Une politique discriminatoire

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Notre chroniqueuse estime qu'il est discriminatoire de la part du gouvernement de refuser d'accueillir les hommes célibataires hétérosexuels dans son plan d'accueil des réfugiés syriens.

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L'accueil des réfugiés syriens se double d'une politique discriminatoire inacceptable : les hommes seuls seront exclus, sauf s'ils sont gais (on se demande comment ces derniers réussiront à en faire la preuve, mais c'est une autre question).

On peut certes établir des priorités dans une politique d'accueil. Ainsi, il serait normal qu'en sélectionnant les réfugiés parrainés par le gouvernement, on privilégie les chrétiens et les yézidis, qui sont les premières cibles du groupe État islamique (EI). Les chrétiens sont la minorité la plus persécutée dans l'ensemble du Proche-Orient. Quant aux yézidis, adeptes d'une ancienne religion répandue chez les Kurdes, les hommes capturés sont assassinés sur-le-champ et leurs femmes, réduites à l'esclavage.

Le gouvernement a manifestement voulu, en écartant les hommes seuls, rassurer les citoyens qui craignent que des terroristes ne s'infiltrent parmi les réfugiés. Mais l'exclusion des hétérosexuels masculins, outre qu'elle est injuste, constitue une protection parfaitement illusoire.

Ce que cette décision laisse entendre, c'est que tout homme musulman est un terroriste potentiel, et que les hétérosexuels portent en eux un facteur supplémentaire de violence.

Pourtant, les gais, comme n'importe quels autres humains, ont produit leur lot de déviants.

Il est vrai que la plupart des attentats terroristes ont été commis par des jeunes musulmans de sexe masculin.

Mais attention aux stéréotypes : les femmes elles aussi s'engagent dans le djihad. En France, le quart des jeunes partis combattre en Syrie sont des filles.

Et il y a les convertis, fort nombreux parmi les aspirants au martyre. Selon L'Express, 23 % des forces de l'EI seraient composées de convertis. Les deux seuls attentats islamistes commis en sol canadien ont été le fait de Martin Couture-Rouleau, un Canadien français pure laine, et de Michael Zehaf Bibeau, le fils d'une Canadienne française et d'un Libyen laïque.

Que dire du préjugé selon lequel un homme marié serait moins « dangereux » qu'un célibataire ou un veuf ou un jeune homme qui n'a pas eu les moyens financiers de se marier ?

Amedy Coulibaly, l'auteur de la tuerie à l'Hyper Cacher, était marié et sa compagne était enceinte au moment du crime.

Les frères Saïd et Chérif Kouachi, les tueurs de Charlie Hebdo, étaient tous deux mariés et pères d'un enfant.

Mohammed Merah, le tueur de Toulouse, avait été marié, de même qu'Abdelkader Merah, son frère aîné et complice, et Brahim Abdeslam, l'un des tueurs de Paris.

La politique gouvernementale semble présumer que tous les terroristes islamistes sont des hétérosexuels. On n'en sait rien. Nombre de gais se marient par peur de la discrimination, surtout dans les sociétés qui criminalisent l'homosexualité.

La politique privilégiant l'accueil des gais peut aussi avoir d'effroyables effets pervers. Imagine-t-on le sort d'un jeune homme qui se serait identifié comme gai, mais qui, au bout du compte, n'aurait pas été choisi comme réfugié ? Imagine-t-on les persécutions dont il serait l'objet dans son camp de réfugiés ?

Résumons. Il y a peu de risques que des terroristes se trouvent parmi les réfugiés qui vivotent depuis des années dans des camps libanais ou jordaniens. Mais il n'y a aucune garantie imaginable contre la possibilité, aussi ténue soit-elle, qu'un réfugié, ou un enfant de réfugié élevé ici, commette un jour un attentat.

La seule façon de s'en prémunir à 100 % serait de n'admettre que des femmes seules et des hommes de plus de 50 ans, puisqu'on n'a guère vu de terroristes de plus de 40 ans. Mais serait-ce dans l'intérêt du Canada que de ne recevoir que des vieillards, ou des femmes inaptes au marché du travail ?

Il serait plus intelligent de faire confiance à l'avenir et d'admettre tous ceux qui n'ont pas un passé criminel. Une société qui n'ose pas prendre de risque est une société morte.

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