folie des grandeurs, leur auraient été bien utiles aujourd'hui.
      Désormais multi-milliardaire, organisateur de parties très élitistes de poker à 1 million de $ et jet-setteur occupé à s'éclater dans des soirées post-Grand Prix Formule 1 et autres virées mondiales, je ne crois pas que les avoirs accumulés par cet ancien avaleur de feu soient le moindrement affectés par le licenciement de ces 400 personnes qui lui ont pourtant fait la courte-échelle pour l'aider à grimper. Mais rendu au sommet, la notion de partage n'a pas la même définition qu'en bas.

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