Montréal: une autonomie fictive

Que penser d'une «métropole» incapable de gérer les... (Photo Bernard Brault, archives La Presse)

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Que penser d'une «métropole» incapable de gérer les horaires de ses commerces sans l'aval des fonctionnaires de la capitale?

Photo Bernard Brault, archives La Presse

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Au départ, une revendication toute simple: les commerçants du Plateau souhaitent prolonger jusqu'à 20h leurs heures d'ouverture le weekend. Cela ferait l'affaire de tout le monde: celle des commerçants, qui verraient augmenter leur chiffre d'affaires, celle des clients qui veulent faire des emplettes au moment qui leur convient, celle des restaurateurs qui verraient augmenter leur clientèle, puisque le secteur resterait animé après 17h. Même les élus du Plateau, c'est peu dire, sont d'accord!

Si le bon sens prévalait, la décision aurait été prise il y a longtemps, et ce, au niveau de l'arrondissement.

Ah! Mais pas si vite! Pour cette toute petite modification, il faut a) l'approbation du comité exécutif de la Ville de Montréal; b) celle du conseil municipal; c) celle du ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, qui gère l'application de la loi sur les heures d'ouverture des commerces.

Les quelque 300 commerçants du boulevard Saint-Laurent et des rues Saint-Denis et Mont-Royal attendent cette mesure - dont bénéficient déjà le centre-ville, le Quartier chinois et le Vieux-Montréal - depuis... 2001! Ils auraient été ravis de profiter du changement avant les Fêtes, mais la bureaucratie étant ce qu'elle est, ils devront attendre jusque quelque part en 2015.

En attendant, la moindre dérogation leur vaut, au minimum, 1500$ d'amende pour une première offense, 6000$ pour la première récidive, et 9000$ pour chaque récidive additionnelle. C'est de l'extorsion pure et simple!

Le règlement sur les heures d'ouverture s'étale sur huit pages de petits caractères bien serrés qui fourmillent de dispositions tatillonnes et qui étendent les tentacules de la capitale jusqu'à la configuration des locaux et les procédures à suivre les jours où il y a fête au village, en passant par les modulations concernant le nombre de vendeurs (on avait la règle de trois en mathématiques, on a ici la règle des «quatre personnes»).

Glorieuses exceptions, les villes et secteurs proclamés «zones touristiques»... mais c'est un statut temporaire, que Dieu-le-père-qui-est-à-Québec peut vous retirer après cinq ans. Comme si la vocation touristique de Baie-Saint-Paul, de Saint-Sauveur ou des Îles-de-la-Madeleine devait être périodiquement réévaluée et reconfirmée!

Pourquoi cette hypercentralisation dans un domaine qui devrait relever des élus locaux? Dans le cas de Montréal, le phénomène touche à l'absurde. Que penser d'une «métropole» incapable de gérer les horaires de ses commerces sans l'aval des fonctionnaires de la capitale? Cessons de parler de l'autonomie de Montréal, cela restera un mythe si la ville est incapable d'agir sur des questions aussi mineures que les horaires de ses établissements commerciaux.

Hélas! Au Québec, on imite les pires travers de la France: la centralisation toute jacobine, cette manie de régenter d'en haut, et dans les plus petits détails, les moindres activités citoyennes.

Le Code du travail, qui comptait 1000 pages en 1990, en compte aujourd'hui 3400. Les jours de solde autorisés, dans les commerces, sont réglementés depuis Paris jusque dans les moindres détails. L'ouverture des commerces le dimanche fait encore l'objet d'un furieux débat à l'Assemblée nationale, alors que le gouvernement Valls tente bravement d'effectuer une brèche partielle dans le béton des interdictions.

Même les magasins de bricolage, qui avaient bénéficié d'une exemption, ont dû refermer leurs portes le seul jour où les clients ont le temps d'aller chercher le matériel nécessaire à leurs travaux de rénovation!

Dommage qu'on imite la France dans ce qu'elle a de pire, en oubliant le meilleur de ce que le vieux pays aurait à nous offrir, c'est-à-dire - ce ne sont que deux exemples - le respect de l'histoire et la qualité de la langue...

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