Un mauvais soap d'après-midi

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Cadence de tournage épuisante, milieu de travail dangereux et évanouissement: ce qui se trame dans les coulisses de la série Ruptures de Radio-Canada, qui a été paralysée par un débrayage spontané vendredi, est en train de se métamorphoser en mauvais feuilleton de fin d'après-midi.

L'épisode diffusé lundi n'a pas été l'un des plus édifiants, loin de là. Résumons l'intrigue, pour ceux qui profitaient encore du temps superbe au lieu d'éplucher leur fil Twitter. Alors, lundi matin, l'Association québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS) a commis une énorme gaffe en annonçant erronément la «mort tragique» de l'aide-cantinier de la série Ruptures, Carl Shunamon, à la suite d'un grave accident de la route.

Dans son communiqué de presse, l'AQTIS liait même le décès du jeune père de famille de 34 ans aux mauvaises conditions qui prévalaient sur le plateau de Ruptures, une série réalisée par Mariloup Wolfe que nous verrons à l'hiver. La CSST a été alertée. Et le président de l'AQTIS a même déclaré que «ce qui est arrivé à Carl [Shunamon] est déplorable, mais doit servir de wake-up call à tous pour que plus jamais cela ne se produise».

Tout a ensuite déboulé. Le mot-clic #ensouvenirdeCarl a été créé et les hommages ont déferlé. L'AQTIS proposait aussi à ses membres d'enfiler un brassard noir aujourd'hui pour honorer leur collègue disparu.

Le hic, c'est que Carl Shunamon n'était pas mort (Dieu merci!). Il luttait pour sa vie, toujours plongé dans un coma. Non mais, quelle gaffe épouvantable. Inexplicable, même.

L'AQTIS s'est donc servie d'informations fausses dans la partie de bras de fer qui l'oppose à la société Aetios de Fabienne Larouche et Michel Trudeau, boîte qui manufacture Ruptures à la SRC et Blue Moon pour le Club illico.

Cette grosse bévue du syndicat n'aidera certainement à apaiser les tensions qui règnent entre l'équipe technique de Ruptures et sa grande patronne Fabienne Larouche. Vendredi matin, le premier assistant à la réalisation de Ruptures, Stéphane Bourdeau, a perdu connaissance en raison de la chaleur suffocante qui engluait l'hôpital Louis-H. Lafontaine, où étaient tournés des segments de la télésérie.

Un médecin lui a imposé un arrêt de travail de quatre jours pour épuisement. Pour la quarantaine de techniciens qui travaillaient sur Ruptures, ce fut l'incident de trop: pendant une bonne partie de l'après-midi, ils ont débrayé pour dénoncer leurs conditions de travail «extrêmement difficiles». Leurs camarades de Blue Moon, qui bossent dans une carrière à Oka, les ont imités par la suite, eux aussi bousculés par des horaires trop chargés.

Pour ceux qui se demandent qui est le comédien de Blue Moon qui s'est blessé vendredi, sachez qu'il s'agit de Karine Vanasse, qui a subi des éraflures mineures. N'appelez pas l'ambulance tout de suite.

D'intenses négociations ont eu lieu ce week-end pour régler ces deux conflits. Dans le camp de Ruptures, les auteurs Daniel Thibault et Isabelle Pelletier, les créateurs de Mirador, ont retranché presque 30 scènes des deux derniers épisodes de la télésérie afin d'alléger le fardeau imposé aux techniciens. Même élagage de textes chez Blue Moon, où le scénariste Luc Dionne a sabré la quantité de matériel à tourner. «L'histoire se raconte très bien quand même», assure Luc Dionne, joint lundi soir.

Selon mes informations, la grande majorité des demandes des techniciens auraient été comblées. Conséquence? La préproduction sur Blue Moon devait reprendre mardi et les caméras rouleront dès vendredi pour les 11 derniers jours de tournage nécessaires pour boucler le projet. Du côté de Ruptures, on pourrait également crier «action» d'ici vendredi. Il ne reste que sept jours de tournage au calendrier.

Ni Fabienne Larouche ni l'AQTIS, qui représente 4500 membres, n'ont commenté la situation lundi.

Quant à l'aide-cantinier Carl Shunamon, c'est sa famille qui a contacté les médias lundi pour qu'ils cessent de colporter les faussetés à son sujet. Quelle tristesse.

Le 30 août autour de 13h30, Carl Shunamon a quitté le plateau de Ruptures, alors installé à l'angle des rues Beaubien et Saint-André, dans la Petite-Patrie. Il venait de livrer la première collation à l'équipe de l'émission. Deux heures et demie plus tard, Carl Shunamon était impliqué dans une violente collision dans le tunnel Ville-Marie, au centre-ville de Montréal. Les circonstances de cet accident n'ont pas encore été éclaircies. Carl Shunamon repose depuis dans un état extrêmement critique.

La grogne des techniciens de Ruptures et de Blue Moon est un symptôme flagrant des problèmes de financement qui plombent les séries québécoises. Les grands réseaux veulent de la top qualité en ondes, mais les budgets ne grossissent jamais. Résultat: les tournages s'accélèrent, les risques d'accident augmentent et les chicanes patronales-syndicales grimpent à des niveaux inacceptables. Pourrait-on se parler, s'il vous plaît? Après tout, comme le répète Marie-Soleil Michon, c'est juste de la télé.

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