Le coeur et la raison

Faut-il que les démocraties paient pour libérer leurs... (Photo Associated Press/Raqqa Media Center)

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Faut-il que les démocraties paient pour libérer leurs otages, ce qui, inévitablement, entraînera d'autres actes de barbarie?

Photo Associated Press/Raqqa Media Center

Cet été meurtrier - un été marqué par une accumulation sans précédent de tragédies à travers le monde - s'est clos sur l'image atroce de la décapitation du journaliste James Foley, confirmant que l'État islamique (EI), qui a pris pied en Irak et en Syrie, est un mouvement encore plus dangereux qu'Al-Qaïda.

Da'ech (l'acronyme arabe de l'EI) a dépassé le maître par trois aspects:

Primo: la base opérationnelle qu'il vise (rien de moins que la recréation du califat qui régna sur le Proche-Orient au VIIe siècle!) constituerait une rampe de lancement contre l'Occident bien plus puissante que les camps d'Al-Qaïda en Afghanistan.

Secundo: ce mouvement est plus riche et mieux armé qu'Al-Qaïda. Il profite des avancées des techniques de communication, et son invasion en Irak lui a permis de mettre la main sur des réserves de pétrole, sur les fonds bancaires de l'État irakien et sur les armements lourds que les États-Unis avaient donnés à l'ancien gouvernement d'al-Maliki, sans compter les sources souterraines de financement provenant du monde sunnite.

Tertio: contrairement à l'organisation de Ben Laden, Da'ech comprend nombre de combattants très mobiles, car ils possèdent des passeports de pays occidentaux dont ils connaissent parfaitement la langue et les codes. Ce sont les enfants d'immigrés arabes qui ont été endoctrinés, ont embrassé l'idéologie mortifère du djihad et sont partis combattre en Syrie.

Quelque 500 d'entre eux seraient de nationalité britannique. En France, l'arrestation in extremis de jeunes djihadistes français aux frontières est devenue chose courante. Le Canada, estiment les services de renseignement, aurait une centaine de citoyens qui combattent dans les rangs islamistes en Syrie et en Irak. On s'attend à ce que nombre d'entre eux, au terme de leur entraînement, reviennent avec l'intention de poursuivre le djihad dans leur pays d'origine.

Les vociférations en arabe d'un Ben Laden reclus dans une grotte ont fait place à un discours froid, prononcé dans un anglais impeccable: l'homme encagoulé qui menaçait l'Occident avant de trancher la tête de Foley avait un accent britannique. Selon les experts, il s'agirait d'un dénommé Abdel-Majed Bary, un ex-rappeur fils d'un membre présumé d'Al-Qaïda.

Comme tous les autres mouvements terroristes, Da'ech se finance aussi par les rançons provenant des prises d'otages. Cela soulève un douloureux dilemme. Faut-il que les démocraties paient pour libérer leurs otages, ce qui, inévitablement, entraînera d'autres prises d'otages et d'autres actes de barbarie? Faut-il au contraire qu'elles sacrifient leurs otages pour stopper cet engrenage infernal? Insoutenable combat entre le coeur et la raison...

Da'ech avait exigé 100 millions pour la libération de James Foley. Les États-Unis n'ont pas réagi, car ils ont pour politique, de même que la Grande-Bretagne, de ne jamais négocier avec les terroristes (les Américains ont plutôt tenté, hélas en vain, une opération militaire pour rescaper les otages détenus en Syrie).

Sans jamais l'avouer ouvertement, la France et l'Italie ont pris une autre voie: elles négocient par des intermédiaires le rachat de leurs otages, en échange d'énormes sommes d'argent ou de concessions diverses (libération de prisonniers, octroi de visas, etc.). C'est ainsi que le gouvernement Harper a obtenu la libération, en 2009, de deux diplomates canadiens kidnappés au Mali. Les démentis officiels ne leurrent personne: on cède au chantage, d'une façon ou d'une autre, alimentant du même coup la machine meurtrière.

Cinq jours après la décapitation de Foley, un otage américain détenu par le Front al-Nosra a été libéré grâce à l'intervention du Qatar - un geste qui ne fait que ressortir le double jeu cynique de la puissance pétrolière, qui d'une main finance ces mêmes terroristes, et de l'autre, joue à l'occasion la carte «humanitaire» pour s'attirer la sympathie de l'Occident.




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