L'Autre Saint-Jean: tout ça pour ça

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J'avais l'intention d'emmener hier soir les garçons à L'Autre Saint-Jean, dans ce parc de Rosemont dont personne ne connaît le nom. Le parc Pélican (pour cette espèce fort répandue aux alentours de la Promenade Masson). Une amie informée me l'a déconseillé.

«Les zélés se sont donné rendez-vous à 17h45. Il risque d'y avoir du grabuge.» C'est vrai. Suffit d'un seul abruti pour qu'une bouteille se transforme en projectile. «It's all fun and games until someone loses an eye», disent les Anglos. Oups! De l'anglais. À la Saint-Jean. Mea culpa. Je m'administre sans plus tarder dix coups de «strap» en simili cuir dans le haut du dos. Cette amie, donc, avait consulté en après-midi les forums de discussions (sur le web) de quelques monomaniaques de l'indépendance, fraîchement diplômés du cours Patriotisme pour les vraiment nuls de l'Institut supérieur Pierre-Falardeau de la langue fossilisée et du nationalisme réactionnaire. Ils annonçaient leurs couleurs: celles de la Hongrie.

Je suis allé seul au parc Pélican. Je l'ai regretté. L'Autre Saint-Jean a rapidement pris des airs de sympathique fête de quartier familiale comme Rosemont en a le secret. Un temps superbe, une faune baba-cool, des enfants courant partout. Un bout d'chou m'a tendu les bras. Il n'avait pas l'air de se méfier que sa seule présence au parc Pélican fasse de lui une victime potentielle, par assimilation, de la langue perfide du Conquérant.

À 18h pile, les barbus de Lake of Stew sont montés sur scène. «Bonsoir, nous sommes Lac de ragoût!» a dit le chanteur dans le français cassé typique de la clientèle du Santropol. Il y avait presque autant de journalistes massés près de la scène que de simples spectateurs. Quelques dizaines tout au plus. Aussi, tel que promis, une quinzaine de zélotes avec leurs grands drapeaux «hongrois» et leur air d'adolescents attardés. Un grand vêtu de noir, le coco rasé, la trentaine avancée, donnait du «finger» en doigt majeur aux artistes, comme pour se rappeler ses 12 ans dans la cour d'école.

Les zélotes sifflaient et tapaient du tambour, jouaient du gazou et du cor anglais (impossible, ce devait être du cor français). À l'oreille, j'aurais juré un orchestre de deuxième année B ayant confondu le country-folk de Lake of Stew avec des chansons à répondre du Carnaval de Québec. Ils s'étaient donné pour mission de déranger le show de toute manière possible et criaient «En français! En français!». Lorsqu'une caméra de télévision s'est enfin braquée sur eux, ils s'y sont agglutinés comme des mouches sur un pot de crème anglaise. «En français! En français!» À ce moment précis, Lake of Stew chantait, ben oui, en français.

«Merci beaucoup. Bonne Fête de la Saint-Jean!», ont répété plusieurs fois les musiciens granos, le sourire aux lèvres. Vrai qu'il y avait de quoi rire dans sa barbe. Pas fous, ils ne se sont adressés à la petite foule (et aux nombreux journalistes) qu'en français. « Ça, c'est une chanson pour tous les gars avec des caméras!» Autant en profiter pendant que ça passe. Il y a une quinzaine, qui avait entendu parler de Lake of Stew?

Les policiers étaient aux aguets, les agents de sécurité itou, aussi nombreux en début de soirée que les spectateurs. Ça se chamaillait un peu devant la scène. «Ce sont des Québécois comme vous!» a protesté un monsieur avec du temps à perdre. «Mange d'la marde pis ferme ta yeule!», lui a répondu un des zélotes, parmi les plus éloquents.

J'ai eu un peu mal à mon Québécois, j'ai eu l'indépendantriste, mais c'était sans conséquence. Il y a longtemps que je sais que mon camp compte son lot de «cous bleus», comme dirait Gilles Duceppe. Il n'y a pas moins de gens bornés chez les fédéralistes. Rien de plus démocratique que la connerie.

Les gars et la fille de Lake of Stew, eux, ont conclu leur spectacle d'à peine une demi-heure de la plus habile manière. «Voici une chanson de folk qui vient de notre ville de Châteauguay», ont-ils annoncé avant de chanter en choeur Harmonie du soir à Châteauguay. «Dimanche soir à Châteauguay, les pieds pendants au bout du quai...»

Les zélotes se sont fermés la gueule. Leur niaiserie s'est évanouie dans l'air ambiant, engloutie par la foule de plus en plus compacte. Plus tard, pendant que Bloodshot Bill, «l'ennemi numéro 2 du fait français en Amérique du Nord», dans sa chemise lamée or, déchargeait son bluegrass-punk à la sauce rockabilly, préférant chanter en onomatopées plutôt qu'en anglais (pas fou lui non plus), j'ai surpris deux «wannabe-Patriotes», en état de Saint-Jean Baptiste avancé, danser comme des échappés de l'asile. Et dire que j'ai laissé les garçons à la maison pour ça.

 




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