La France en Alberta

La visite d'État au Canada du président de... (Photo François Lenoir, Reuters)

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La visite d'État au Canada du président de la France, François Hollande, débutera à Banff, en Alberta, pour se terminer au Québec.

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Le président François Hollande a certainement déjà noté sur un bout de papier la réponse qu'il fera à la sempiternelle question des reporters québécois concernant le fameux « ni-ni », pour « non-ingérence et non-indifférence » - la formule ambigüe mise au rancart par l'ex-président Sarkozy et vaguement reprise par M. Hollande.

Mais cet échange, éminemment prévisible, ne sera qu'un saut de puce, dans une tournée qui a une tout autre teneur.

Cette première visite d'État d'un président français depuis 1987 débutera à Banff, se poursuivra à Ottawa pour se terminer au Québec, et l'un des buts de ce voyage est de renforcer la coopération de la France avec l'Ouest du pays, plus particulièrement l'Alberta, où l'exploitation des sables bitumineux a déjà attiré les plus grandes entreprises françaises, de Total à Véolia, en passant par Gaz de France. Une filiale d'Electricité de France annoncera la mise en service, près de Lethbridge, du plus puissant parc éolien de l'Ouest canadien.

L'ambassadeur du Canada à Paris, Lawrence Cannon, a été très clair là-dessus hier matin, lors d'une rencontre éditoriale à La Presse. Il s'agit pour la France d'étendre aux autres provinces, en particulier celles de l'Ouest, la relation privilégiée qu'elle entretient avec le Québec.

Il y a belle lurette, faut-il dire, que le Québec n'est plus l'enfant chéri de la France. Ce n'est pas dû seulement au dépérissement du mouvement indépendantiste, qui constituait le petit « plus » qui piquait naguère l'intérêt des Français, mais au passage du temps, à l'émergence d'autres solidarités économiques et politiques, à des projets porteurs comme le libre-échange entre l'Europe et le Canada.

Les luttes de pouvoir qui opposaient autrefois l'ambassade et la Délégation du Québec à Paris sont chose du passé. L'été dernier, l'ambassade et la Délégation ont organisé conjointement un spectacle en plein air où se produisaient des artistes anglophones autant que francophones. À Robert Lepage succède le Torontois Robert Carsen, qui monte cette année cinq opéras à Paris, en plus d'avoir signé la mise en scène de la grande soirée de relance du journal Le Monde, en septembre.

Il y a des années, faut-il dire, que l'ambassade s'active à faire mieux connaître l'ensemble du Canada aux Français, en invitant régulièrement des journalistes à des voyages de presse axés sur des sujets d'intérêt pour le public français - système scolaire, intégration des immigrants, technologies de pointe, etc. La grande opération d'assainissement des finances publiques orchestrée par l'ancien ministre Paul Martin est couramment citée comme un modèle par les experts français.

Il va de soi que le Québec garde une place de choix en France, ne serait-ce qu'en vertu de la langue et de l'histoire, grâce aussi aux accords facilitant les échanges et la mobilité.

C'est encore le Québec qui attire le plus les étudiants français, qui bénéficient des mêmes droits de scolarité que les Québécois, et c'est encore le Québec qui reçoit le plus de jeunes immigrants français... un parcours qui est pour l'instant à sens unique, car le marché du travail, en France, est si réglementé qu'il suffit à décourager les meilleures volontés.

Quant aux étudiants québécois, la France a perdu son pouvoir d'attraction au profit des États-Unis. Les universités françaises, malgré (ou à cause de) leur gratuité, sont surpeuplées et peu performantes, et les Grandes Écoles, le segment élitiste du système français, sont inaccessibles en raison d'une sélection très pointue.

Ce manque d'intérêt des jeunes pour la France s'explique, bien sûr, mais n'en est pas moins regrettable. Le Québec s'appauvrit culturellement chaque fois qu'il s'éloigne de ce pays qui, en plus d'être la cinquième puissance au monde, reste pour notre îlot francophone isolé une source d'inspiration irremplaçable.

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