La jeune femme moderne

Hugo Dumas
La Presse

Il n'y a pas qu'à la télé québécoise que les dimanches soir riment avec congestion télévisuelle et où les productions canons comme Tout le monde en parle, Star Académie ou Occupation double se cognent les unes contre les autres.

Lena Dunham joue le rôle de Hannah, personnage... (Photo : Carlo Allegri, Reuters) - image 1.0

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Lena Dunham joue le rôle de Hannah, personnage principal de la série Girls, diffusée sur les ondes de HBO.

Photo : Carlo Allegri, Reuters

Aux États-Unis, c'est pire. Pas mal pire. Les grands réseaux jettent, pêle-mêle, toutes leurs meilleures émissions de fiction dans une fenêtre dominicale d'à peine deux heures, entre 21 h et 23 h. Essayez maintenant de suivre, en conservant un semblant de vie, The Killing, Game of Thrones, Mad Men, The Good Wife, Nurse Jackie, The Big C, Desperate Housewives et Veep. Ça fait de la télé en titi.

Et les téléspectateurs ragent, car la majorité des enregistreurs numériques ne peut stocker qu'une ou deux productions en simultanée. Pour le reste, il faut attendre la sortie des DVD ou la mise en ligne sur la boutique iTunes. Les plus impatients pirateront, mais, tss-tss, c'est illégal, et pirater équivaut à voler, OK?

Dans cet embouteillage, il y a un petit bijou d'audace qui mérite 30 minutes d'espace hebdomadaire dans votre ENP. Il s'agit de la comédie grinçante Girls, du réseau HBO. Immense coup de coeur pour le premier épisode, qui a été téléversé sur YouTube. Allez le voir. C'est gratuit.

Pour décrire Girls, pensez à Sex and the City, mais sans les sacs à main à 3000 $ et le glamour tape-à-l'oeil de Manhattan branché. Ce qu'il reste? Quatre amies new-yorkaises dans la vingtaine, un peu paumées, presque toutes fauchées. Dans Sex and the City, Miranda, Samantha, Charlotte et Carrie échouent en amour, mais mènent des carrières de haut niveau, ce qui compense - un peu - pour leurs déceptions du coeur.

Dans Girls, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna échouent en amour et aussi sur le plan professionnel, ce qui amplifie leur cynisme et leur désillusion par rapport à la vie, en général. Le ton de Girls est encore plus cru et réaliste que celui de Sex and the City.

Quand les copines de Sex and the City abordaient des sujets tabous, disons le sexe anal, elles le faisaient au brunch, dans un endroit chic, en portant des robes de designers. Dans Girls, le sexe anal se discute à quatre pattes, la culotte de grand-mère aux chevilles, sur le sofa défoncé d'un appartement miteux de Brooklyn (et pas le Brooklyn cool).

Le personnage principal de Girls, Hannah, est fascinant. C'est une jeune femme moderne de 24 ans, diplômée universitaire, sarcastique, zéro ambitieuse, qui est stagiaire non rémunérée depuis un an dans une maison d'édition. Ses parents, tous deux profs, la font vivre. Et elle n'a aucun problème avec ça. Bien quoi? Elle est enfant unique. Et ce n'est pas comme si elle coûtait une fortune à entretenir. Elle se contenterait de 1100 $ par mois. Une aubaine!

Dans le premier épisode, dans une ambiance évoquant l'excellent film Reality Bites, Hannah, une supposée écrivaine, se fait couper les vivres. Retroussera-t-elle ses manches pour enfin prendre sa vie en main? Que non. Elle s'intoxiquera à l'opium et ira mendier, sans même un brin de gêne, encore plus de fric à papa et maman.

En partant, tous les défauts d'Hannah nous sautent au visage: enfant gâtée, égoïste, narcissique et franchement nonchalante. Mais toutes ses imperfections nous la rendent extrêmement attachante. Ça, et le fait qu'elle n'essaie pas de s'embellir ou de se présenter sous son meilleur jour.

Car Hannah, incarnée par Lena Dunham, créatrice et aussi réalisatrice de Girls, a quelques kilos en trop et des tatouages qui lui couvrent le dos et les bras. On voit Hannah les jambes écartées sur la table de son gynécologue, avachie dans sa baignoire ou dans des positions sexuelles très malaisées avec son crétin d'ami de couchette. Rien de bien glam.

Lena Dunham, par son personnage d'Hannah, ne prétend pas être LA voix de sa génération, mais bien UNE voix de (peut-être) une frange de sa génération. C'est une tendance qui revient de façon cyclique à la télé: la jeune femme moderne en arrache. Et celle de la génération Y encore plus. Il n'y a qu'à regarder Whitney, 2 Broke Girls ou même New Girl pour le constater.

En même temps, la jeune femme moderne est furieusement intelligente, débrouillarde et comique. Oui, elle fait de mauvais choix de vie, des erreurs qui nous confortent cependant dans nos propres décisions douteuses. Bref, la jeune femme moderne est imparfaite. Et on l'aime comme ça.

Je lévite

Avec l'application Draw Something. Un peu en retard sur la vague, j'ai été happé de plein fouet, il y a un mois, par cette version plus techno de Fais-moi un dessin, qui se joue sur iPhone et iPad. Des heures de procrastination garanties. Ou argent remis.

Je l'évite

Les entrevues télé par Skype. Oui, ça permet de joindre dans gens partout dans le monde, à peu de frais, sauf que la résolution de l'image est atroce, le son est décalé et ce procédé crée systématiquement de la confusion sur un plateau. À utiliser avec parcimonie s'il vous plaît.

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