La vie sans huile d'olive

La «souveraineté alimentaire» annoncée en grande pompe par... (Photo Clément Allard, La Presse canadienne)

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La «souveraineté alimentaire» annoncée en grande pompe par le gouvernement Marois a est à peine plus qu'une campagne d'«achat chez nous».

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Faute de souveraineté, la «souveraineté alimentaire» ? C'est une blague, non ?

Une blague que le gouvernement Marois a prise au sérieux, en choisissant ce vocable prétentieux pour annoncer ce qui est à peine plus qu'une campagne d'«achat chez nous».

La souveraineté alimentaire commanderait de ne manger que ce que l'on produit chez soi. On peut toujours se passer de goyave, mais que serait une vie sans huile d'olive ni citron?

La France ou l'Australie pourraient vivre en autarcie alimentaire tout en se régalant à chaque repas. Mais le Québec...? Ici, la «souveraineté alimentaire» est encore plus limitée que l'espace que laisserait le plus contraignant des régimes fédéralistes!

On peut toujours, comme le restaurant Noma à Copenhague, s'amuser à composer des plats exclusivement formés de produits d'ici, mais c'est de la coquetterie gastronomique à l'intention des foodies assoiffés de nouveauté.

Soyons sérieux. Oui, il faut encourager la vente des produits frais qui n'ont pas trop voyagé. C'est écologique et c'est meilleur au goût. Les asperges de la vallée du St-Laurent, les bleuets du lac St-Jean, l'agneau de Charlevoix et le homard des Îles seront toujours meilleurs que ce qui vient de plus loin, tout comme les fruits de la vallée du Niagara seront plus savoureux que ceux de la Californie.

Mais la saison des récoltes est courte, et il faut corriger par l'art culinaire ou par l'importation ce que la nature nous refuse: ainsi, la tomate achetée en hiver ne sera mangeable que si on la fait confire au four; les tomates italiennes en conserve seront plus goûteuses que nos mauvaises tomates de serre, et les fraises congelées, meilleures que nos fraises à la chair blanche.

La politique du gouvernement Marois n'aura pour effet que d'aider les producteurs locaux, peu importe la qualité. Or, l'industrie alimentaire québécoise non seulement n'a rien de distinct, mais elle participe au sous-développement du tiers-monde.

Que demandent les pays pauvres? La levée des barrières protectionnistes qui leur interdisent les marchés étrangers. La Chine ne serait jamais sortie de la misère si l'Occident n'avait pas acheté ses produits manufacturés. Il en va de même des produits agricoles cultivés dans l'hémisphère sud.

Il est surprenant de voir un parti qui se veut progressiste si peu sensible à cette problématique-là.

Encourager la production locale de qualité? Oui. Mais il y a des anomalies flagrantes. Qui veut payer deux fois plus cher pour un fromage artisanal québécois, quand on a sous la main de bons fromages français? Qui veut payer deux fois le prix d'un vin chilien pour un vin québécois de qualité équivalente?

On ne peut blâmer le gouvernement de ne pas avoir osé briser le monopole de l'UPA et le système de gestion de l'offre qui nous oblige à consommer des oeufs et de la volaille insipides, et qui décourage la créativité chez les agriculteurs. Pour un gouvernement minoritaire, ce serait suicidaire.

Il y aurait tout de même des initiatives à prendre. Pourquoi ne pas forcer les commerçants à indiquer par des affiches lisibles la provenance des fruits et légumes, comme cela se fait partout en France? Ou interdire à la SAQ de pratiquer des politiques punitives à l'endroit de nos viticulteurs?

Un gouvernement éveillé aurait depuis longtemps forcé la société d'État à mettre les produits de la vigne québécoise en valeur, et surtout, à en permettre la vente directe en dehors de la SAQ (ce qui n'est actuellement autorisé que dans les vignobles).

Du pain sur la planche, donc... Tiens, le pain: voici un domaine où, dans la foulée de quelques pionniers, se côtoient une production de masse de qualité (Première Moisson) et d'excellents boulangers artisanaux. Un exemple à suivre...

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