J'aime la télé d'ici

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On peut chipoter sur certains détails. Comme le nombre effarant de personnages, particulièrement dans le téléroman O', qui tiennent leurs téléphones portables à l'envers.

On peut râler contre des sujets qui piétinent. Du genre : une troisième langue coupée dans Les jeunes loups, vraiment, on va se rendre à combien ?

On peut rouspéter parce que la musique enterre les dialogues ou parce que l'agente Madeleine Tessier (Marie-Chantal Perron) dans Unité 9 a attrapé l'air bête de Nancy Prévost (Debbie Lynch-White) ainsi que celui de Donalda (Sarah-Jeanne Labrosse) dans Les pays d'en haut. C'est contagieux, cette face de baboune là, faut croire.

Reste que la qualité des téléséries québécoises qui meublent nos soirées de semaine cet hiver est excellente.

C'est une saison particulièrement riche pour la fiction fabriquée chez nous. Vraiment, on ne s'ennuie pas.

Prenons le cas de Ruptures à Radio-Canada. Plus l'histoire progresse, plus j'embarque. C'est moderne, c'est visuellement superbe (les vêtements des comédiens, les appartements Pinterest, les prises de vue) et ça donne lieu à des scènes déchirantes. Je pense notamment aux intrigues tricotées autour des comédiens Daniel Parent et Brigitte Lafleur, qui ont fait exploser nos petits coeurs fragiles.

Le plus étrange dans Ruptures, c'est que l'avocate Ariane Beaumont (excellente Mélissa Désormeaux-Poulin) est probablement le personnage le moins aimable de toute la distribution, en excluant le visqueux Jean-Luc (Normand D'Amour). C'est un hérisson farouche que personne n'approche sans se piquer.

Ariane rabroue constamment son copain Étienne (chic Vincent-Guillaume Otis), qui pose pourtant des questions de couple parfaitement légitimes. Ariane revire comme une crêpe sa maman Mireille (attachante Sylvie Léonard), qui s'offre bénévolement pour nettoyer les locaux de sa nouvelle firme.

Ariane adopte toujours un ton condescendant avec son frère Michaël (Steve Gagnon), qui la dépanne quand elle découche. Ariane engueule régulièrement sa mentore Claude (Isabel Richer), qui l'a formée et l'a longtemps prise sous son aile.

On a le goût de secouer l'ingrate Ariane et de lui dire : « Heille, fille, change d'attitude, on n'est vraiment pas obligés de t'aider. »

En même temps, on comprend qu'à travers ses clients, qu'elle materne comme s'ils étaient ses propres enfants, Ariane tente de réparer sa propre vie, de recoller les morceaux brisés. C'est une femme complexe, incandescente, intense.

À TVA, l'inscription à l'hôpital Saint-Hippolyte de François Bélanger (James Hyndman), le père du DArnaud Bélanger (Mathieu Lorain-Dignard), apporte encore plus de profondeur à la charmante série Au secours de Béatrice. Parenthèse : oui, Mathieu Lorain-Dignard, le bébé médecin, est le fils de Sophie Lorain, interprète de l'urgentologue Béatrice.

Peu importe le sujet, comme la maladie mentale, l'anxiété ou les troubles alimentaires, il est toujours traité avec une délicatesse et une intelligence remarquables. Un exemple ? Le triangle amoureux qui relie Bernadette (Monique Spaziani), Bernard (Alain Zouvi) et Ginette (Linda Sorgini). L'auteure Francine Tougas ne juge pas, ne fait pas la morale. Elle écrit des scénarios bourrés d'humanité, où les ficelles sont fines.

L'infirmier sarcastique Jean-Gilbert (Stéphan Allard) aurait pu se transformer en gros cliché sur deux pattes. Mais non, le sarcasme de ce personnage cachait une belle sensibilité.

Personne ne joue faux dans Au secours de Béatrice. La petite Océanne (Rosalie Moreau) est craquante. Même chose pour Zachary (Lévi Doré), cet ado souffrant d'un trouble obsessionnel compulsif : jamais il n'a été caricatural.

Dans Les beaux malaises, la belle-mère de Martin Matte, incarnée par Christiane Pasquier, est revenue en force mercredi dans un souper où elle a balancé les pires vacheries au visage de l'hilarante Monique (Michèle Deslauriers), avec l'air de celle qui récite un chapelet de compliments. On veut la revoir plus souvent, cette Claudette, si jamais Martin Matte se décide à pondre une quatrième saison.

Le retour de la marionnette de la vérité a aussi donné lieu à des scènes épiques, notamment au tennis, où Jean-François (Martin Perizzolo) a enfin explosé.

Sur le Club illico de Vidéotron, la télésérie Blue Moon vous bouffera dix heures de votre vie, le temps d'un week-end polaire comme celui-ci, sans que vous ayez le moindre regret. C'est très bien fait. Le rythme haletant ne diminue pas d'un épisode à l'autre.

On peut sacrer après la psychiatre Flavie (Catherine Renaud) dans Mémoires vives qui a foutu sa vie en l'air pour la folle à Nancy Grimard (Catherine-Anne Toupin). On peut aussi trouver que Louisa O'Hara (Marilyse Bourke) ne décode pas vite, vite que son copain Jean-Sébastien (Sébastien Roberts) la trompe joyeusement dans O'.

Ça ne veut pas dire qu'on ne l'aime pas, notre télé. Au contraire. Il y en a qui se pâment pour les fromages d'ici. Moi, c'est la télé d'ici qui me rassasie.

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