Outremont : et si c'était le jour de Noël ?

« Les hassidim soupçonnent que l'arrondissement veut les forcer... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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« Les hassidim soupçonnent que l'arrondissement veut les forcer à quitter les vieilles rues résidentielles d'Outremont », écrit Lysiane Gagnon.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

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Imagine-t-on un conseil municipal tenir son assemblée publique le jour de Noël ? Bien sûr que non. C'est pourtant l'équivalent de cela qui s'est passé hier à Outremont.

Les roitelets de l'arrondissement ont refusé de déplacer la date de l'assemblée mensuelle pour tenir compte du fait que, cette année, Rosh Hashanah a lieu du 2 au 4 octobre. Rosh Hashanah est, après Yom Kippour, la fête la plus sacrée du calendrier juif. C'est l'équivalent de Pâques ou du jour de l'An pour les chrétiens. Une fête qui, à l'instar de Noël, réunit les familles dispersées pour de joyeuses célébrations étalées sur trois jours.

Les représentants de la communauté hassidique, qui forme le quart de la population de l'arrondissement, ont vainement tenté de faire modifier la date de l'assemblée. Peine perdue. Le calendrier de cet arrondissement serait-il un objet intangible et sacré ? L'assemblée a donc eu lieu hier, et certaines questions budgétaires seront discutées ce soir.

Selon Projet Montréal et sa conseillère Mindy Pollack, c'est la troisième fois que le conseil municipal d'Outremont tient une assemblée au beau milieu d'une fête juive.

Le pire, c'est que l'ordre du jour de l'assemblée d'hier contenait une question qui intéresse au plus haut point la minorité hassidique.

On devait étudier les modalités du référendum que l'arrondissement doit tenir d'ici peu sur le changement de zonage qui interdit l'ouverture de lieux de culte dans la rue Bernard.

J'entends d'ici les chantres de la laïcité proclamer que les autorités publiques n'ont pas à tenir compte des religions et que tant pis si les hassidim ne veulent pas interrompre leurs célébrations familiales pour assister à l'assemblée, et que la religion est une affaire privée, et que l'État est neutre et blablabla, on connaît la chanson.

Foutaise. Répétons la question : un conseil municipal tiendrait-il son assemblée mensuelle le jour de Noël, qui plus est sur une question qui intéresse particulièrement les chrétiens ? Croyez-vous qu'en France, patrie de la laïcité, une commune oserait convoquer les citoyens le soir d'une fête religieuse ? Et ce, dans un pays où l'Assomption, la Pentecôte et l'Ascension sont des congés fériés ?

Ce qui se passe à Outremont n'est pas le drame du siècle, mais c'est significatif. Ce refus de tenir compte d'une religion minoritaire mais importante, c'est plus qu'un signe d'insensibilité et d'arrogance, c'est une indéniable provocation envers une minorité déjà en butte à l'hostilité ouverte ou larvée d'une bonne partie de la population.

Le changement de zonage, dans les rues Bernard et Laurier, était-il justifié ? La mairesse Marie Cinq-Mars dit que l'ouverture de nouveaux lieux de culte compromettrait le caractère commercial et ludique de ces deux rues.

À première vue, on voit mal en quoi une synagogue déparerait davantage l'espace public qu'un salon funéraire ou un supermarché.

Si l'imposante église Saint-Viateur ne nuit aucunement à l'activité commerciale de la chic rue Laurier, on voit mal comment une synagogue de dimensions plus modestes déformerait la rue Bernard. Peut-être craint-on surtout les concentrations de fidèles sur le trottoir, de même que la diminution des revenus fiscaux (les lieux de culte sont exemptés de taxes foncières).

Quelle que soit la raison de cette décision, qui est peut-être justifiée, peut-être pas, le fait est qu'elle n'incommode que les hassidim, et que c'est après qu'un permis eut été accordé pour la construction d'une synagogue dans la rue Bernard que le conseil a décidé de changer le règlement de zonage. Un référendum doit avoir lieu au sujet de la rue Bernard, le cas de la rue Laurier n'ayant pas recueilli assez de signatures. Mais comme les hassidim ne forment que le quart des électeurs, ils n'ont aucune chance de gagner un référendum.

Les quatre synagogues du quartier ne suffisent plus aux besoins de cette communauté qui compte maintenant 25 000 âmes. L'arrondissement leur propose d'en installer une autre au nord, dans la partie industrielle de l'arrondissement, mais les juifs allèguent que leurs synagogues doivent être accessibles à pied de leurs résidences parce qu'ils ne peuvent conduire durant les jours saints. Les hassidiques soupçonnent que l'arrondissement veut les forcer à quitter les vieilles rues résidentielles d'Outremont.

Les rapports entre la majorité outremontaise et les hassidiques sont exécrables depuis des années, et il est probable qu'il y ait eu, au cours de cette longue et difficile cohabitation, des torts des deux côtés. Mais ce n'est pas en offensant délibérément sa minorité hassidique qu'Outremont va rétablir les ponts.

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