Trump : vers l'apocalypse ?

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« "Le Donald" ayant lancé des signaux contradictoires, on en est, pour l'instant, réduit aux hypothèses » sur le type de président qu'il sera, écrit Lysiane Gagnon.

PHoto Eric Thayer, archives The New York Times

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À en croire certains, la victoire de Trump mène le monde au bord de l'apocalypse. La réalité sera-t-elle moins sombre, plus nuancée ?

« Le Donald » ayant lancé des signaux contradictoires, on en est, pour l'instant, réduit aux hypothèses.

L'HYPOTHÈSE OPTIMISTE 

Cet homme est un monstre de vanité. Il voulait être président non pas pour des raisons idéologiques, mais pour satisfaire son immense ego. L'accession à la Maison-Blanche sera une fleur grandiose à son chapeau de parvenu, le couronnement triomphal de sa carrière d'homme d'affaires. Cela lui assurera la respectabilité à laquelle cet amuseur public a toujours aspiré.

Il voudra être aimé de tous, voire devenir un second Reagan.

Il ne mettra pas un zèle excessif à mettre en oeuvre les promesses auxquelles il ne croyait qu'à moitié, lui qui fut tour à tour démocrate et républicain. Ces promesses incendiaires n'ont servi qu'à mobiliser ses troupes et à flatter les instincts de sa base électorale. En bon cynique, il pourra les renier sans scrupule... et tant pis si ses électeurs se sentent trahis. Il n'aura pas à payer pour cette trahison, car il serait étonnant que Trump veuille, à 75 ans, se présenter pour un second mandat.

Contrairement à son principal rival Ted Cruz qui, lui, était un dangereux idéologue religieux, Donald Trump est un pragmatique et n'a rien d'un illuminé. Avant son engagement dans la course à la présidence, il professait des opinions bien plus libérales, en matière sociale, que ses adversaires à l'investiture républicaine. Comme tout promoteur immobilier, c'est un wheeler-dealer, un type habitué à négocier, à faire des deals et des compromis.

Les faits à l'appui de l'hypothèse optimiste 

Son chef de cabinet sera Reince Priebus, un républicain relativement modéré. Son comité de transition comprend, outre la figure acceptable de l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, ses trois enfants adultes qui sont de sensibilité démocrate, de même que son gendre, Jared Kushner, qui a exercé une influence modératrice sur son turbulent beau-père vers la fin de la campagne.

Son discours de victoire ne contenait aucun engagement susceptible de mettre le feu aux poudres. Il a déjà reculé sur l'Obamacare (qu'il va « modifier » plutôt qu'« abolir »).

Il ne parle plus d'expulsion massive des immigrés mexicains illégaux, mais a dit à 60 Minutes que ceux qu'il avait dans sa ligne de mire étaient les criminels et les mafieux. La frontière mexicaine ? Peut-être des clôtures plutôt qu'un mur... Un membre de son équipe de transition, Newt Gingrich, a dit qu'on ne ferait pas payer le Mexique pour le mur. Ce n'était qu'« un bon truc de campagne »...

Fermera-t-il la porte à l'immigration musulmane ? « Ce sera du cas par cas, a dit dimanche Giuliani à CNN. Tout dépend du pays d'où viennent les candidats... Ils devront tous être scrutés (« vetted »), mais l'examen sera plus facile pour les Égyptiens ou les Pakistanais, plus difficile pour les Syriens...

Enfin, rappelons-nous que même si les républicains auront le contrôle du Congrès (au moins pour deux ans, jusqu'aux élections de mi-mandat), le futur président ne disposera pas du pouvoir absolu. Contrairement aux députés dans un régime parlementaire de type britannique, les sénateurs et les représentants ne sont pas liés par des lignes de parti. Le prochain Congrès sera d'autant moins au service du président que Trump a été répudié par plusieurs personnalités républicaines durant la campagne.

L'HYPOTHÈSE PESSIMISTE 

Donald Trump n'est pas qu'un ambitieux vaniteux que le pouvoir suprême suffira à apaiser. C'est un homme vindicatif à l'esprit obtus. Le président sera à l'image du candidat.

Son ignorance des questions internationales et son manque total de subtilité diplomatique le rendront extrêmement vulnérable quand il devra discuter en tête-à-tête avec les leaders étrangers.

À moins qu'il ne s'adjoigne, comme secrétaire d'État, un as dans la lignée des Kissinger, on peut craindre de graves malentendus et des initiatives dangereuses.

Il tiendra la ligne dure sur tous ses thèmes de campagne, particulièrement sur l'ALENA et les autres projets de libre-échange. En matière d'environnement, il se laissera aller à ses tendances climato-sceptiques et anti-scientifiques. Il va de soi qu'il faudra oublier à jamais le contrôle des armes à feu, une question sur laquelle même Obama s'est avéré impuissant.

Même s'il est en selle pour quatre ans, il devra prendre soin de sa base électorale, ne serait-ce que pour ne pas perdre ses acquis aux élections de mi-mandat. D'où l'obligation de respecter ses promesses de campagne.

Les faits à l'appui de l'hypothèse pessimiste 

Faisant en quelque sorte pendant à Reince Priebus, son conseiller stratégique sera Stephen Bannon, un extrémiste de droite qui a inspiré les pires orientations de la campagne de Trump. Son équipe de transition comprend l'ultraconservateur Ben Carson, un créationniste qui associe l'homosexualité à la « bestialité », de même que Jeff Sessions, un sénateur d'Alabama partisan de la ligne dure contre l'immigration.

Trump devra nommer, durant son mandat, au moins un nouveau juge à la Cour suprême, peut-être plusieurs à supposer que d'autres juges décèdent ou soient forcés par la maladie de prendre leur retraite.

Quelles que soient les opinions que Trump nourrit en son for intérieur sur l'avortement ou le mariage homosexuel, les nouveaux juges seront inévitablement des magistrats réactionnaires. Si la Cour remet ces responsabilités aux États, cela provoquera un séisme qui fera reculer de plusieurs décennies la cause des femmes et des minorités sexuelles.

Les jeux sont donc loin d'être faits... Croisons les doigts.

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