Les alliés naturels

Pendant la dernière campagne électorale, le parti de... (Archives Le Soleil)

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Pendant la dernière campagne électorale, le parti de Pauline Marois (notre photo) a fait une kyrielle de promesses concernant l'investissement dans le secteur culturel. Il a proposé d'augmenter le budget du Conseil des arts et des lettres de 13 millions de dollars et celui de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) de 8 millions.

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Le Parti québécois (PQ) est un allié traditionnel des artistes. Les «gratteux» de guitares, ces «quêteux» de profession tout sauf libérale, sont par définition péquistes. C'est entendu, m'écrivent quelques lecteurs - pas forcément policiers - depuis deux semaines.

J'accorderai à ces lecteurs que bon nombre d'artistes affichent ouvertement leurs sympathies souverainistes (à l'appui du PQ, d'Option nationale ou encore de Québec solidaire), alors qu'on ne peut en dire autant des artistes fédéralistes. L'Association des gens de théâtre québécois pour la promotion des idées réactionnaires du Parti conservateur (AGTQPIRPC) n'a pas encore vu le jour. Question de culture, justement, et d'atomes crochus.

On attend du Parti québécois, disais-je, qu'il se range du côté des artistes. Et qu'il fasse tout en son pouvoir, a fortiori lorsqu'il est au pouvoir, pour défendre la culture québécoise et ceux qui la représentent. Cela aussi est entendu.

Pendant la dernière campagne électorale, le parti de Pauline Marois a fait une kyrielle de promesses concernant l'investissement dans le secteur culturel. Il a proposé d'augmenter le budget du Conseil des arts et des lettres de 13 millions de dollars et celui de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) de 8 millions.

Afin de pallier une partie des coupes dans des programmes fédéraux tels que PromArt et Routes commerciales, le PQ a promis d'investir 5 millions dans l'aide aux tournées à l'étranger. Et de renflouer les coffres de Télé-Québec de 19 millions, afin de permettre à la télévision publique de remplir adéquatement son mandat d'information régionale et nationale.

À cela s'est ajoutée la promesse d'injecter 45 millions dans le réseau scolaire pour la création d'un programme de résidence d'artistes et le financement d'activités culturelles dans les écoles primaires et secondaires. Une excellente idée.

Le Parti québécois a été élu le 4 septembre. Un mois plus tard, à peine assermenté, le nouveau ministre de la Culture, Maka Kotto, par ailleurs comédien et poète, avouait à mon collègue Paul Journet qu'il serait difficile pour son gouvernement d'implanter toutes les mesures promises pendant la campagne et qu'il faudrait inévitablement en reporter certaines.

De passage à l'événement Cinéma du Québec à Paris la semaine dernière, le ministre n'a pu rassurer ceux qui craignent de voir le budget de son ministère amputé. Au contraire. «On ne peut pas envoyer des messages de hippies à gauche et à droite. Ça prend de la rigueur», a-t-il déclaré de manière équivoque, soulevant l'ire de certains observateurs, qui ont mal perçu son utilisation du mot «hippie».

«Je parlais de moi-même, m'a assuré hier le ministre, en regrettant la distorsion de ses propos. Je ne peux pas dire, à gauche et à droite, que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ce serait mentir.»

Malgré ses représentations auprès de la première ministre, dont il dit avoir le soutien, Maka Kotto ne s'attend pas à ce que son ministère soit épargné par le premier budget du gouvernement Marois, dans une semaine. Il a l'honnêteté de le dire.

La question demeure: comment le Parti québécois est-il passé, en deux mois, d'un festival de promesses totalisant des dizaines de millions en investissements culturels à un discours de mise en garde contre des coupes budgétaires?

Condensé de réponse (et refrain connu): c'est la faute au gouvernement précédent. «Le cadre de référence de nos promesses électorales était le budget de M. Bachand, dit le ministre Kotto. Or au terme de l'élection, le gouvernement libéral a déclaré un trou de 800 millions, qui dans les faits se trouve à être de 1,6 milliard. L'information n'était pas juste.»

Les sommes servant à compenser l'abolition des programmes fédéraux auraient entre autres été perçues à même une réserve ministérielle, sorte de «carte de crédit n'apparaissant pas dans les livres», selon Maka Kotto.

À titre de critique de l'opposition officielle en matière de culture, n'aurait-il pas dû s'assurer que les sommes promises seraient disponibles, avant de faire l'annonce prématurée de dizaines de millions de dollars d'investissements?

Le ministre se défend d'avoir fait des promesses qu'il ne pouvait tenir et insiste sur le fait que le PQ n'avait pas accès aux renseignements nécessaires afin d'anticiper l'ampleur réelle du déficit légué par le gouvernement Charest. «La situation financière du gouvernement du Québec est très préoccupante, dit-il. Un effort est demandé à chaque ministère. Personne ne sera épargné. Je me dois d'être transparent.»

Soit. Je ne peux m'empêcher, en revanche, de penser que le ministre prépare le milieu culturel au pire afin de prévenir les contrecoups de l'annonce officielle du budget de son gouvernement.

Le PQ prétend que tous les beaux projets promis pendant la campagne à coups de dizaines de millions n'ont pas été abandonnés, seulement remis à plus tard. On verra bien. En matière de promesses non tenues, les politiciens ne donnent pas leur place.

«On fait ce qu'il faut. On a prévu différents scénarios», déclare Maka Kotto. On l'espère bien. Comme on espère que toutes ces promesses de millions n'ont pas été lancées comme de la poudre aux yeux, afin d'amadouer un public soi-disant conquis d'avance. Le PQ a, de tout temps, fait de la défense de la culture l'un de ses chevaux de bataille. Dont acte!

Car peu importe les motifs, le fait d'annoncer que l'on ne pourra respecter des promesses faites quelques mois plus tôt est peut-être «lucide», comme l'a souligné le ministre, mais c'est aussi courir le risque de se mettre à dos ses alliés naturels.

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