La bannière bleu marine

Marine Le Pen, chef du Front national... (PHOTO REUTERS)

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Marine Le Pen, chef du Front national

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Dimanche dernier, accueillant les résultats du second tour des élections départementales, Marine Le Pen a fait un autre pas vers la «banalisation» (ou la «dédiabolisation») de son parti.

Elle a clos son discours par un vibrant «Vive la République!», comme pour bien se poser dans le camp républicain dont la classe politique lui refuse l'entrée.

Encore faut-il savoir le sens des mots. L'une des clés du républicanisme issu de la Révolution est le concept d'égalité. Or, rien n'est moins égalitaire que cette «préférence nationale» toujours inscrite au programme du FN, laquelle réserverait aux seuls citoyens certains droits (logements sociaux, priorité à l'emploi, aides de l'État), excluant d'office les réfugiés ou les immigrants non naturalisés.

Là est le noeud du problème, car quant au reste, Marine Le Pen se plie scrupuleusement aux règles de la démocratie électorale, en plus d'avoir extirpé vigoureusement du parti l'antisémitisme qu'y avait injecté son père fondateur, Jean-Marie Le Pen (le vieil homme continue à proférer quelques horreurs, mais plus personne ne l'écoute).

Quant au discours islamophobe et xénophobe du FN, il n'a plus vraiment rien de spécifique, maintenant que la droite «républicaine» de l'UMP, avec Sarkozy notamment, s'en est emparé, dans une tentative désespérée de soutirer des votes au FN, et que la gauche encense le dernier opus de Michel Houellebecq, qui exploite les mêmes fantasmes sous la couverture hypocrite d'un «roman».

Dans l'espoir de se distancer encore plus du FN de son père, Mme Le Pen rêve d'en changer le nom. Déjà, après les élections européennes qui avaient fait (temporairement) du FN le premier parti de France, elle mentionnait souvent «le Rassemblement bleu marine», et son compagnon et vice-président du parti, Louis Aliot, avait fait enregistrer l'appellation.

Seul obstacle, l'opposition forcenée du père... mais il a 87 ans et sa fille a clairement entrepris d'ajouter sa marque officielle au FN dans sa marche vers l'Élysée. Dimanche soir encore, elle ne parlait du Front national que pour l'associer, dans la même phrase, au «Rassemblement bleu marine». C'est sous cette bannière, fort probablement, qu'elle fera campagne aux présidentielles.

On a beaucoup commenté le discours primaire du FN sur l'immigration et les musulmans, un discours qui, faut-il dire, traduit la pensée de nombreux Français. On oublie le programme économique de ce parti, qui est une pure affaire de vaudou. Ce parti d'extrême droite s'est donné un programme économique d'extrême gauche: fortement étatiste, violemment antiaméricain, bêtement isolationniste, contre à la fois l'Union européenne, l'alliance atlantiste et l'appartenance à l'OTAN. C'est un programme que ne désapprouverait aucunement l'extrême gauche française, pudiquement surnommée «la gauche de la gauche» par la classe politico-médiatique.

Une fois sortie de l'UE et de la zone euro, la France rêvée par Marine Le Pen s'épanouirait le long d'un axe Paris-Berlin-Moscou. Sans blague.

Pour Mme Le Pen, citée par Sylvie Kauffmann du Monde, la France est «le caniche des Américains» et l'Europe, «soumise aux diktats des États-Unis». Comment oublier que les nazis et les fascistes, eux aussi, voyaient les États-Unis - leur cosmopolitisme, leur diversité ethnique, leur foi dans le marché, la place qu'ils faisaient aux juifs - comme l'ennemi suprême de la nation? Cela, conjugué à une fascination perverse envers la Russie de Poutine, explique l'appui paradoxal du FN à l'extrême gauche grecque de Syriza.

Mais au fait, est-ce si paradoxal? Combien de fois n'a-t-on pas vu, au XXe siècle, des alliances objectives entre l'extrême droite et l'extrême gauche? La vérité, c'est que les extrêmes se rejoignent... et se ressemblent.

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