Vendre son entreprise pour mieux grossir

Il n'existe pas des milliers de façons pour une entreprise de générer la croissance qui lui permettra de réaliser son plein potentiel de développement. Pour grossir, certaines décident de donner priorité à la croissance organique; d'autres préfèrent réaliser des alliances ou des partenariats; et, enfin, plusieurs privilégient la voie des acquisitions. Il y en a même qui considèrent la vente de leur entreprise comme le plus court chemin vers la croissance.

La semaine dernière, je participais à un séminaire qui portait justement sur les défis de la croissance. Au cours d'un atelier, Laurence Capron, professeure de stratégie à l'Institut européen d'administration des affaires (INSEAD) et auteure du livre Résoudre le dilemme de la croissance, publié l'an dernier, a brillamment expliqué comment une entreprise devait arriver à conjuguer avec les trois principales stratégies de croissance, en fonction des différentes étapes de sa croissance.

Sa théorie est simple, il faut arriver à équilibrer les trois B, soit la croissance organique (Build), les alliances/partenariats (Borrow) et enfin les acquisitions (Buy).

Au terme de sa présentation, un jeune entrepreneur est venu me rencontrer pour m'expliquer qu'il voulait partager une grande nouvelle. Son entreprise allait officiellement s'associer d'ici la fin de la semaine avec un partenaire français, ce qui lui permettra de tripler de taille d'ici cinq ans.

Patrick St-Louis est coprésident de MSB Ressources Globales, PME fondée il y a 10 ans et qui est un fournisseur en pièces et composants d'intérieur d'avions d'affaires pour Bombardier. Avec le temps, la division MSB Design est aussi devenue fournisseur des concurrents Gulfstream et Embraer.

C'est Mario Sévigny, partenaire de Patrick St-Louis, qui a créé à l'époque MSB Design. Professeur à l'École nationale d'aérotechnique de Saint-Hubert, Mario Sévigny s'est retrouvé sans emploi dans la foulée de l'importante crise qui a frappé l'industrie aéronautique au début des années 2000.

«En 2004, je faisais de la formation chez Bombardier et un des responsables de la finition des jets d'affaires m'a demandé si je connaissais quelqu'un qui pourrait lui fabriquer des supports à vaisselle. Ceux qui étaient faits chez Bombardier n'étaient pas à la hauteur, ce n'était pas une priorité pour eux.

«Je savais que j'allais perdre mon emploi et je lui ai dit que j'allais les fabriquer, ces supports, en matériau composite. C'est comme ça que tout a commencé», rappelle celui qui se décrit comme un pur entrepreneur.

Une occasion de grandir

Dix ans plus tard, MSB compte 220 employés. Une centaine travaillent à la conception et à la fabrication de composants d'intérieur d'avions d'affaires: tables de conférence, supports à vaisselle, à magazines, à équipements électroniques, boîtes de rangement, dont plusieurs sont dessinés sur mesure pour chaque avion.

Parallèlement, MSB Ressources Globales a développé une forte activité de soutien en ressources humaines en réalisant des tâches d'ingénierie et de soutien technique pour plusieurs clients du secteur de l'aéronautique - Bombardier, Pratt&Whitney, Bell... -, mais aussi pour des clients externes comme Honda, en Ohio, ou Via Rail.

«On est un fournisseur de pièces et de services en ingénierie», précise Patrick St-Louis.

L'entreprise réalise un chiffre d'affaires de 30 millions de dollars; elle est rentable et a de nombreux projets dans son pipeline. Vendredi dernier, elle a néanmoins été vendue à la société française Sogeclair qui a pris une participation de 80% au capital de MSB Ressources Globales.

Les deux coprésidents estiment qu'ils ont pris la meilleure décision pour l'avenir de leur société, dont ils restent coresponsables pour l'ensemble de l'Amérique du Nord.

«On a trois projets en développement. On avait besoin d'argent pour amener l'entreprise où on voit qu'elle peut être dans cinq ans. De plus, un de nos associés du début voulait quitter l'entreprise. Il fallait le racheter», explique Mario Sévigny.

L'offre de Sogeclair est arrivée au moment où les deux cofondateurs rencontraient des investisseurs très intéressés à participer au capital de leur entreprise, Investissement Québec, le Fonds de solidarité FTQ, la Banque de développement du Canada, mais les perspectives d'une association avec Sogeclair étaient plus porteuses.

Sogeclair avait ouvert un bureau à Montréal il y a deux ans, mais peinait à percer le marché de l'aéronautique. MSB lui permettait de s'implanter rapidement au Canada.

«On aurait eu du financement autrement, mais la croissance n'était pas assurée. C'est beau, la croissance organique, mais on veut aller plus loin. Sogeclair est le premier fournisseur d'Airbus et de Dassault en services d'ingénierie d'infrastructures.

«Ça nous ouvre un marché pour 150 jets d'affaires par année. Notre objectif est de tripler nos ventes d'ici cinq ans et de compter 500 employés», explique Patrick St-Louis.

Lorsque les négociations ont débuté avec Sogeclair, sept autres groupes se sont montrés intéressés: des sociétés indiennes, européennes et américaines. MSB a choisi Sogeclair même si son offre financière n'était pas la plus élevée parce que c'est celle qui assurait le meilleur avenir pour le groupe.

Les deux entrepreneurs m'ont donné rendez-vous dans cinq ans pour bien me démontrer que leur décision de la semaine dernière était la meilleure.




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