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Publireportage ou intégration publicitaire?

Pour 5000$, Radio-Canada a offert à notre taupe... (Photo: fournie par Radio-Canada)

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Pour 5000$, Radio-Canada a offert à notre taupe de lui envoyer un reporter, qui ferait un topo exclusivement sur sa PME. Ce dernier serait diffusé dans la nouvelle émission estivale Cap sur l'été, coanimée par Marie-Josée Taillefer et Marc Hervieux.

Photo: fournie par Radio-Canada

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La personne qui me parle - et qui désire conserver l'anonymat - n'en revient pas encore. Propriétaire d'une petite entreprise, elle achète régulièrement de la publicité dite traditionnelle sur des chaînes télé comme Radio-Canada ou TVA.

En négociant un forfait printemps-été avec la SRC, une offre surprenante lui a été faite. Pour 5000 $ de plus que le tarif négocié, le service des ventes et du marketing de Radio-Canada proposait de lui envoyer un reporter de la nouvelle émission estivale Cap sur l'été, qui ferait un topo exclusivement sur sa PME. Pardon?

Les «marketeux» emploieront ici le doux terme «d'intégration publicitaire» pour décrire cette tactique, sauf qu'il s'agit clairement d'un cas de publireportage à 5000 $. «On le sait que ça se fait ailleurs, mais je ne pensais pas que ça se faisait aussi à Radio-Canada, le diffuseur public», glisse notre source bien branchée.

Dans son pitch de vente publicitaire, Radio-Canada nomme même la personne affectée à cette couverture: l'humoriste Jérémy Demay, qui fera de deux à trois «irrésistibles reportages» en région, toutes les semaines, pour ce magazine télé que coanimeront Marie-Josée Taillefer et Marc Hervieux à partir du lundi 15 avril à 16h.

Ne jouons pas à l'autruche. Cette pratique est courante dans l'univers de la télévision, surtout dans les magazines de services, de décoration, de mode ou de design, qui ne disposent pas de budgets colossaux. D'où le recours à diverses commandites externes, dont le nom apparaît (ou est nommé comme tel) dans l'émission.

Le problème, c'est quand ce n'est pas mentionné clairement en ondes qu'il s'agit d'une intégration publicitaire ou d'un publireportage. Traitez-moi de naïf, mais si l'équipe de Cap sur l'été me parle d'un sympathique café dans les Cantons-de-l'Est, j'ose croire que c'est parce qu'ils font un sapré bon latté et non pas parce que le propriétaire a allongé 5000 $ pour s'offrir du temps d'antenne.

J'imagine que nous sommes plusieurs téléspectateurs candides à suivre cette logique, non?

Le porte-parole de Radio-Canada, Marc Pichette, a légèrement nuancé les propos de notre taupe, hier. Cette forme d'intégration à 5000 $ dans la quotidienne Cap sur l'été «ne se traduit pas nécessairement par un reportage», affirme-t-il. Cela aurait pu être, notamment, un concours ou la présence d'un porte-parole d'un événement touristique.

Selon la SRC, les contenus commandités, qui se retrouvent aussi dans la quotidienne Pour le plaisir, offrent une plus-value pour les téléspectateurs en leur donnant la chance de gagner des prix, entre autres. Par contre, l'équipe de production de l'émission dispose toujours d'un droit de véto sur les projets d'intégration soumis par la division de la «créativité média» de Radio-Canada.

Il suffit de regarder le magazine estival Sucré salé à TVA pour constater qu'une politique similaire d'intégration publicitaire y a été adoptée, il y a plusieurs saisons déjà. Mais quels en sont les paramètres? Il n'a pas été possible de parler au producteur de Sucré salé, Jean-Marc Beaudoin, qui a refusé notre demande d'entrevue, hier.

Vous l'avez sans doute remarqué, la commandite s'infiltre dans presque toutes les émissions de divertissement: Dans l'oeil du dragon et BlackBerry, Les chefs! et Métro ou Mon plan Rona. Jonglant avec des budgets de plus en plus serrés, les diffuseurs se tournent vers cette stratégie pour bonifier leurs productions.

Les marques et les logos connus se faufilent aussi dans les séries de fiction, comme le café Tim Hortons et les voitures Kia dans l'épisode de 19-2 de lundi. Sans la présence de ces annonceurs, tourner des séries coûteuses comme 19-2 ou Lance et compte serait quasiment impossible. C'est la réalité du marché. Il faut vivre avec. Et quand le placement de produit est fait avec finesse, ça ne me dérange pas trop, personnellement. Quand l'annonceur devient trop voyant, ça devient carrément agressant.

Toujours selon notre source, «il est aussi possible de payer 6500 $ pour que la présentatrice de Salut, bonjour vienne faire sa météo en direct d'un événement, d'un festival ou d'un commerce». À ce prix-là, vous aurez aussi droit à deux courtes entrevues de moins de trois minutes pendant l'émission matinale vedette de TVA.

Jointe hier à ce sujet, la porte-parole de TVA, Véronique Mercier, a répété sa phrase classique: «Je n'émettrai aucun commentaire.» Bon. Peut-être que le silence de TVA est commandité par une quelconque compagnie de prothèses auditives, qui sait?




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