Pas facile d'acheter une entreprise au Québec

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Le départ à la retraite appréhendé de dizaines de milliers d'entrepreneurs baby-boomers au Québec n'est manifestement pas encore devenu réalité. Les propriétaires de PME ont beau vieillir, une grande majorité d'entre eux ne sont pas prêts à laisser la bride de leur entreprise qui leur rapporte souvent plus de revenus annuels que ce qu'ils pourraient obtenir en revenus de placement sur le gain réalisé lors de sa vente.

La Fondation de l'entrepreneurship estime que, d'ici cinq ans, pas moins de 38 000 propriétaires d'entreprises québécoises vont partir à la retraite et qu'ils devront réaliser le transfert de leur entreprise en la vendant à leurs enfants, à leurs proches collaborateurs ou à un investisseur stratégique qui voudra poursuivre son exploitation.

Ce départ massif de baby-boomers à la retraite est tellement préoccupant que la Caisse de dépôt et placement, la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins ont lancé l'automne dernier une campagne de mobilisation, baptisée « Devenir entrepreneur », pour inciter les jeunes à prendre la relève de cette immense cohorte de bâtisseurs en voie de ranger leur coffre à outils.

Dans la réalité toutefois, on est loin d'observer la mise en place d'un vaste mouvement de transfert d'entreprises. En fait, peu de PME sont sur le marché, et il est même extrêmement difficile pour un acheteur de réaliser quelque transaction que ce soit.

L'ex-PDG de Rona, Robert Dutton, cherche depuis plus de deux ans à faire l'acquisition d'une PME où il pourrait mettre à contribution sa vaste expérience de plus de 30 ans dans le secteur du commerce de détail. Il est incapable de mener à terme son projet en raison de l'indisponibilité d'entreprises sur le marché.

« Il n'y a pas d'entreprises à vendre. J'ai rencontré des courtiers, des banquiers, et malgré ce que l'on dit sur le départ à la retraite des baby-boomers, il n'y a pas d'entreprises à vendre. Les propriétaires restent en poste même s'ils ont 70 ans. »

- Robert Dutton, ex-PDG de Rona

Stéphane Gonthier, ex-vice-président chez Couche-Tard, ex-président de Dollarama et ex-président de la société américaine 99 Cents Only Stores, qu'il a quittée en juin dernier, est lui aussi en recherche active depuis deux ans. Il fait le même constat que Robert Dutton.

« La théorie du boom d'entreprises qui allaient devenir disponibles en raison du départ à la retraite des baby-boomers, c'est encore très théorique. Les propriétaires d'entreprise n'ont pas intérêt à vendre.

« Lorsque leur entreprise fonctionne, ils font de l'argent en se versant des dividendes, en plus de leur salaire et de leur auto payée par l'entreprise. Ils partent en Floride deux mois par hiver, prennent des vacances l'été et à Noël. Ils peuvent enfin se payer un lifestyle », observe Stéphane Gonthier.

DES ENTREPRISES MOINS DYNAMIQUES

Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale, ne pose pas le même regard sur la situation. C'est vrai, admet-il, que le type de PME que recherchent MM. Dutton et Gonthier est moins présent sur le marché de la revente, mais il existe plein de plus petites entreprises qui sont disponibles.

« C'est certain qu'une entreprise qui réalise des bénéfices avant impôts et amortissement de 1 à 5 millions par année, il n'y en a pas beaucoup à vendre, mais il y a des milliers de PME qui dégagent moins de 1 million de liquidités par année et qui sont ou vont être sur le marché. »

- Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale

Louis Vachon observe par ailleurs lui aussi que beaucoup de propriétaires de PME continuent d'exploiter leur entreprise bien au-delà des 65 ans parce qu'elle leur permet de maintenir un bon style de vie.

« Ça fait toutefois des entreprises moins dynamiques. On assure seulement la maintenance et on n'investit pas pour augmenter la productivité. Certaines de ces entreprises vont simplement cesser d'exister quand l'entrepreneur va décider de prendre sa retraite. On vend le mobilier et c'est tout », constate-t-il.

Marie-Claude Boisvert, chef de l'exploitation chez Desjardins Entreprises Capital régional et coopératif, observe elle aussi une réticence certaine des propriétaires de PME à céder leur entreprise.

« Ils ne veulent pas laisser ce qu'ils ont bâti. Lorsque leurs enfants quittent la maison, ils peuvent quand même continuer de les voir. Une fois que leur entreprise est vendue, ils vont en être séparés. Ils pensent que tout doit se faire d'un coup et ils appréhendent cette situation », explique Marie-Claude Boisvert.




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