Pirouettes et courbettes aristocratiques

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Il y a quelque chose de profondément réjouissant dans le succès planétaire que remporte actuellement la superbe minisérie britannique Downton Abbey. Surtout en cette époque dite moderne où le civisme et la politesse sont trop souvent éclipsés par la rudesse et l'insolence.

Sans vouloir jouer les Denise Bombardier, serions-nous nostalgiques de cette ère où les bonnes manières existaient encore? La beauté de Downton Abbey, d'un point de vue esthétique, provient de tout le protocole qui régente au quart de tour la vie dans ce somptueux manoir anglais, où chacun connaît son rang et le respecte.

Vous découvrirez ce samedi soir (20h), sur les ondes de Radio-Canada, ces somptueux soupers chez la famille Crawley qui sont chorégraphiés comme de grands ballets, ainsi que les longs rituels d'habillement qui les précèdent. C'est magnifique. Chacun des repas est un prétexte pour enfiler de longs gants de soirée ou pour nouer un noeud papillon blanc autour de son cou (pas noir, quand même. Le noeud papillon noir, c'est pour les valets, tout le monde sait ça).

Le service à la table, tout comme la tenue de la maison, s'exécute selon des règles très strictes et le majordome Carson, un homme droit et digne, se fait une fierté de respecter les traditions à la lettre. De tous les personnages qui peuplent Downton Abbey, le vieux Carson, qui gouverne tous les employés du château, est probablement le plus rigide et le plus réfractaire au changement. Comme quoi, pas besoin d'être riche pour apprécier les courbettes et le décorum.

Pour se parler entre eux, les aristocrates et les domestiques enchaînent les pirouettes langagières fort jolies. Oui, ma Lady. Un instant, monsieur le comte. Et non, les trois soeurs Crawley ne regardent pas de haut leurs femmes de chambre, au contraire. Complicité et respect ont transcendé les classes sociales.

Aujourd'hui, observez ce qui se passe dans n'importe lequel souper le moindrement officiel et vous verrez que la bienséance a foutu le camp comme l'aristocratie, d'ailleurs. Entre le potage et le plat principal, les cellulaires vibrent constamment, les convives pianotent furieusement et peinent à rester assis plus de 30 minutes sans bouger ou éplucher leurs courriels.

Bien sûr, dans Downton Abbey, un télégramme vient parfois interrompre les discussions de nos aristocrates préférés autour de la table, mais c'est quand un proche parent meurt de la grippe espagnole ou quand une guerre mondiale éclate. On parle ici de grosse urgence. Pas de la dernière bourde médiatique d'Anik Jean, qui pourrait facilement attendre après le dessert.

Et si Downton Abbey nous donnait le goût de reprendre nos rituels de famille, de s'inviter plus souvent à manger entre amis et de se parler dans le blanc des yeux plutôt que par textos? Et si Downton Abbey nous incitait à plus de politesse dans nos rapports humains et virtuels? Voilà de la télévision qui pourrait faire oeuvre utile.

Trêve de voeux pieux, la popularité de Downton Abbey ne cesse de gonfler. Une centaine de pays détiennent les droits de diffusion de cette minisérie d'époque. Dimanche dernier, le début de la troisième saison a été suivi par 7,9 millions de téléspectateurs sur la chaîne publique PBS, soit près du double de la première émission de la deuxième saison, diffusée il y a à peine un an. Et demain soir, deux de ses interprètes concourront aux Golden Globes, soit Michelle Dockery (la suave Lady Mary) et Maggie Smith (l'impayable comtesse douairière Violet).

Ce qui est bien avec Downton Abbey, c'est qu'elle régale ses fans à différents niveaux. Les férus d'histoire du XXe siècle se rappellent des suffragettes, de l'implantation du téléphone, de la Première Guerre mondiale ou du naufrage du Titanic, tandis que les adeptes d'intrigues tirant sur le roman-savon se délectent des malheurs qui accablent cette famille fortunée.

Ajoutez à tout ça des décors fabuleux, des costumes flamboyants et vous obtenez un énorme phénomène de culture populaire, qui a redonné ses lettres de noblesse à la série télé d'époque.

Les personnages de Downton Abbey vivent peut-être en 1912, mais la construction de la série, elle, est hypermoderne. Le rythme est soutenu, la réalisation est alerte et la musique, superbe. Vous n'attendrez pas au 5e épisode avant qu'un scandale n'éclate: les rebondissement se bousculent aux portes de cette splendide demeure. Et avec les vilains Thomas et O'Brien qui manigancent dans le sous-sol, préparez-vous à rire, sacrer et pleurer.

Je lévite

Avec L'amour de Karim Ouellet

Le vidéoclip est sorti cette semaine, nous ancrant cette chanson profondément dans la tête. C'est accrocheur, c'est dansant, ça donne le goût de sourire et ça nous rappelle que le printemps s'en vient. Dans deux mois.

Je l'évite

Le Revitive Circulation Booster de Guy Lafleur

Cet appareil censé réduire l'enflure des jambes et favoriser la circulation sanguine ne nous protège pas, malheureusement, contre la douleur provoquée par le manque de naturel de son célèbre porte-parole dans les mauvaises publicités qui ont inondé les ondes pendant les Fêtes. On dirait un gugusse de marché aux puces.

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