Abolition des frais accessoires : guerre ouverte

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« Avec la complicité active de Gaétan Barrette, les fédérations médicales ont dilapidé leur capital de sympathie dans la population », écrit Lysiane Gagnon.

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La question des frais médicaux accessoires vient de s'engluer dans une rivalité électoraliste de bas niveau entre le ministre Gaétan Barrette et la ministre fédérale Jane Philpott. C'est à qui prendrait le crédit d'une mesure populaire auprès de l'électorat.

Acte un : Le 14 septembre, dans un discours emphatique, en brandissant la carte-soleil comme un étendard, le ministre Barrette annonce solennellement la fin de la surfacturation. Il est si pressé de faire cette annonce (on verra pourquoi à l'Acte deux) qu'il ne s'est même pas soucié d'en discuter avec les fédérations de médecins, qui ont pris connaissance de la décision en même temps que le public.

Acte deux : Ce que voyant, le cabinet de la ministre fédérale « coule » aux médias une lettre datée du 6 septembre, dans laquelle Mme Philpott avertit son homologue provincial que les sommes dévolues aux frais accessoires seront amputées des prochains transferts fédéraux. Autrement dit, c'est Ottawa, et non Québec, que le bon peuple devrait remercier.

Acte trois : Le ministre Barrette, furieux de voir le fédéral tirer à lui la couverture, déclare qu'il n'informera pas son homologue des coûts rétroactifs de la surfacturation -  une bravade d'autant plus malvenue qu'il l'a lui-même évaluée à 83 millions dans son discours triomphaliste de la semaine dernière !

Contre l'évidence, le ministre Barrette prétend que l'intervention fédérale n'a rien à voir avec sa décision, qui aurait été prise, dit-il, au printemps dernier. Faux. En mai, le ministre avait annoncé que les frais accessoires (qu'il voulait initialement « encadrer », en n'interdisant que ceux qui étaient « abusifs ») seraient abolis... après les prochaines négociations avec les médecins sur leur rémunération. C'est radicalement différent d'une abolition « mur à mur » décrétée instantanément, sans négociation et sans compensation !

Chose certaine, la « guéguerre » est ouverte entre les deux ordres de gouvernement.

Alors qu'il vient de céder au diktat d'Ottawa, M. Barrette affirme péremptoirement que « le Québec n'a jamais reconnu la loi fédérale sur la santé ». Mais de quoi parle le ministre ? Cette loi existe depuis 40 ans, et même si elle est parfaitement désuète, elle s'applique au Québec comme aux autres provinces, du moins tant que le Québec fera partie du Canada.

À Ottawa aussi, on monte au front. Les « nationalistes mous » qui se sont amourachés du charmant Justin, cet homme si convivial, vont bientôt déchanter. Ils découvriront que le fils de Pierre Elliott tient ardemment, comme le veut d'ailleurs la tradition de son parti, au renforcement du pouvoir central.

Ces mêmes nationalistes vont bientôt regretter la quiétude qu'avait instaurée sur le plan des relations fédérales-provinciales le régime de Stephen Harper, qui était au contraire un partisan du renforcement des provinces - une attitude née de son idéologie conservatrice et de son enracinement dans l'Ouest, de même que de son désir de gagner le coeur des Québécois. M. Harper s'était bien abstenu de chercher noise au gouvernement québécois sur le partage des compétences.

Cette époque est révolue, et l'on peut prévoir que le fédéral voudra appliquer avec zèle ses propres priorités en matière de santé. Cela se fera au détriment du bien commun, car les provinces, responsables de l'administration des services de santé, sont beaucoup mieux placées que le gouvernement central pour évaluer les besoins de leurs populations.

Mais c'est le fédéral qui a le gros bout du bâton parce qu'il paie une bonne partie de la note.

Aussi faut-il s'attendre à ce que Mme Philpott exige que les transferts fédéraux soient amarrés à ses propres priorités, notamment la santé mentale et les soins à domicile... et tant pis si le Québec, ou n'importe quelle autre province, a d'autres priorités.

Si les hostilités sont ouvertes entre Québec et Ottawa, le feu a pris également à l'intérieur du Québec, à cause de la manière dont le ministre Barrette traite les groupes qui ont le malheur d'être sous sa gouvernance. Après les pharmaciens, qu'il a traités avec un mépris sans borne en bafouant des ententes déjà conclues, vient maintenant le tour des médecins.

Pendant des années, ils ont été gâtés outre mesure par l'ancien président de la Fédération des médecins spécialistes, puis par le même homme devenu ministre. Tant et si bien que la population s'est retournée contre ces privilégiés.

Le ministre, tout à ses visées électoralistes, peut donc se permettre de leur faire avaler de force l'abolition sans condition des frais accessoires. Une mesure qui, bien qu'avantageuse à court terme pour les patients, pourrait entraîner des maux beaucoup plus graves, en prolongeant le temps d'attente dans les hôpitaux pour certains soins.

Les fédérations médicales, conscientes qu'elles doivent maintenant mettre de l'eau dans leur vin parce qu'avec la complicité active de Gaétan Barrette, elles ont dilapidé leur capital de sympathie dans la population, étaient pourtant ouvertes à la révision des frais accessoires, et toutes disposées à en discuter avec le ministre. Mais ses manières de matamores auront probablement fait disparaître toutes les bonnes volontés et annoncent des négociations orageuses.

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