Beauce: la bonne vieille méthode D

(SAINT-GEORGES-DE-BEAUCE) La tournée des régions de notre chroniqueur Jean-Philippe Décarie. Aujourd'hui: la Beauce.

En dépit de sa virulence, la crise de 2009, c'est du passé pour la Beauce. Pour la sixième année consécutive, la plus besogneuse des régions québécoises va enregistrer une hausse de ses activités industrielles alors que ses entreprises manufacturières affichent des volumes de ventes historiques. Visite au royaume de la débrouillardise.

Certains appellent cela de la résilience, d'autres parlent plutôt de la capacité d'être toujours capable de remonter la côte. Chose certaine, les entrepreneurs beaucerons ont cette faculté de sortir plus forts des épreuves qui pavent le chemin de leur existence.

«Beaucoup d'entreprises manufacturières de la Beauce qui ont perdu des clients américains durant la crise se sont retournées du côté canadien pour maintenir à flot leur carnet de commandes.

«Depuis six ans, elles reprennent leurs parts de marché aux États-Unis tout en conservant leurs nouveaux clients canadiens. Elles sont donc plus fortes aujourd'hui», observe Claude Morin, directeur général du Conseil économique de Beauce.

La valeur de la production manufacturière a atteint 4,3 milliards de dollars en 2014, un niveau record qui sera fracassé cette année en raison de la hausse des commandes américaines et du taux de change extrêmement favorable qui profite aux entreprises exportatrices québécoises.

Les entreprises beauceronnes ont exporté pour 1,15 milliard l'an dernier, une hausse de 10% par rapport à 2013.

La Beauce réalise des ventes importantes dans le secteur de la transformation alimentaire (Gâteaux Vachon, Olymel), du bois et du meuble (Boa-Franc), mais elle reste la région championne de la transformation des produits de l'acier et du métal.

L'entreprise Canam produit des poutrelles d'acier, Comact fabrique de l'équipement pour le secteur forestier, Lico fait pareil dans le secteur de la deuxième transformation du bois, Pro-Cycle manufacture des vélos, Manac assemble des semi-remorques pour camions, Sartigan construit des bâtiments d'acier...

Dans le parc industriel de Saint-Georges ou dans celui de Sainte-Marie, de grandes affiches installées sur la devanture des usines rappellent qu'il y a des emplois à pourvoir en quantité en Beauce.

«On a créé l'organisme La Beauce embauche pour concerter nos actions dans le domaine, explique Claude Morin. Les entreprises pourraient embaucher aujourd'hui facilement 500 travailleurs, mais elles peinent à recruter.

«On fait des représentations dans la grande région de Montréal, où le taux de chômage est élevé. On rencontre des finissants de cégeps et d'écoles spécialisées, on est prêt à les accueillir demain matin.»

Meilleure année à vie pour Maxi Métal

L'entreprise Maxi Métal, constructeur de camions à incendie et de camions utilitaires - pour Hydro-Québec, Bell, Gaz Métro - qui a vu le jour en 1983 à Saint-Georges-de-Beauce, est en voie de terminer la meilleure année de son existence.

Danny Dufour, comptable agréé qui a oeuvré comme chef comptable chez Veritas, dans la Silicon Valley, a racheté l'entreprise en 2008 à la suite de la mort de son fondateur.

Après l'éclatement de la bulle techno, Danny Dufour est revenu au Québec comme vice-président finances de Boa-Franc, plus important fabricant de planchers de bois franc en Amérique du Nord, dont le siège est à Saint-Georges.

Il a connu Maxi Métal en rencontrant certains de ses fournisseurs et de ses consultants, et il a compris le potentiel de l'entreprise.

«Les débuts ont été difficiles, on était en pleine crise. À partir de 2009, les appels d'offres pour les camions de pompier ont chuté de 50%. On était et on est toujours le numéro un au Québec, mais on a dû prendre des contrats à l'extérieur, en Alberta, au Nunavut et même au Maroc.

«On a profité de cette période pour innover et proposer des véhicules encore plus performants et cela a été payant», souligne le PDG originaire de La Malbaie, mais Beauceron d'adoption depuis 2003.

Maxi Métal a notamment obtenu un contrat de cinq ans pour la fabrication de 35 camions à incendie pour la ville de Montréal. Longueuil, Québec et Lévis sont aussi d'importants clients.

«On fabrique une centaine de camions par année, mais on vient de signer une entente avec Saber, le plus gros fabricant américain de camions à incendie, qui a nous a demandé de les représenter au Canada.»

Danny Dufour aime bien le climat d'affaires en Beauce et son écosystème particulier.

«C'est une très bonne région. On a de la bonne main-d'oeuvre, qualifiée et motivée. Les relations avec les entrepreneurs du coin sont excellentes, je parle régulièrement aux Dutil et aux dirigeants de Garaga ou de Boa-Franc. Ce n'est pas un milieu fermé», observe-t-il.

Conquête canadienne et reprise américaine pour Beauce Atlas

De 1994 à 2008, l'essentiel de la production manufacturière de Beauce Atlas, fabricant de poutrelles d'acier, prenait le chemin des États-Unis, le marché qui représentait 75% de son chiffre d'affaires annuel. La crise de 2008 a fait chuter à 15% le poids des exportations américaines au bilan de l'entreprise, qui a dû se retourner prestement.

«On a réagi rapidement pour trouver des contrats dans l'Ouest canadien, où les producteurs d'acier étaient tous occupés à remplir des mandats pour l'industrie pétrolière. On a décroché de grosses commandes qui ont compensé nos pertes américaines», explique Germain Blais, PDG et propriétaire de Beauce Atlas.

Ce n'est pas le premier coup dur qu'a dû absorber l'entrepreneur depuis cette journée de 1981 où il a relancé de la faillite l'entreprise pour laquelle il travaillait.

«Avec trois associés, on a repris les contrats que Beauce Atlas ne pouvait réaliser et on les a fait faire en sous-traitance. On a tout misé là-dessus et on a réussi à relancer l'opération», se souvient l'entrepreneur.

Aujourd'hui, Beauce Atlas exploite deux usines à Sainte-Marie-de-Beauce, où travaillent 240 personnes, mais la crise de 2008 aurait pu être dramatique si l'entreprise n'avait pas diversifié ses marchés.

«On a obtenu le contrat de fabrication de l'usine d'Agrium, en Saskatchewan, puis celui de la construction d'une tour de 29 étages à Calgary, tout juste à côté de l'aréna que construisait Canam», souligne Germain Blais.

Outre ces gros mandats d'une trentaine de millions, Beauce Atlas a aussi pénétré le marché toujours effervescent des tours de condos dans la région de Toronto, tout en réalisant des travaux d'infrastructures pour le Plan Nord ainsi que pour la cimenterie McInnis, en Gaspésie.

Depuis 2012, toutefois, l'activité a repris aux États-Unis à telle enseigne que les ventes américaines représentent à nouveau 65% du chiffre d'affaires de Beauce Atlas.




Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer