Tout faire contre le décrochage

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« Nous avons toujours le plus bas taux d'alphabétisation au Canada », rappelle Lysiane Gagnon.

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Lysiane Gagnon 
La Presse

En 1962, 54 % des adultes québécois de plus de 25 ans avaient moins de six ans de scolarité. Ce très lourd passé pèse encore comme un boulet sur le Québec, qui est loin d'avoir rattrapé ce retard historique.

Nous avons toujours le plus bas taux d'alphabétisation au Canada, un taux de diplomation anormalement faible, et le record canadien du décrochage - 30 % des garçons quittent l'école secondaire sans diplôme. Et cela n'émeut pas grand monde, car l'instruction, on ne le sait que trop, hélas, n'est pas une valeur privilégiée par la société.

Compte tenu de la gravité de la situation, on se serait attendu à ce qu'au moins un gouvernement, depuis la Révolution tranquille, ait fait de l'éducation sa priorité absolue. Ce ne fut jamais le cas. Les gouvernements libéraux se sont concentrés sur le développement économique et les gouvernements péquistes, sur la souveraineté ou (sous Lucien Bouchard) sur le déficit zéro.

Arrive enfin un parti politique - la Coalition avenir Québec - qui se donne l'éducation comme première mission et qui propose, entre autres mesures, la généralisation de la prématernelle à 4 ans et l'allongement de la fréquentation scolaire jusqu'à 18 ans. Et que se passe-t-il ? Les libéraux et les péquistes, qui n'ont jamais rien de novateur à proposer à ce chapitre, s'entendent comme larrons en foire pour ridiculiser cette initiative.

On croit rêver en entendant le premier ministre Couillard dire que ces mesures, que la CAQ évalue à 400 millions sur cinq ans, coûteraient trop cher. Trop cher, alors qu'il en va de l'avenir de milliers d'élèves ?

Le ministre Sébastien Proulx, quant à lui, écarte sommairement l'idée de prolonger la fréquentation scolaire. Ça ne donnerait rien, proclame-t-il. Mais qu'en sait-il ?

Et comment réagit le Parti québécois, ce parti d'enseignants et d'intellectuels ? En chambre, son critique en matière d'éducation, Alexandre Cloutier, dénonce à grands cris cette « improvisation ».

Se gardant bien d'aborder la question de fond, il insiste sur un volet contestable, mais secondaire de la proposition caquiste, soit l'interdiction pour les entreprises d'embaucher des mineurs.

Dans un geste proprement ahurissant, M. Cloutier a même demandé au ministre de l'Éducation ce qu'il pensait de la « coercition » proposée par la CAQ, histoire de l'inciter à la dénoncer lui aussi.

Rarement a-t-on vu un député de l'opposition solliciter l'appui du gouvernement pour ridiculiser l'initiative d'un autre parti de l'opposition. Quel spectacle désolant que de voir les représentants des deux grands partis tomber à bras raccourcis sur le seul parti qui ait l'audace de vouloir remédier un tant soit peu au fléau du décrochage !

Et des parents leur font écho... Il y a les défaitistes qui disent bof, ça ne changerait rien. D'autres s'insurgent à la perspective de devoir faire vivre leurs ados deux ans de plus...

Il va de soi que l'idée doit être développée, et les modalités précisées. Mais pourquoi la rejeter d'un revers de main ? En Allemagne, pays reconnu pour la qualité de ses programmes de formation professionnelle, l'école est obligatoire jusqu'à 18 ans.

L'Ontario, la province qui a le plus en commun avec le Québec, a rendu l'école obligatoire jusqu'à 18 ans. Le Nouveau-Brunswick aussi, bien qu'il soit beaucoup plus pauvre que le Québec. C'est également le cas de 21 États américains, et le président Obama, qui n'est pas un imbécile, voudrait voir cette mesure généralisée à l'ensemble des États-Unis !

L'allongement du secondaire serait évidemment inefficace si d'autres mesures ne s'y greffaient, notamment l'aménagement de passerelles plus flexibles pour permettre à un ado réfractaire à l'étude de s'engager dans une formation professionnelle.

Actuellement, il doit avoir réussi dans trois matières de base (français, anglais et maths) pour être admis dans un programme professionnel de niveau secondaire. Ces préalables pourraient-ils être allégés ? Pourrait-on embaucher plus d'orienteurs ? Ne faudrait-il pas adapter l'école aux besoins des garçons (les plus tentés par le décrochage) ? Pourquoi ne pas recourir à des retraités qualifiés pour l'aide aux devoirs ?

Peu importe la façon, l'important c'est la volonté d'agir contre le décrochage qui brise tant de vies, quand on sait que le diplôme d'études secondaires est le strict minimum, de nos jours, pour obtenir un emploi le moindrement intéressant. Ne pas s'en soucier, c'est moralement analogue à de la négligence criminelle.

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