Enfants et politique

Moins d'un an après être devenu chef du... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Moins d'un an après être devenu chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau a annoncé, lundi, qu'il mettait fin à sa carrière politique pour des raisons familiales.

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Dans la foulée de la démission dramatique de Pierre Karl Péladeau, une idée fausse et pernicieuse est en train de faire son chemin. À entendre une pléthore de commentateurs de tout acabit, une carrière politique serait inconciliable avec la vie familiale, et une mère ou un père qui a de jeunes enfants ne devrait même pas y songer.

C'est à croire qu'on fait tout pour dissuader les gens d'entrer en politique ! Veut-on vraiment d'une société où la politique serait une activité réservée aux célibataires et aux parents d'enfants adultes - donc par définition des personnes de plus de 50 ans ?

On est en train de faire de Pierre Karl Péladeau un héros - ou un exemple à suivre - parce qu'il renonce à la politique « pour le bien de ses enfants ». Pourtant, ce cas très particulier est le moins « généralisable » qui soit.

M. Péladeau n'est pas dans une situation normale. Il est aux prises avec une procédure de médiation pénible, face à une ex-épouse qui utilise sans vergogne l'espace public à ses propres fins.

On a vu Julie Snyder, sur le plateau de Tout le monde en parle, lancer à son ex des messages explosifs malgré la douceur du ton... et un ultimatum voilé. Mme Snyder s'est présentée comme une épouse aimante, une mère affectueuse, une femme ayant sacrifié sa carrière lucrative pour l'homme qu'elle aimait et pour l'entreprise dont il était le patron, une femme ouverte aux compromis dans une négociation difficile, meurtrie par le caractère « violent » de la politique...

Le scénario était d'autant mieux rodé, et la performance d'autant plus touchante, que Mme Snyder est une grande professionnelle de la télévision. Ce brillant exercice de manipulation était de nature à mettre une pression insoutenable sur M. Péladeau. Il ne serait pas étonnant que cette entrevue l'ait convaincu que Mme Snyder était résolue à prendre tous les moyens pour lui faire perdre l'accès libre à ses enfants s'il ne se rendait pas disponible au maximum. Qui peut se résoudre à ne voir ses enfants que quelques heures par mois ?

Cet homme donc se trouvait soudain acculé au pied du mur, lui qui, quelques jours auparavant, semblait fort bien installé dans son rôle de chef de parti.

Ce drame personnel n'a rien à voir avec la culpabilité lancinante qu'éprouve un parent qui doit sacrifier à son travail une partie du temps qu'il aimerait passer avec ses enfants.

La situation dans laquelle se trouvait M. Péladeau est si exceptionnelle qu'elle ne comporte aucun enseignement valable pour la moyenne des familles.

La politique ne détruit pas les couples qui s'entendent bien et dont le foyer est solide, pas davantage en tout cas que beaucoup d'autres occupations tout aussi accaparantes. Qu'on pense aux gens qui dirigent de grands ensembles - entreprises, hôpitaux, universités -, aux médecins débordés, aux infirmières « sur appel », aux restaurateurs qui ont des horaires de fous, aux petits commerçants qui ne peuvent lâcher la boutique parce qu'ils n'ont pas de personnel, aux professionnels à leur compte toujours à la recherche d'un contrat, aux militaires absents pendant des mois, aux chercheurs et aux gens d'affaires toujours en voyage...

Tout le monde n'est pas fonctionnaire avec des horaires de 9 à 5 ! La société est remplie de gens qui doivent rogner sur le temps passé en famille. En fait, comme les parlements ferment boutique plusieurs mois par année, la vie d'un député est moins trépidante que bien d'autres carrières.

Il en va autrement pour les ministres ou les chefs de partis, cela va de soi. Mais en s'appuyant sur un(e) conjoint(e) stable et aimant(e), on peut viser les plus hauts sommets en politique sans gâcher la vie de ses enfants, comme l'ont démontré les Mulroney, les Chrétien, les Marois-Blanchet, les Duceppe-Brunelle ou les Landry-Laporte, et comme le montre actuellement Justin Trudeau, qui n'est sûrement pas toujours à la maison le soir.

Ce n'est pas la politique qui détruit les familles, c'est la mésentente, le manque d'amour et d'altruisme au sein du couple.

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