Le jeu trouble de l'UPAC

« L'UPAC a-t-elle des arrière-pensées politiques ? », demande notre chroniqueuse.... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

« L'UPAC a-t-elle des arrière-pensées politiques ? », demande notre chroniqueuse.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'UPAC a-t-elle des arrière-pensées politiques ? La question se pose.

Personne ne conteste les perquisitions et les arrestations effectuées par l'escouade : c'est son devoir d'y procéder, si elle a des raisons de croire que certains politiciens sont coupables de corruption ou de fraude (les tribunaux en jugeront). Il n'y a rien de bien étonnant, non plus, à ce que le PLQ soit particulièrement visé. Ce parti a été plus exposé aux tentations parce qu'il a été plus souvent au pouvoir, et qu'il est plus proche des milieux d'affaires et des grandes sources de financement.

Mais il y a la manière de faire les choses, et celle de l'UPAC laisse transparaître une volonté de manipuler l'opinion publique.

La députée péquiste Véronique Hivon s'est dite, mardi, « excessivement troublée » par les fuites concernant l'ancien ministre Marc-Yvan Côté. À la veille de la comparution de ce dernier en cour, TVA a reçu un rapport portant l'entête de la Sûreté du Québec, qui contenait des pièces à conviction récoltées lors d'une perquisition au domicile de M. Côté.

Selon Le Devoir, Mme Hivon a appelé la ministre de la Justice à « la plus grande vigilance » quant aux fuites provenant des organismes sous sa responsabilité. Or, la directrice des poursuites criminelles et pénales (DPCP) se dit certaine que ses dossiers sont parfaitement sécurisés. « Si vous êtes sûre que ça ne vient pas de chez vous, de rétorquer Mme Hivon, il faut que ça vienne de la police. C'est assez troublant. »

D'autres incidents le sont tout autant.

Pourquoi l'UPAC a-t-elle choisi l'ouverture de la session parlementaire, en septembre 2013, pour ébruiter (par Radio-Canada) une perquisition effectuée en juillet au siège du PLQ... et pour envoyer deux agents interroger Philippe Couillard, alors tout nouveau chef du PLQ, à son domicile et au petit matin, comme s'il était un suspect susceptible de prendre la clé des champs ?

Cet acte de défi visant à humilier était inhabituel. J'ai déjà été interrogée, par la SQ et par la GRC, à propos d'articles que j'avais signés. Je n'étais qu'une petite journaliste, mais chaque fois, les policiers m'ont poliment téléphoné pour prendre rendez-vous durant les heures de travail.

Pourquoi les arrestations de Nathalie Normandeau et de six autres personnes ont-elles eu lieu le jour du budget du gouvernement Couillard, éclipsant du coup ce qui devait être un moment solennel pour le gouvernement ?

Les explications de l'UPAC (le mandat avait été lancé la veille) ne sont pas totalement convaincantes.

La façon dont l'ex-ministre Sam Hamad a été crucifié sur l'autel de l'opinion publique, précipitant le gouvernement Couillard dans une autre crise, soulève aussi des questions.

Dans un premier temps, l'émission Enquête de Radio-Canada dévoile des courriels envoyés par M. Côté pour favoriser la firme Premier Tech. Dans un second temps, Enquête dévoile des informations concernant les activités de financement de M. Hamad.

Avec raison, Enquête ne dévoilera pas ses sources, mais pour les vétérans journalistes comme Don Macpherson, de Montreal Gazette, il ne fait guère de doute que les informations venaient des documents ramassés par l'UPAC au cours de ses perquisitions. Macpherson émet l'hypothèse que les enquêteurs de l'UPAC en voulaient à l'ancien responsable du Trésor pour avoir interdit le cumul de leurs « pensions » de policiers et de leurs salaires actuels d'enquêteurs.

Dans une lettre ouverte au Devoir, quatre hauts fonctionnaires retraités (dont Michel Héroux, un ancien journaliste qui a occupé des fonctions de cadre à Radio-Canada, TVA et à l'Université Laval) affirment eux aussi que les informations d'Enquête ne peuvent provenir que de l'UPAC, dont ce n'est pourtant pas le rôle que « d'intervenir en politique ».

Les auteurs blâment le directeur de l'UPAC, Robert Lafrenière, pour son goût du spectaculaire et pour avoir « manqué à son devoir de réserve » en faisant campagne publiquement pour sa reconduction à la tête de l'organisme, « une cabale qui ne se fait pas dans le monde du haut mandarinat public ». Les récents agissements de l'UPAC auraient-ils fait partie de cette cabale, histoire de faire pression sur le gouvernement Couillard ?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer