Montréal, ville influente

Au-delà du succès international d'Arcade Fire, Montréal doit... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Au-delà du succès international d'Arcade Fire, Montréal doit surtout son influence au fait que ses habitants sont à l'affût des nouveaux courants musicaux.

Photo: Bernard Brault, La Presse

Les Montréalais aiment croire que leur ville est à l'avant-garde des nouvelles tendances du rock indépendant. Voilà qu'une étude scientifique tend à leur donner raison.

Deux chercheurs de Dublin, en Irlande, Conrad Lee et Padraig Cunningham, ont publié il y a une quinzaine de jours une étude intitulée The Geographic Flow of Music («Le mouvement géographique de la musique»), qui s'intéresse aux villes les plus influentes en matière de nouveaux courants musicaux.

Selon leurs algorithmes savants, basés sur les données de géolocalisation du site de partage de musique last.fm, la ville qui donne le ton des nouvelles modes musicales en Europe est Oslo. La capitale des tendances électro serait Paris. En Amérique du Nord, la reine du hip-hop est Atlanta. Et la ville qui influence le plus les amateurs de rock indépendant: Montréal.

«Je ne suis pas un expert en musique, m'a confié hier Conrad Lee, doctorant en sciences de l'informatique à l'Université de Dublin. Je tente de dégager des tendances en analysant des données. Mais pour être franc, je ne croyais pas que Montréal se retrouverait en tête de liste.»

L'étude en a étonné plusieurs. «Quelles villes donnent le ton des tendances musicales? Pas celles que vous croyez...», a notamment titré le magazine Time la semaine dernière. «Selon Pop Muzik, la chanson de 1979 de M, les quatre points cardinaux du monde branché étaient New York, Londres, Paris et Munich, écrit le Guardian de Londres. Selon The Geographic Flow of Music [...], l'équivalent moderne serait étonnamment Atlanta, Oslo, Montréal et Paris.»

Pour en arriver à ces résultats «étonnants», le professeur Cunningham et son étudiant ont analysé quelque 60 milliards de données obtenues par last.fm depuis 2003 dans 200 villes, détaillant les habitudes d'écoute de ses utilisateurs (notamment sur iTunes ou leur lecteur mp3).

En s'inspirant d'une méthode utilisée pour étudier les mouvements migratoires de pigeons, les chercheurs ont voulu savoir si certaines villes en influençaient d'autres de manière constante, afin d'établir une «hiérarchie des tendances musicales».

Ils ont été surpris d'apprendre que les plus grandes métropoles ne sont pas forcément les villes les plus influentes en matière de tendances musicales. New York et Los Angeles ne semblent pas avoir le même ascendant sur les amateurs de nouveaux courants musicaux que Montréal, qui compte pourtant beaucoup moins de groupes de rock indépendant.

Comment expliquer l'influence de Montréal, qui serait, selon les chercheurs, une ville baromètre des nouveaux courants musicaux depuis au moins une dizaine d'années? «Des médias tels Pitchfork rapportent depuis longtemps que plusieurs groupes de rock indépendant de grand talent viennent de Montréal, rappelle Conrad Lee. Mes recherches ont indiqué que Montréal est une ville dominante dans sa consommation de musique indépendante, pas nécessairement dans sa production de musique avant-gardiste. Même si, bien sûr, ces deux choses peuvent être intimement liées.»

Ce n'est donc pas nécessairement le succès international d'Arcade Fire ou de Wolf Parade qui a fait de Montréal une ville dominante dans ce palmarès (qui mesure également la rapidité avec laquelle certaines villes rejettent les musiques «périmées»), mais le fait que les Montréalais soient à l'affût des nouveaux courants musicaux. Des «trendsetters» de la branchitude...

«Dans l'étude, je propose une explication à ce résultat, mais qui repose sur de la pure spéculation, dit Conrad Lee. En Amérique du Nord, Montréal est unique en ce sens que c'est une grande ville où la langue dominante n'est pas l'anglais. C'est peut-être un facteur.»

Les auteurs admettent que leur étude reste un «work in progress», comme on dit dans la langue de Jarvis Cocker. Il s'agit d'une recherche qui ne scrute que les habitudes de mélomanes branchés sur last.fm, ce qui n'inclut pas la majorité de la population ni, du reste, l'ensemble des amateurs de musique.

Les travaux des deux chercheurs du Clique Research Cluster (un nom prédestiné...) ont les défauts de leurs limites, comme le faisait remarquer avec raison le Washington Post la semaine dernière. La mode est un phénomène difficile à mesurer, en musique comme dans d'autres domaines. Peu importe l'algorithme.

Les données de last.fm ne permettent sans doute pas de brosser un portrait précis de l'échiquier des tendances musicales mondiales. Il reste que, pour s'informer de la dernière mode en rock indie, on ne consulte pas les auditeurs de CKOI ou de Star Académie...

Montréal dicte-t-elle vraiment les tendances du rock indépendant en Amérique du Nord? Difficile à vérifier. Même en déchiffrant les graphiques complexes et les explications arides de l'étude de Lee et Cunningham. Mais pour ceux qui s'intéressent de près à la scène musicale vibrante de Montréal, ses conclusions sont beaucoup moins étonnantes que certains médias semblent le croire.




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