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L'effet du mal

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La vie sur cette planète est ainsi faite qu'il faut parfois passer par de grands désastres pour voir la lumière au bout du tunnel.

Exemple classique: l'Union européenne, née de l'immense horreur que fut la Deuxième Guerre mondiale, sur le thème du «plus jamais la guerre».

Les politiques économiques suicidaires de Mao, qui ont plongé la Chine dans la famine, de même que cette autre grande tragédie que fut la Révolution culturelle, ont défini le destin de Deng Xiaoping. Après avoir vu son fils défenestré par les gardes rouges et avoir lui-même subi un exil de quatre ans, il a fait entrer la Chine dans la modernité.

L'ignoble viol collectif qui a coûté la vie d'une jeune Indienne, en décembre, a eu l'effet d'un cataclysme social.

Pour la première fois, on a vu des masses populaires - des femmes, mais aussi beaucoup d'hommes - prendre la rue pour défendre la cause des femmes. Même le gouvernement, relativement éclairé, a été pris de court. (L'Inde a ceci de particulier qu'il s'y conjugue deux courants férocement misogynes, l'un venu du fondamentalisme musulman, l'autre de la tradition hindoue.)

La victime venait d'une région rurale de l'Uttar Pradesh. Elle était en quelque sorte le symbole de l'émancipation féminine. Au lieu de la marier à un homme du clan, son père, un paysan pauvre, avait vendu son petit lopin de terre pour permettre à sa fille unique de faire des études en physiothérapie.

Presque au même moment, une autre jeune Indienne s'est suicidée après que la police, à laquelle elle rapportait un viol collectif, eût écarté sa plainte en lui conseillant d'épouser l'un de ses agresseurs.

De ces morts tragiques, peut-être ressortira-t-il un élan social qui transformera à moyen terme la condition des femmes du deuxième plus gros pays au monde...

Un autre cas dont on pourrait dire qu'il s'agit d'un «mal pour un bien». De la tuerie de Sandy Hook est sortie une volonté de limiter la prolifération des armes les plus meurtrières. Comme s'il fallait que vingt enfants et six institutrices soient sacrifiés pour qu'Obama sorte de sa réserve indolente et décide enfin de passer à l'action.

On n'attend pas de miracle du comité mis sur pied par la Maison-Blanche. La culture des armes est profondément ancrée dans la culture américaine, certains États résisteront à toute tentative de resserrement des contrôles, et Obama a l'échine plutôt molle. Mais au moins, quelque chose est en train de bouger... Pour la première fois, la National Rifle Association a semblé ébranlée.

L'attentat dont a été victime Malala Yousafzai, la courageuse adolescente qui militait pour que les filles puissent aller à l'école, aura-t-il un effet cathartique au Pakistan? Cette effroyable tentative d'assassinat sur une enfant de 14 ans ébranlera-t-elle les certitudes délirantes des islamistes pakistanais et de leurs frères talibans? Rien n'est moins sûr: plusieurs prétendent que la médiatisation de l'attentat est un complot du grand démon américain! Le martyre de Malala sera-t-il la graine d'où germera une prise de conscience? Pas sûr, mais on peut espérer.

Au Canada, le suicide d'Amanda Todd a eu au moins un résultat positif: une immense prise de conscience de la réalité de l'intimidation (le «bullying») dont sont victimes trop d'adolescents.

Ce cas est loin d'être clair - l'histoire de la jeune fille indique qu'elle souffrait de grands déséquilibres psychologiques. Mais qu'importe. La croisade qui a suivi ce suicide a engendré dans le public la volonté de faire davantage pour protéger les enfants contre l'intimidation.

En soi, ce fut un autre exemple de l'effet salutaire que peut avoir une tragédie.

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