L'histoire réinventée

En ce jour de la Saint-Jean, serait-ce trop demander à nos dirigeants d'avoir un minimum de respect pour notre histoire?

On croit rêver quand on apprend que le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, attrapant au vol une idée qui court ici et là, serait prêt à baptiser la structure qui remplacera le pont Champlain du nom de Maurice Richard, jetant à l'eau la mémoire de Samuel de Champlain.

Loin de moi l'idée de minimiser le rôle qu'a joué le grand hockeyeur dans l'histoire contemporaine du Québec.

Mais enfin, faut-il vraiment mettre les points sur les «i» ? Rappeler que Champlain fut le fondateur de la nation que l'on célèbre aujourd'hui? Qu'il posa les bases de la Nouvelle-France en établissant la première cité fortifiée et durable à voir le jour en Amérique du Nord? Qu'il fut le premier Européen à explorer les Grands Lacs tout en nouant de bonnes relations avec les Hurons et les Algonquins?

Il y a bien d'autres endroits, à Montréal, où la mémoire de Maurice Richard pourrait être honorée. Ne confondons pas l'important et l'essentiel. Ce n'est pas parce que beaucoup de gens, victimes d'un système d'enseignement imbécile et amnésique, connaissent mieux l'histoire du Rocket que celle de Champlain, qu'il faut renoncer à la belle idée que nos deux plus grands ponts portent les noms de ceux à qui nous devons d'exister en tant que peuple, Jacques Cartier et Samuel de Champlain.

Le déboulonnage appréhendé de Champlain a été précédé de celui d'un autre personnage majeur de notre histoire, le sieur de Maisonneuve, fondateur de Montréal.

Nos édiles, sacrifiant à la correction politique, lui ont flanqué une «cofondatrice» en la personne de Jeanne Mance. Et voilà le modèle de Québec solidaire et de la CLASSE, avec leurs couples homme-femme comme porte-paroles, plaqué sur le XVIIe siècle!

Christian Rioux du Devoir a dénoncé avec une indignation tout à fait justifiée cette décision fondée sur «une relecture anachronique de l'histoire», l'histoire étant ainsi «détournée à des fins purement idéologiques».

Jeanne Mance était certes une femme admirable mais, comme Rioux l'explique fort bien, elle était l'équivalent du ministre des Finances et de la Santé de la nouvelle ville dont Maisonneuve était l'unique gouverneur, le seul investi du pouvoir royal.

L'affaire fait polémique, car une historienne s'active actuellement à la «réhabilitation» de Jeanne Mance... comme si cette dernière ne pouvait être honorée pour ce qu'elle a fait (et qui est immense), sans pour autant hériter d'un titre et d'une fonction qu'elle n'avait pas à l'époque où elle vécut.

Il y a eu de pires cas du genre. En 1988, dans un pieux hommage aux «femmes de», l'administration Doré a baptisé un parc en l'honneur de «Nelson et Winnie Mandela» ... comme si Winnie avait fait autant que Nelson dans la lutte contre l'apartheid! On dut refaire l'affiche lorsque le couple divorça et que Winnie fut jugée pour fraude et complicité d'assassinat.

Hélas, le révisionnisme historique triomphe partout. Un joli square parisien situé près du Lucernaire sera rebaptisé «Laurent Terzieff et Pascale de Boysson».

Pascale Qui? L'épouse de Terzieff a eu une carrière fort honorable comme comédienne et adaptatrice, mais rien à voir avec celle du légendaire homme de théâtre! L'association de l'épouse à l'hommage est d'autant plus incongrue que la compagnie qu'ils ont fondée ensemble en 1961 ne portait que le nom de Laurent Terzieff.

Le jour où Paris, Londres et Berlin consacreront des places à Simone Veil, Margaret Thatcher et Angela Merkel, faudra-t-il y associer Antoine, Dennis et Ulrich? Sinon, pourquoi la parité à sens unique?




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