À Davos, l'Espagne sourit au Québec

(DAVOS) Pauline Marois n'a pas perdu de temps. À sa première journée au Forum économique mondial, la première ministre a frappé fort, mais a payé le gros prix pour annoncer un investissement de 375 millions de dollars pour l'implantation d'une première usine de silicium métal au Québec.

Totalement séduits par les conditions financières et les coûts d'approvisionnement énergétique avantageux que le gouvernement québécois leur a offerts, les dirigeants de l'entreprise espagnole FerroAtlantica, premier producteur mondial de silicium métal, ont décidé de construire au Québec ce qui deviendra la plus grosse usine du groupe.

À Davos, le Québec semble souvent sourire à l'Espagne. En 1990, Robert Bourassa y avait convaincu l'entreprise Tafisa (passée depuis à des intérêts portugais) d'implanter une usine de fabrication de panneaux de particules à Lac-Mégantic qui est aujourd'hui la plus importante en Amérique du Nord.

À la fin des années 90, Bernard Landry avait amené l'entreprise Cepsa à investir avec la SGF 700 millions dans le projet pétrochimique Interquisa dans l'est de Montréal.

Et voilà que FerroAtlantica, qui a 15 centres de production de silicium métal en Europe, en Amérique du Sud, en Afrique et en Chine, s'installera au Québec. Le silicium métal est utilisé en alliage avec l'aluminium pour lui donner plus de résistance. Il sert à la fabrication des automobiles, de la silicone, des panneaux solaires et du ciment de haute performance.

C'est à Davos, l'an dernier, que Pauline Marois a rencontré les dirigeants de FerroAtlantica, filiale du holding industriel espagnol Grupo Villar Mir (7,2 milliards d'euros de chiffres d'affaires, 40 000 employés dans 40 pays) pour leur vendre les avantages des investissements au Québec.

Une invitation à laquelle ils ont donné suite en amorçant des pourparlers avec Investissement Québec qui se sont soldés par l'annonce, hier, de l'investissement de 375 millions, qui se traduira par la création de 300 postes lorsque l'usine sera en service.

Le lieu d'implantation n'est pas encore déterminé, mais l'entreprise entend commencer les travaux de construction d'ici la fin de l'année pour amorcer la production de silicium métal en 2016.

«Les gens du Québec ont été extrêmement efficaces. C'est la meilleure collaboration qu'on ait jamais obtenue dans les 40 pays où on fait affaire», a expliqué hier Pedro Larrea, PDG de FerroAltantica.

Québec a offert à l'entreprise espagnole un congé fiscal de 10 ans ainsi qu'un tarif d'électricité préférentiel de 20% inférieur au tarif L de 4,6 cents le kilowattheure qu'Hydro-Québec consent aux entreprises énergivores.

Dans un premier temps, la nouvelle usine produira 44 000 tonnes de silicium métal par année et on prévoit réaliser une deuxième phase qui permettra de doubler la production. À terme, l'usine consommera 160 mégawatts d'électricité par année.

De plus, Investissement Québec prendra une participation de 5 à 10% au capital de l'usine, ce qui représente un investissement de 20 à 30 millions, selon son PDG, Mario Albert.

Un ressentiment prévisible

Pauline Marois a expliqué en conférence de presse qu'elle n'avait fait que mettre en oeuvre les mesures contenues dans la politique économique que son gouvernement a énoncée l'automne dernier et qui vise à relancer la création d'emplois, qui a été anémique au Québec l'an dernier.

Outre le généreux congé fiscal de 10 ans, FerroAtlantica devient la première entreprise à bénéficier des nouveaux rabais hydroélectriques, et cette première va nécessairement susciter le ressentiment chez les grosses entreprises énergivores déjà implantées au Québec.

On le sait, les alumineries doivent renégocier les contrats secrets d'approvisionnement qu'elles avaient signés avec Hydro-Québec et elles souhaitent elles aussi des tarifs inférieurs au tarif L.

Pauline Marois a expliqué hier qu'il valait mieux utiliser au rabais les surplus d'Hydro-Québec que de les laisser dormir dans les bassins de rétention des barrages.

Mais elle a convenu que des aménagements temporaires pourraient être négociés avec les alumineries d'ici à ce que les prix de l'aluminium se raffermissent.

À cet égard, la tonne de silicium métal s'échange à 2700$US, mais, traditionnellement, son prix se rapproche de ceux de l'aluminium.

«La tonne d'aluminium et la tonne de silicium s'échangent au même chiffre, mais le prix de l'aluminium est libellé en dollars US tandis que le silicium est en euros», image le PDG de Ferro Atlantica.

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Dans ma chronique d'hier, j'ai malencontreusement attribué à Charles Sirois le titre de président du conseil d'administration de la Banque Royale alors qu'il est bien sûr président du C.A. de la CIBC. Il n'y a que quelques milliards de capitalisation boursière entre les deux, mais ça reste deux banques concurrentes. Mes excuses.




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