Fini, le temps des cerises...

Face à l'invasion d'un moucheron arrivé d'Asie en... (PHOTO PHILIPPE HUGUEN, agence france-presse)

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Face à l'invasion d'un moucheron arrivé d'Asie en 2010, les producteurs de cerises français ont dû recourir à un insecticide que l'Agence nationale de sécurité sanitaire a décrété dangereux, explique Lysiane Gagnon.

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Lysiane Gagnon

Chroniqueuse

La Presse

La cerise est depuis toujours le fruit emblématique de la France, le signe immanquable, avec les asperges et les fraises gariguettes, que le printemps est arrivé. La cerise est à ce point prisée des Français que Le temps des cerises est depuis plus de 100 ans la chanson la plus connue du répertoire.

Cette douce et jolie ballade, qui vous repose des accents martiaux de L'Internationale, est aussi l'hymne officieux de la gauche française, parce que certaines strophes ont été interprétées comme des allusions métaphoriques à la répression sanglante de l'insurrection de la Commune de Paris, en 1871.

Or, pour la première fois depuis l'époque romaine, il n'y aura pas de cerises en France cette année.

(Rappelons que la « cerise de France », dodue et écarlate, n'a rien à voir avec nos cerises de terre ou nos petites griottes aigrelettes de fin d'été, qui ne s'épanouissent qu'à la cuisson. Question de terroir et de climat...)

Dans l'un de ces élans de zèle hygiéniste qui paralysent les sociétés en proie à la peur des risques les plus bénins (la nôtre ne fait guère exception), le gouvernement français a interdit la vente des cerises.

Pourquoi ? Parce que, face à l'invasion d'un moucheron particulièrement agressif arrivé d'Asie en 2010, les producteurs de cerises doivent recourir au diméthoate, le seul insecticide efficace... mais que l'Agence nationale de sécurité sanitaire a décrété dangereux.

Dangereux ? Combien de cerises faudrait-il déguster avant de tomber malade ? C'est comme pour les pommes non bios :  un esprit caustique vous dirait qu'il faudrait en manger 100 par jour pendant 10 ans pour subir les effets des insecticides !

Mais surtout, que dire de ce « principe de précaution », venant d'un pays qui empoisonne, pour de vrai cette fois, sa population en laissant proliférer des véhicules dotés de moteurs diesels, le gazole étant un produit classé cancérigène par l'Organisation mondiale de la santé ?

Le gazole est populaire parce qu'il coûte moins cher au kilomètre : 70 % du parc automobile français et 55 % du parc européen sont constitués de véhicules diesels, contre 3 % aux États-Unis. Rien d'étonnant à ce que l'immense fraude de Volkswagen, qui avait menti sur les indices de pollution de ses voitures, ait été découverte par l'Agence américaine de protection de l'environnement, dont les critères sont plus stricts qu'en Europe.

Mais revenons à nos cerises.

La France souhaitait que l'Union européenne lui emboîte le pas, histoire de protéger ses agriculteurs contre la concurrence de cerises « étrangères », mais les autorités européennes de sécurité de la santé ont refusé d'interdire le diméthoate, en raison de l'« absence de données sur les effets de la molécule sur les consommateurs ». Résultat : la France bloquera toutes les importations, alors que la solution sensée aurait été une petite campagne d'information recommandant aux consommateurs de laver leurs cerises avant de les déguster, comme d'ailleurs la plupart des fruits non pelés.

Seules seront autorisées à la vente les cerises qui auraient été cultivées sans recours au diméthoate, donc avec des moyens extraordinaires (molécules alternatives moins efficaces et 10 fois plus chères, filets antimoustiques, etc.) qui rendront leur coût prohibitif (jusqu'à 50 euros ou 75 $ le kilo !).

Les producteurs ont eu beau protester, expliquer qu'ils ont l'habitude de n'utiliser que de petites quantités de diméthoate... et qu'en fait, on n'a jamais rapporté qu'un Français était mort d'avoir mangé une poignée de cerises, peine perdue.

On prédit que d'ici trois ans, il n'y aura plus de cerises en France.

Leurs producteurs, privés de solution de remplacement contre l'insecte assassin, se reconvertiront dans d'autres cultures.

Et voilà comment, pour des motifs tenant davantage de l'excès de précaution que de la raison, un gouvernement qui aurait pourtant bien d'autres sources, réelles celles-là, de pollution à combattre, détruit une culture enracinée depuis toujours dans son terroir. Adieu les clafoutis aux cerises, ce grand rituel du printemps qui a régalé tant de générations...

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