Requiem pour un président

Le mouvement Nuit debout à la place de la... (Photo Philippe Wojazer, Reuters)

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Le mouvement Nuit debout à la place de la République à Paris.

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« Les socialistes sont morts, on va les enterrer bientôt ! », scandent les jeunes « indignés » qui ont lancé le mouvement Nuit debout... une opération qui est bien la dernière chose dont avait besoin la présidence abîmée de François Hollande.

Ce dernier a atteint un niveau d'impopularité qui bat tous les records, à tel point qu'un sondage du Figaro indiquait hier que les trois quarts des sympathisants socialistes, à la suite de plusieurs vedettes du parti, souhaitent que le candidat de gauche à la présidentielle de 2017 soit choisi par une primaire. Voilà une terrible répudiation de François Hollande, la tradition ayant toujours voulu qu'un président sortant puisse jouir du droit de briguer un second mandat.

Il ne manquait plus au pouvoir socialiste, déjà aux prises avec une interminable série de grèves et de manifestations contre son projet de réforme des lois du travail, que de voir une partie de la jeunesse, aussi infime soit-elle, se dresser contre lui avec le panache et l'imagination qui attirent les caméras. Sur le modèle du mouvement Occupy nord-américain et des indignés espagnols, le mouvement Nuit debout occupe des places publiques pour y faire entendre « la voix du peuple ».

Ces manifestations ne réunissent que quelques centaines de personnes - en général assez jeunes pour envisager sans déplaisir la perspective de passer une partie de la nuit à discourir dans la froideur des giboulées d'avril, mais l'exercice est lyrique, festif et spectaculaire, et s'est répandu dans les villes les plus contestataires, comme Rennes ou Toulouse.

Les événements qui précipitent la descente aux enfers du pouvoir socialiste se sont enchaînés avec une logique cruelle.

Le président Hollande disait il y a quelques mois qu'il ne solliciterait un second mandat que si la courbe du chômage s'inversait. Or, l'administration publique, déjà obèse, ne peut créer plus d'emplois. Comment alors forcer les entreprises à embaucher davantage ?

La réponse est depuis longtemps évidente dans un pays où le Code du travail compte 3689 pages. Il faut introduire plus de flexibilité dans les normes du travail. Mais le projet de réforme, assez modeste au demeurant, s'est heurté à un mur de résistance, comme la France sait en construire dès que pointe à l'horizon la menace d'un changement.

Si l'opération Nuit debout est plutôt l'oeuvre d'idéalistes altermondialistes et libertaires, la résistance à la réforme des lois du travail est bien ancrée dans la réalité, et orchestrée par les syndicats et les organisations étudiantes. Aujourd'hui encore, une autre journée de mobilisation doit avoir lieu à Paris, et l'on remettra cela le 28 avril.

Il s'agit maintenant de défaire ce qui reste du projet de loi, que le gouvernement de Manuel Valls a pourtant déjà considérablement élagué, en éliminant la plupart des irritants et en y ajoutant quelques douceurs pour apaiser les étudiants. On songe, par exemple, à l'aide de l'État à la recherche d'un premier emploi, à l'octroi d'une caution à la location d'un logement, à des subventions aux diplômés sans emploi...

Parallèlement à l'action méthodique des syndicats et aux palabres des « nuits debout », des troupes de casseurs s'activent à pourrir le climat en vandalisant des institutions d'enseignement.

À la base, malgré le vacarme médiatique, ces mouvements sont loin d'avoir l'ampleur des révoltes sociales qui ont marqué les deux dernières décennies, et un gouvernement fort (ou en début de mandat) pourrait y faire face. Mais celui de Valls est si affaibli qu'il ne peut supporter le moindre vent contraire.

Le premier ministre, qui était le politicien préféré des Français à droite comme à gauche il y a deux ans à peine, a suivi François Hollande dans sa chute. « Morts », les socialistes, comme le prétendent les indignés ? Non, mais pas forts...

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