Un empire qui empire

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«Quiconque a déjà construit un empire ou changé le monde s'est trouvé à votre place. Et c'est grâce à ça qu'il a pu y arriver.»

Dans Up in the Air, George Clooney incarne... (Paramount Pictures) - image 1.0

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Dans Up in the Air, George Clooney incarne un spécialiste des ressources humaines dont la vie consiste à congédier des employés aux quatre coins des États-Unis.

Paramount Pictures

Ryan Bingham (George Clooney) est un mercenaire du licenciement de masse. Il aide des entreprises à se débarrasser de leurs employés, en tentant de les consoler avec quelques lieux communs dérivés de Carpe diem.Sous le choc, les employés licenciés fondent en larmes, se révoltent ou menacent de se suicider. Que ferai-je désormais? Qu'adviendra-t-il de mes enfants? De ma maison? De mon régime d'assurances? Up in the Air, tragicomédie spirituelle, ironique et fort «sympathique» du Montréalais d'origine Jason Reitman - que l'on attend dans les cérémonies de prix de fin d'année - m'a fait penser à un autre «empire». Un empire qui empire.

Depuis près d'un an, quelque 200 employés du Journal de Montréal sont en lock-out. Une quinzaine de cadres ont pris leur place, ainsi qu'une poignée de pigistes opportunistes et un bataillon de journalistes d'autres organes de Quebecor. Le tirage est stable, semble-t-il. Les patrons du Journal sont morts de rire. Les journalistes, morts d'inquiétude.

La réalité est souvent plus cynique que la fiction. Up in the Air, malgré ses dialogues savoureux, évite généralement l'humour noir, et demeure dans un registre grand public fort acceptable pour Hollywood. On a connu le cinéaste de Thank You For Smoking et Juno plus caustique.

Le cynisme de Quebecor, lui, est sans commune mesure. Le lock-out des employés du Journal de Montréal a été préparé de longue date. En témoignent l'embauche, quelques mois plus tôt, de pigistes-vedettes, la nomination de nouveaux cadres et la volonté évidente, depuis quelques années, de ne pas trop mettre en valeur les journalistes syndiqués de la salle de rédaction.

En début de semaine, la direction du Journal de Montréal a durci le ton d'une négociation inexistante en réclamant des mises à pied dans tous les secteurs d'activité de l'entreprise (rédaction, bureaux, etc.). «Ils nous ont dit qu'il allait y avoir des coupes, a confié le journaliste David Patry à mon collègue Karim Benessaieh. Le message envoyé, c'est qu'ils sont capables de faire un journal sans employés aujourd'hui, en 2009. Est-ce que c'est normal? Ce sera à la population de décider.»

Normal? De toute évidence, non. Le drame, c'est que visiblement, la population s'en fout. Beaucoup plus que de la couleur des bobettes de Marie-Ève d'Occupation double. Pourtant, la différence entre le Journal pré et post lock-out saute aux yeux.

Les pages culturelles du Journal de Montréal, pour ne citer que cet exemple précis, étaient enfin devenues depuis quelques années une référence en matière d'actualité artistique. Des journalistes de talent, dénicheurs de nouvelles, s'y trouvaient de plus en plus nombreux. Ce n'est plus tout à fait le cas...

On a beaucoup parlé du rôle essentiel de chiens de garde des journalistes dans la foulée des révélations de collusion et de corruption dans le monde municipal québécois. Quelle brique Le Journal de Montréal a-t-il apportée à cet édifice? C'est sur le site ruefrontenac.com, sous la plume du lock-outé Fabrice de Pierrebourg, l'un des meilleurs journalistes d'enquête du pays, que l'on a pu constater en premier les égarements éthiques de Benoît Labonté.

Il est de bon ton, chez ceux qui ont toujours levé le nez sur Le Journal de Montréal, de dire que les «écrapous» d'aujourd'hui sont les mêmes qu'hier. Que les statistiques du baseball mineur de Repentigny restent les statistiques du baseball mineur de Repentigny. Que du moment que le format permette de manger ses oeufs-bacon sans renverser son café, le quotidien le plus populaire des beigneries du Québec reste exactement le même.

C'est faux. Un journal sans ses journalistes n'est plus un journal. Le Journal de Montréal, tout populiste et sensationnaliste qu'il ait pu être dans le passé comme dans le présent, n'y fait pas exception. Ce lock-out qui perdure en raison d'une évidente mauvaise foi n'est pas anodin. Il n'est pas négligeable. Il constitue, à n'en point douter, une menace à notre démocratie.




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