La dérive

Le «droit à l'enfant» est une fiction. Ce... (Photo Monica Almeida, archives The New York Times)

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Le «droit à l'enfant» est une fiction. Ce qui n'en est pas une, c'est le droit de l'enfant de connaître ses origines.

Photo Monica Almeida, archives The New York Times

Le «droit à l'enfant» est une fiction. Ce qui n'en est pas une, c'est le droit de l'enfant de connaître ses origines, un droit dont seront privées à jamais les jumelles en gestation de Joël Legendre et de son conjoint. Elles ne pourront jamais savoir l'identité de leur mère (l'ovule a été acheté dans une banque américaine) ni celle de leur père (les spermes ont été traités de façon à occulter l'identité du père biologique).

Cette ignorance est une souffrance qu'ont vécue beaucoup d'enfants adoptés, mais elle est soulagée de nos jours par les mécanismes mis en place pour favoriser les retrouvailles. La naissance fortuite d'enfants voués à l'abandon est une triste réalité de la vie (heureusement en déclin grâce à la contraception et à l'avortement), qui n'a rien à voir avec la production industrielle d'enfants-éprouvettes qui ne pourront jamais s'inscrire dans une ligne de filiation.

Personne n'a droit à un enfant... sauf au Québec, ce petit paradis de l'expérimentation irraisonnée où n'importe quoi passe, du moment que c'est populaire à TLMP. Ici, grâce à la coupable insouciance du gouvernement Charest, n'importe qui a le «droit» d'avoir un enfant aux frais des contribuables, peu importe qu'on soit une retraitée «en forme» de 65 ans, une personne sans utérus ou une femme parfaitement fertile.

Il y a d'autres façons de combler ses désirs de parentalité que le recours à la fertilisation in vitro. La plus sensée passe par l'adoption - il y a des milliers d'enfants, à travers le monde, qui n'attendent qu'une famille.

Si une femme tient à engendrer elle-même sans contact hétérosexuel, elle peut avoir recours aux bons services d'un ami fiable. Je connais un couple de lesbiennes ontariennes qui ont eu, chacune son tour, un enfant d'un collègue de travail (par insémination artificielle). L'épouse de ce dernier était d'accord, ils sont tous très amis et forment une sorte de famille élargie... C'est un arrangement contestable, mais bon, à chacun sa vie; au moins, dans ce cas, les enfants sauront d'où ils viennent.

Les couples gais en quête de paternité biologique n'ont pas cette possibilité. Être un homme comporte beaucoup d'avantages... et quelques inconvénients, dont celui-là. Mais il faut être complètement décollé de la réalité pour voir là une discrimination à laquelle l'État devrait remédier en finançant l'embauche d'un ventre féminin.

Le rôle d'une mère porteuse est bien autre chose que celui d'un donneur de sperme. La «grossesse pour autrui» pose tellement de problèmes d'ordre éthique que c'est cela, plus que n'importe quel autre facteur, qui explique l'ampleur des manifestations de l'an dernier contre le «mariage pour tous» en France. Les manifestants en avaient surtout contre le fait que la reconnaissance du mariage homosexuel aboutirait à la légalisation de la GPA.

Le gouvernement Hollande a prestement reculé sur ce front, mais la GPA est légale dans nombre de pays, y compris aux États-Unis, où elle est parfois utilisée par des femmes qui ne veulent pas perdre leur ligne. La seule question qui se pose, c'est de savoir si l'État doit sanctionner cette pratique en l'incluant dans le panier de services de santé gratuits. La réponse est évidente, tant du point de vue éthique que financier. C'est non.

Croyant s'acheter l'amitié du puissant patron de Québecor (!), Jean Charest avait cédé aux pressions de Julie Snyder (sa compagne d'alors), et promulgué la gratuité de ce programme qui n'était au départ qu'un service médical destiné à remédier à l'infertilité, et ce, sans même se soucier d'y mettre des balises. C'est de la folie. Souhaitons que le ministre Barrette ramène ce programme à sa vocation initiale.




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