La dernière chance

Pierre Karl Péladeau, célébrant sa victoire à la... (Photo Pascal Ratthé, Le Soleil)

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Pierre Karl Péladeau, célébrant sa victoire à la tête du Parti québécois.

Photo Pascal Ratthé, Le Soleil

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Ce que les péquistes applaudissaient frénétiquement, le soir de la victoire de PKP, allait bien au-delà de la personne de leur nouveau chef. C'était la possibilité de la dernière chance. La chance de faire advenir la souveraineté avant que la génération qui avait porté le rêve ne disparaisse, avant que cette idée se perde dans les méandres métissés du XXIe siècle.

C'était aussi l'espoir qu'un homme d'affaires réussisse là où tous les autres ont échoué. Qu'importe si M. Péladeau n'a pas été un entrepreneur au vrai sens du terme - il a hérité de son père un empire qu'il a en partie dilapidé - , qu'importe s'il est médiocre orateur, irascible et gaffeur, qu'importe son lourd passé antisyndical.

Même la gauche du parti le plébiscite, parce que c'est la dernière carte, celle qu'on n'a jamais essayée. Le PQ a toujours été dirigé par des personnalités charismatiques (Lévesque, Bouchard), par des grands commis de l'État (Parizeau, Landry, Marois), ou par des étoiles filantes (Johnson, Boisclair). Aucun ne venait du monde des affaires.

Si Parizeau et Landry avaient une formation en économie, ils n'ont jamais dirigé une entreprise, jamais créé d'emploi, jamais pris de décision engageant des actionnaires.

Théoriquement, Péladeau est le seul qui puisse répondre à ce qui constitue, selon les péquistes, le principal obstacle à la souverainé : la peur de l'insécurité économique.

Que cette analyse soit fondée ou pas (on peut croire au contraire que ce refus tient à des causes plus complexes), c'est en tout cas ce que se disent les souverainistes : si les Québécois étaient sûrs que leur niveau de vie ne baisserait pas, ils voteraient Oui !

Qui d'autre qu'un homme d'affaires qui passe pour avoir « réussi » peut mieux les convaincre qu'on peut faire l'indépendance tout en restant prospère ? « Réussir », tel était d'ailleurs son slogan de campagne, qui disait implicitement : nous pouvons « réussir l'indépendance » comme j'ai personnellement réussi.

Mais pourquoi autant de souverainistes de gauche l'appuient-ils sans états d'âme ? C'est la question qui taraude certains observateurs, mais la réponse va pourtant de soi. Les indépendantistes ont toujours su qu'ils ne gagneraient jamais sans s'appuyer sur une vaste coalition, laquelle incluerait, le temps d'un vote, la droite et la gauche et toutes sortes d'individus pas nécessairement respectés.

À la fondation du PQ, Lévesque s'affichait sans gêne avec son vice-président Gilles Grégoire, qui venait d'une petite formation de droite, le Ralliement national, et incarnait tous les préjugés que Lévesque haïssait. Avant le référendum de 80, le gouvernement Lévesque avait fait ériger devant l'Assemblée nationale la statue de Duplessis, l'ancien « cheuf » honni... mais qui avait encore beaucoup d'admirateurs. Au référendum de 1995, Parizeau avait tout fait pour conscrire Mario Dumont, qui incarnait une sensibilité de droite.

D'où ce raisonnement qui est du reste parfaitement logique : faisons l'indépendance avec tout le monde et n'importe qui, puisqu'il faut rallier une majorité. Serrons la main du diable s'il le faut, et puis après nous aurons tout le loisir de voter contre le président fondateur de la République ! Dans ce Québec indépendant, il y aura autant, sinon plus, d'élections générales qu'aujourd'hui, et l'on reviendra aux affrontements idéologiques normaux.

Le PQ a bien du chemin à faire avant d'en arriver là... Mais pour se donner une chance de réussir, Péladeau devra changer de ton. Au lieu de se prendre pour Pierre Falardeau et d'exhumer des années 60 des formules lyriques et archaïques qui ne parlent qu'aux nostalgiques des années héroïques, il devra se présenter comme un homme pragmatique qui connait la valeur de l'argent et pour qui la prospérité économique reste la priorité. C'est pour cela que les péquistes l'ont choisi.

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