Vingt-cinq mille, est-ce trop ? Pas assez ?

« Oui, le Canada pourrait faire plus, mais encore... (photo ARIS MESSINIS, archives agence france-presse)

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« Oui, le Canada pourrait faire plus, mais encore faut-il roder le système d'accueil mis en place dans un contexte de crise », écrit Lysiane Gagnon.

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Vingt-cinq mille réfugiés syriens au Canada d'ici la fin de l'année, est-ce trop ? Pas assez ?

Ce n'est qu'un baume sur un mal atroce, immense et sans fin, c'est évident. C'est beaucoup moins que ce qu'avait suggéré en septembre l'ancien chef d'état-major Rick Hillier et l'ancien lieutenant-général Roméo Dallaire - des chefs militaires qu'on ne peut soupçonner d'être des bien-pensants vivant dans les nuages. Le premier disait que le Canada pourrait accueillir 50 000 réfugiés d'ici Noël, le second renchérissait en parlant de 70 000, voire de 90 000...

Il reste que l'accueil de 25 000 Syriens en sept semaines constitue un défi de taille à tous égards. Même s'il est fort possible qu'une partie des 25 000 réfugiés arrivent au pays après le 1er janvier, le gouvernement Trudeau a bien fait de maintenir la date butoir du 31 décembre, quitte à compter aussi sur le système parallèle de parrainage familial ou privé.

Rien de mieux qu'une échéance précise et inéluctable (en journalisme, on parle de l'heure de tombée !) pour concentrer les énergies, pour transmettre un sentiment d'urgence à tous les fonctionnaires de l'Immigration.

Des familles d'origine syrienne, des organisations religieuses ou communautaires sont déjà à l'oeuvre. C'est tant mieux et c'est aussi la garantie qu'une partie des nouveaux arrivants seront encadrés par des gens qui parlent leur langue et connaissent la Syrie. Cela constituera un environnement plus humain, plus chaleureux et, en fin de compte, plus efficace que le réseau de fonctionnaires et d'interprètes professionnels dépêchés par l'administration publique.

On a reproché au gouvernement d'inclure les parrainages privés dans cet objectif de 25 000, alors qu'en campagne, les libéraux avaient promis que le gouvernement commanditerait lui-même le transfert de 25 000 réfugiés. Le NPD a eu le culot de se joindre aux critiques, alors que le parti s'était donné un objectif deux fois plus modeste (10 000 réfugiés) !

Ces critiques sont injustes. Si quelques milliers de réfugiés « gouvernementaux » mettent le pied au Canada en janvier plutôt qu'en décembre, cela n'aura rien de scandaleux.

En cette matière, d'ailleurs, le Canada fait très bonne figure, par rapport aux États-Unis, qui ne comptent recevoir que 10 000 réfugiés syriens... et qui, depuis le début de la guerre civile en 2011, n'en ont accueilli que 1 500 - une honte, d'autant plus que, par leurs politiques erratiques et irresponsables, ils sont parmi les grands responsables de la crise actuelle.

Les pays européens en font beaucoup plus que les États-Unis, mais beaucoup moins que le Canada, ce qui toutefois peut se comprendre, car l'Europe est sur la ligne de feu. C'est le seul continent bousculé dans sa vie quotidienne par l'afflux massif et quasi incontrôlable de migrants, alors que le Canada, protégé par l'éloignement géographique, peut s'offrir le luxe de planifier ses politiques d'accueil.

La France s'est engagée à recevoir 24 000 réfugiés en deux ans. L'Allemagne, 32 000. Et le premier ministre britannique se dit prêt à en accueillir 20 000... en cinq ans, soit 4 000 par année, ce qui constitue un objectif deux fois moins généreux que celui de la Pologne, qui n'est pas un pays riche.

En comparaison avec la contribution d'autres pays développés, le Canada n'a pas à rougir de son action.

Oui, il pourrait faire plus, mais encore faut-il roder le système d'accueil mis en place dans un contexte de crise.

Ce n'est pas qu'une question de charité ou d'humanisme, même s'il ne faut pas sous-estimer la valeur intrinsèque de ces réflexes de générosité. C'est aussi une question d'intérêt national. Ces réfugiés venus de l'étranger deviendront pour la plupart des citoyens productifs. Leurs enfants seront intégrés par l'école à la culture de la société d'accueil. Et à la troisième génération, seuls leurs patronymes distingueront leurs descendants des Canadiens de vieille souche.

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