Les erreurs  de Mulcair

Dans les récents sondages qui tous annonçaient une spectaculaire remontée du Parti libéral du Canada, remontée apparemment due à l'effet Trudeau, un élément est passé un peu inaperçu: la dégringolade correspondante du NPD dans l'opinion, au point où l'Opposition officielle a été brutalement reléguée du deuxième au troisième rang, loin derrière les conservateurs et les libéraux... et cela, même dans les provinces de l'Ouest qui constituaient depuis des décennies l'un de ses bastions principaux. (Au Québec, Léger Marketing indique que le PLC aurait devancé le NPD!)

Le fait que le PLC devance aujourd'hui, et de loin, le NPD dans l'Ouest, constitue en soi presque une révolution, quand on songe que le PLC était inexistant en Alberta depuis 40 ans et moribond partout ailleurs qu'à Vancouver depuis 30 ans.

Il va de soi que la prudence s'impose et qu'on aurait tort de prédire le retour du NPD à son ancien statut de tiers-parti. Deux ans s'écouleront d'ici aux prochaines élections - une éternité. L'effet «Justin» s'estompera quand le futur chef libéral atterrira sur le plancher des vaches, et les sondages régionaux sont sujets à caution à cause du faible échantillonnage.

Reste une tendance générale: les libéraux montent et le NPD descend. Partout au pays.

Or, Thomas Mulcair a une grande part de responsabilité dans ce qui est en train d'arriver à son parti. Il aurait volontairement décidé de s'aliéner les provinces de l'Ouest et l'opinion publique canadienne-anglaise qu'il n'aurait pas agi autrement.

Coup sur coup, il s'est lancé dans deux campagnes absolument inutiles - des campagnes que rien n'imposait et que personne ne demandait. La première, contre la loi sur la clarté, la seconde contre le projet Keystone.

Il s'est embarqué dans la foulée du Bloc, pour réclamer un amendement stipulant qu'un vote référendaire de 50% plus un (plutôt qu'une «majorité claire») suffise pour forcer le fédéral à négocier la sécession du Québec. Indépendamment des mérites de cette proposition, elle a déclenché un tollé au Canada anglais, sans par ailleurs lui rapporter un seul vote de plus au Québec, où l'option est rendue à 33% et où tout le monde est devenu allergique au concept de référendum (au point où la porte-parole des États généraux de la souveraineté suggère qu'on trouve un autre mot pour désigner la chose!).

Deuxième erreur, le chef néo-démocrate est allé à Washington pour décrier à mots couverts le projet de pipeline qui acheminerait au sud le pétrole de l'Ouest, ce que les Albertains et les Saskatchewanais, leurs premiers ministres en tête, ont vu non sans raison comme une trahison (sans compter que Keystone serait à l'avantage économique du Canada tout entier).

Cette tournée inopportune venait après une bourde fameuse du chef néo-démocrate, qui déclarait il y a quelques mois que le Canada souffrait du «Dutch disease» à cause de l'exploitation des ressources énergétiques de l'Ouest - autrement dit, la hausse du dollar pénaliserait l'industrie manufacturière basée dans l'Est.

Ce parti-pris régional à courte vue lui avait déjà coûté nombre d'appuis dans l'Ouest, et son périple à Washington a fait le reste.

Finalement, M. Mulcair allait en remettre une couche en se déclarant par ailleurs en faveur du pipeline ouest-est... En somme, le «pétrole sale» de l'Ouest avait du bon quand il servait à créer des emplois dans l'Est!

Pendant ce temps, Justin Trudeau s'employait au contraire à laver l'image de son parti dans l'Ouest en se déclarant partisan de l'exploitation des sables bitumineux, une opération conciliable, disait-il, avec les préoccupations écologiques. Cette position ouverte et modérée l'a bien servi.




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