L'astronaute et la «rock star»

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L'arrivée de Marc Garneau dans la course au leadership libéral est une bonne chose pour le Parti libéral du Canada.

Non pas que le député de Westmount-Ville-Marie soit le leader rêvé. Mais la présence d'un homme sérieux dans une course dominée par la «rock star» qu'est devenu Justin Trudeau ne sera pas négligeable.

Jusqu'ici, seules des personnalités secondaires avaient manifesté leur intérêt, la plus connue étant Martha Hall Findlay... qui est arrivée bonne dernière dans la course de 2006, n'a pas encore fini de rembourser ses dettes de campagne et a été au surplus défaite dans sa circonscription torontoise aux dernières élections.

Autre personnalité connue au moins dans les milieux politiques, Deborah Coyne, une avocate torontoise dont le principal titre de gloire a été de mener une bataille féroce contre l'accord du lac Meech aux côtés de Pierre Elliott Trudeau, une association qui a engendré, c'est le cas de le dire, une petite fille que Pierre Elliott Trudeau a reconnue sinon élevée.

Parmi la dizaine de candidats potentiels, on ne trouve jusqu'à présent que trois députés, MM. Trudeau et Garneau, et une députée de la Colombie britannique, Joyce Murray.

Voilà tout un contraste avec la récente course au leadership du NPD, qui mettait en scène une majorité de députés, ce qui, en quelque sorte, donnait une plus grande crédibilité à l'exercice.

Marc Garneau est un personnage paradoxal. D'un côté, il est une célébrité auréolée par ses brillantes performances dans le cosmos - il fut le premier astronaute canadien, et à ce titre fait figure de héros. De l'autre côté, c'est un politicien effacé, qui, en quatre ans au Parlement, n'a jamais réussi à avoir une certaine stature publique.

L'homme est respecté partout, cependant, et l'on ne lui connaît pas d'ennemi. Lui-même affiche une courtoisie de parfait gentleman: jamais un coup en bas de la ceinture, jamais une critique méchante et personnalisée contre un adversaire.

Ses collègues, dans le caucus libéral, lui reconnaissent de solides qualités intellectuelles et une bonne capacité de travail. Mais son manque de charisme est tel qu'on l'imagine mal dans un rôle de chef de parti.

Peut-être en raison de sa formation à la fois militaire et scientifique, il a du mal à «se laisser aller», à communiquer sur le plan émotionnel.

D'où une personnalité terne, si terne qu'aucun magazine, ni anglais ni français, n'a jamais cru bon de lui consacrer un grand portrait, bien qu'il soit de très loin le plus crédible des députés libéraux québécois, Denis Coderre étant perçu comme un politicien de la vieille école, et Irwin Cotler, tout brillant soit-il, étant plutôt absent du paysage.

Mais il faut croire qu'une page couverture sur Marc Garneau n'attirerait pas les foules aux kiosques à journaux.

Chose certaine, cet homme est exactement l'envers de Justin Trudeau. Le bilan professionnel du premier est aussi impressionnant que celui du second est mince. Autant le premier est réfléchi et discret, autant le second n'est que paillettes et gaffes...

Il faudrait les fondre pour obtenir le leader rêvé: un homme avec le sérieux de Marc Garneau et le sex-appeal de Justin Trudeau!

Comme ce composite n'est pas près d'exister, le PLC devra faire avec ce qu'il a. De toute façon, ce parti a tout essayé - l'homme d'affaires fort en chiffres avec Paul Martin, l'universitaire cérébral avec Stéphane Dion, l'intellectuel charismatique avec Michael Ignatieff, et ils ont tous échoué.

L'avenir, pour le PLC, peut difficilement être pire que le passé récent.

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