M. Barrette part (encore) en guerre...

« La dernière victime du ministre Gaétan Barrette est... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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« La dernière victime du ministre Gaétan Barrette est le Centre universitaire de santé de l'Université McGill », écrit notre chroniqueuse.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Le premier ministre Couillard vient d'écarter son ministre de la Santé des prochaines négociations avec les médecins, lesquelles seront désormais dirigées par le Conseil du trésor, le ministre de la Santé n'agissant que comme expert-conseil. Bravo. Il était plus que temps de limiter les dégâts que cause le ministre Barrette partout sur son passage.

Après avoir outrageusement gâté les médecins, ce dernier s'est avisé tout à coup cette semaine que les médecins québécois sont trop payés et a laissé entendre qu'il réviserait les ententes monétaires qu'il a lui-même signées il y a tout juste deux ans. Les fédérations médicales ont été informées de cette volte-face tonitruante une demi-heure avant les médias !

Ce n'est pas une façon de négocier, pas une façon de traiter les gens.

Mais qu'attendre d'autre de la part d'un homme qui s'est fait une spécialité d'intimider et de rudoyer ses interlocuteurs, et qui s'est organisé, avec la complicité de M. Couillard, pour se bâtir un empire personnel à même les services de santé ?

Le fameux « trio économique » dont se targuait le premier ministre Couillard s'est volatilisé, emportant du même coup l'image de crédibilité économique qu'avait voulu se donner le gouvernement. Ne reste en place, au sommet de la pyramide, que le « trio médical » - le Dr Couillard, le Dr Juan Roberto Iglesias, grand ami de M. Couillard et plus haut fonctionnaire de l'État... et le Dr Barrette.

La dernière victime du ministre est le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Victime de sa popularité, le bel hôpital ultramoderne de l'ouest de Montréal reçoit trop de patients au goût du ministre, qui refuse de subventionner les coûts accrus par cet achalandage (depuis son ouverture, le CUSM a vu sa clientèle augmenter de 30 % par rapport aux prévisions).

Résultat : l'hôpital a remisé des équipements flambant neufs, fermé des chambres, mis la clé dans la porte de trois salles opératoires et reporté plus d'un millier d'interventions chirurgicales électives.

D'après M. Barrette, l'hôpital devrait renvoyer les patients à un hôpital près de chez eux.

Le même scénario a eu lieu à propos de l'Hôpital général juif, dont l'excellente réputation attire beaucoup de malades. À un moment donné, les réceptionnistes avaient reçu l'ordre de n'accepter que les patients dont le code postal indiquait qu'ils habitent à proximité de l'établissement.

Autrement dit, au lieu de faire en sorte que l'argent suive le malade, on force le malade à suivre la carte géographique tracée par les fonctionnaires.

Cette approche technocratique est une violation flagrante de la Loi canadienne sur la santé, qui garantit aux citoyens le libre choix de leur hôpital et de leur médecin. Le Québec viole même sa propre loi, qui stipule en substance la même chose que la loi fédérale.

Il tombe sous le sens que les hôpitaux devraient être financés en fonction des services qu'ils rendent et du nombre de patients qu'ils traitent. Le système actuel, au contraire, détermine le financement en fonction de critères historiques, indépendamment des variations dans le volume des actes.

Le raidissement du ministre Barrette est d'autant plus incompréhensible que tant le CUSM que le CHUM, loin d'être des hôpitaux de proximité, sont des « super-hôpitaux » dont la mission est de prodiguer des traitements de troisième ligne, et qui doivent de ce fait être ouverts à tous les résidants de la province.

Comme à son habitude, le ministre Barrette a ajouté l'insulte au refus, en laissant entendre que des médecins du CUSM font des pressions pour « retenir » les patients et les empêcher d'aller ailleurs. C'est ridicule. Le CSUM n'a aucun effort de recrutement à faire ! Les gens y vont, comme d'ailleurs à l'Hôpital juif, parce qu'il a bonne réputation, et que c'est en plus un hôpital tout neuf qui a l'avantage unique de n'avoir que des chambres individuelles, ce qui contribue énormément à réduire le risque d'infections et la transmission de maladies nosocomiales. Le CHUM, dans l'est de Montréal, offrira la même chose... quand il ouvrira.

Le ministre a eu le culot d'ajouter que le CUSM devrait faire comme le CHUM qui, lui, n'a pas dépassé ses budgets. Mais c'est faire fi de la réalité. À moins d'y avoir déjà ses dossiers et d'être attaché à l'un de ses excellents médecins, les gens sont moins attirés par un hôpital qui est en pleine construction pour une période indéterminée et dont les dissensions internes ont souvent fait les manchettes. Quand le CHUM finira par ouvrir les portes de ses nouveaux locaux, lui aussi verra probablement sa clientèle augmenter exponentiellement.

Le pire, dans cette histoire, c'est l'optique à courte vue du Ministère. Pourquoi décourager l'innovation ? Pourquoi pénaliser des hôpitaux qui attirent la clientèle parce qu'ils ont amélioré leur performance et réduit les temps d'attente ?

Paradoxalement, le ministre Barrette qui part en guerre contre le CUSM est personnellement en faveur du financement à l'activité, comme cela se pratique dans nombre de pays avancés. Mais les obstacles bureaucratiques sont nombreux. Si le ministre avait apporté à cette réforme le quart du temps qu'il a passé à se mettre les acteurs du système à dos, on serait peut-être en train d'évoluer...

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