Netflix, notre patience a des limites

Kyle Chandler, vedette de Bloodline... (Photo Invision AP)

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Kyle Chandler, vedette de Bloodline

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Netflix nous joue trop souvent ce mauvais tour télévisuel. Une série super prometteuse - Daredevil, par exemple - prend un temps fou avant de décoller.

Il faut s'enfiler jusqu'à six ou sept épisodes avant que ladite télésérie nous emprisonne solidement dans ses filets. C'est long, longtemps. Dans cet univers ultracompétitif où les émissions de très haute qualité explosent sur toutes les chaînes, qui a le temps de gaspiller six heures avant de trancher, OK, finalement, j'aime quand même ça Unbreakable Kimmy Schmidt?

Cher Netflix, cette pratique paresseuse de ta part met en péril notre relation déjà fragile. En plus, ton catalogue ne déborde pas de produits super frais, alors il ne faudrait pas que tes émissions soient diluées comme une vieille sloche ayant fondu au soleil.

À la télé conventionnelle, les créateurs se décarcassent pour accrocher fortement leurs télé-

spectateurs afin qu'ils reviennent de semaine en semaine. Des séries comme The Good Wife à CBS, Empire de Fox ou Scandal sur ABC accomplissent cet exploit pas évident, nous rendant complètement dépendants de notre dose hebdomadaire d'Alicia, Cookie ou Olivia.

Chez Netflix, les productions originales (toujours disponibles en français, précisons-le) débarquent en bloc de 10 ou 13 épisodes. Bang! toute la série d'un seul coup.

Pas besoin de trop se forcer pour inventer des intrigues captivantes à chacun des épisodes, les consommateurs captifs - et vendus au service - vont tous les dévorer, de toute façon.

La saga familiale Bloodline, autre marque exclusive de Netflix, a malheureusement débuté de cette manière indolente, voire engourdie. Après six épisodes, bof, c'était correct, mais aucune envie urgente d'engouffrer le reste d'une traite. J'avais donc déposé Bloodline, imaginé par les créateurs de l'épatante série Damages, sur la pile des trucs à voir plus tard, quand l'enregistreur numérique sera vidé de son contenu plus croustillant.

Puis, tout récemment, le réalisateur Rafaël Ouellet (Nouvelle adresse) a gazouillé ceci: «Les cinq derniers épisodes et la fin de Bloodline justifient les huit premiers plutôt moyens.»

En moins de 140 caractères, Rafaël Ouellet venait de résumer parfaitement mon rapport ambigu avec plusieurs émissions de Netflix: départ laborieux, dénouement heureux.

Je comprends parfaitement les téléspectateurs qui se découragent après deux ou trois épisodes peu satisfaisants. Le coup de foudre télé, ça existe aussi et ça ne sert à rien de le provoquer.

Je suis quand même retourné à Bloodline cette semaine et Rafaël Ouellet avait bien raison. J'aimerais pouvoir vous dire que c'est possible de démarrer au huitième épisode sans rien rater, mais non. C'est le genre de récit-araignée qui se tisse lentement avant d'étrangler subitement ses proies, qui n'ont pas su détecter le piège.

Le thriller Bloodline nous plonge dans les souvenirs tourmentés d'une famille aisée du sud de la Floride, celle des Rayburn. Le père et la mère, joués par Sam Shepard et Sissy Spacek, exploitent, depuis 45 ans, une coquette auberge dans les Keys. Prétexte d'anniversaire idéal pour réunir tout le clan Rayburn sur une plage gorgée de soleil.

Les enfants Rayburn sont quatre: il y a le policier John (Kyle Chandler de Friday Night Lights), l'avocate Meg et le petit bum sympathique Kevin. Et le quatrième, demandez-vous? C'est Danny, le personnage le plus fascinant de Bloodline. Porté sur la boisson et la cocaïne, Danny est le mouton noir du groupe. Il a coupé les ponts avec les siens depuis quelques années et son retour dans les Keys fera remonter à la surface des choses pas très jolies.

À la façon de Damages, Bloodline se déballe à coups de retours dans le passé et le futur. En partant, vous saurez comment la série se termine (indice: très mal). Mais l'issue est pas mal moins intéressante que le chemin emprunté pour s'y rendre.

En apparence, les Rayburn renvoient l'image d'une famille Ralph Lauren où ça joue du ukulélé autour d'un feu, les pieds dans le sable, entre deux bouchées de «s'mores». En grattant le vernis friable, on découvre cependant un tas de mensonges, de conflits non résolus et un désir latent de vengeance.

L'idée de se servir du décor paradisiaque de la Floride comme toile de fond à ce film noir est judicieuse. Dans chacun des plans, on sent la moiteur des Keys et cette chaleur étouffante qui embrouille les esprits. Qui sont les bons ici? Et qui sont les méchants? À vous de le découvrir, si huit heures de télé moyenne ne vous rebutent pas.

Toujours sur Netflix, une autre série très bonne sur papier vient de s'ajouter à l'offre, soit Sense8 des concepteurs de La matrice et de Cloud Atlas.

J'ai lu plusieurs critiques de Sense8 et devinez le reproche qui revient le plus fréquemment? C'est long avant que l'action ne démarre. Désolé, mais c'est ici que je débarque. Fini les téléséries qui tiennent leurs téléspectateurs pour acquis. Comme disait la professeure de primaire dans Les beaux malaises, «c'est trop pour moi, c'est trop pour moi».

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