Bouteille à la mer

C'était une toute petite bouteille lancée dans la mer infinie des résolutions... (Illustration Thinkstock)

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C'était une toute petite bouteille lancée dans la mer infinie des résolutions du début d'année, mais elle m'a valu un très gros courrier, preuve que la qualité du français reste un souci vivace chez nombre de lecteurs.

Dans l'édition du 1er janvier de La Presse+, je suggérais de profiter de la nouvelle année pour enterrer ces détestables «ça l'a», ces «bon matin» (calque de good morning), de même que ces «comme» (de l'anglais like) qui émaillent nos phrases.

Je suggérais aussi de réduire les sacres à défaut de les éliminer complètement (n'étant pas une utopiste, j'y allais mollo).

Nombre de lecteurs ont réagi, en renchérissant. Voici, en vrac, quelques-uns des fautes et tics de langage qui les agacent le plus.

Bien d'accord pour la promotion des femmes, mais pourquoi féminiser les mots masculins (autobus, ascenseur, etc.)?

Éliminer les fameux «au niveau de» et les «faire du sens» (calque de make sense) dont abusent nos soi-disant experts.

Parler de l'«avenir» (plutôt que du «futur» de nos enfants). Déjà qu'on va leur léguer nos dettes, on pourrait au moins leur laisser une langue correcte...

Cesser d'accorder «le monde» au pluriel, comme dans «le monde vont danser».

Envoyer aux oubliettes les «quand que» et les «quin toé».

Apprendre à dire «pas du tout» plutôt que «pantoute», «cependant» plutôt que «par exemple», éliminer les «de même» (comme dans «c'est plate de même».)

Redécouvrir les négations disparues de notre vocabulaire (comme dans «je n' veux pas» ou «j'n'en veux pas»).

Distinguer entre «amener» et «emmener», «apporter» et «emporter». Ne plus dire «je porte les enfants à l'école». Comme si les porter pendant neuf mois n'était pas suffisant!, s'écrie une lectrice.

Une autre lectrice nous signale un passage d'une populaire bande dessinée. L'action se passe dans les années 20. «Câlisse de tabarnak de machine à marde!», s'écrie un personnage... mais qui donc sacrait comme cela il y a cent ans?

Un lecteur s'en prend à l'expression «dans l'fond», à laquelle j'ajouterais «J'vous dirais que...». Il ne s'agit pas de fautes, mais de tics de langage, souvent entendus dans la bouche de gens interviewés. Ces expressions offrent une pause au locuteur hésitant et lui permet de reprendre le fil de sa pensée. Courant et pardonnable... Les Français, d'ailleurs, ne sont pas en reste, avec les «vous voyez» dont ils parsèment leurs explications.

Une lectrice dégoûtée par notre laisser-aller linguistique baptise ainsi le franglais qui triomphe au Québec: c'est, dit-elle, du chic chiac!

Oui, je sais, les Français font pareil, souvent en pire: à travers la France, et pas seulement à Paris, le vocabulaire anglais est servi à toutes les sauces dans la mode, la pub, les médias ou la restauration. Moi aussi je trouve cela fort déplaisant, d'autant plus que nos amis français ne sont même pas capables de prononcer correctement les mots anglais qui émaillent leurs conversations.

Mais attention, ne confondons pas les choses. Derrière cet effet de mode agaçant, il y a en France une langue forte et solide, capable de résister à bien des avanies. Au-delà des touches anglomaniaques, la langue parlée en France reste syntaxiquement correcte. Le vocabulaire est étendu. Le plus humble artisan sait s'exprimer en phrases complètes et claires. La moins instruite des aides-ménagères connaît le mot correct pour désigner, par exemple, tous les éléments d'une porte, d'une fenêtre ou de l'environnement bâti ou naturel... tout ce que, à ma courte honte, je dois désigner du doigt faute d'en connaître le nom...

Inutile de chercher des boucs émissaires. Le problème est chez nous et en nous.

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