Mirador, c'est fort

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Rentrée télé hiver 2010

Arts

Rentrée télé hiver 2010

Lisez les critiques des nouvelles émissions au petit écran cet hiver. »

Hugo Dumas
La Presse

La série «dont tout le monde parlera» à Radio-Canada cet hiver, c'est Mirador, une haletante incursion dans l'univers des mercenaires de la communication qui étouffent des scandales au quotidien et qui tordent la vérité selon l'épaisseur du portefeuille de leurs clients.

Patrick Labbé et David La Haye dans Mirador.... (Photo: Radio-Canada) - image 1.0

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Patrick Labbé et David La Haye dans Mirador.

Photo: Radio-Canada

Le premier épisode, que vous verrez à la SRC le mercredi 6 janvier à 21 h, démarre sur les chapeaux de roues. Le grand gagnant de Québec Idole - l'équivalent de Star Académie - festoie bruyamment dans un taxi avec deux jolies admiratrices légèrement vêtues. Rendu à l'hôtel, et après plusieurs bouteilles de bulles, une des deux groupies convulse au lit. L'autre s'enfuit, le jeune chanteur pop panique et le scandale éclate dans les journaux. Se pourrait-il que la plus grosse vedette du Québec ait drogué au GHB puis violé une de ses admiratrices?

Le gérant de la star cogne aux portes de Mirador, une prestigieuse agence de relations publiques où s'active une redoutable cellule spécialisée en gestion de crise. Les personnages de «spin doctors» qui y bossent sont fascinants, dont le chef de l'escadron Luc Racine (David La Haye), un être amoral, baveux, arrogant, cynique et accro au fric, qui a la fâcheuse manie de s'exprimer en franglais.

C'est dans sa bouche que les auteurs Daniel Thibault et Isabelle Pelletier - qui signent leur première série en duo - ont déposé les répliques les plus assassines. Luc Racine sacre copieusement, insulte ses employés et méprise les femmes, qu'il traite de «plottes», de «bitchs» ou de «salopes».

À ses côtés se tient toujours la fébrile Chantal «Ch't'à Boutte» Boutin (Catherine Trudeau), une zélée du travail qui a mis une croix sur sa vie personnelle. Et puis il y a Philippe Racine (Patrick Labbé), le frère cadet de Luc Racine, qui réapparaît chez Mirador après une mystérieuse absence de plusieurs mois.

Rapidement, on comprend que Philippe a tellement bien accompli son boulot de propagandiste qu'une jeune femme - innocente victime d'un pervers - s'est suicidée après avoir été traînée dans la boue par des stratèges de chez Mirador. Une mort tragique qui hante toujours Philippe, le héros romantique de cette captivante télésérie.

Pour compliquer le portrait, sachez que la firme Mirador appartient au puissant Richard Racine (Gilles Renaud), le papa de Luc et Philippe, les Caïn et Abel de 2010. Idéaliste, réfléchi et sensible, Philippe prononce des phrases comme «ça serait mieux si la vérité sortait» qui hérissent son frère aîné. Philippe incarne la droiture dans un univers croche où l'image prime sur tout.

Avec ses dialogues punchés - «mon téléphone sonne comme le système d'alarme d'une BMW dans Hochelaga-Maisonneuve» -, on ne s'ennuie pas une seconde avec Mirador. On rigole avec des échanges tels: «Énerve-toi pas le poil des jambes», lancé par Phillipe à son frère. «Je ne peux pas, je me les épile», réplique Luc. On réfléchit aux sujets d'actualité abordés comme l'envoi de soldats canadiens en zones de guerre ou la corruption dans les sociétés paramunicipales. Et on se questionne: est-ce que l'info que nous consommons quotidiennement a été triturée ou altérée?

Derrière la caméra, Louis Choquette (Le gentleman, Les Parent) signe une réalisation sobre et super efficace, qui sert parfaitement le texte, intelligent et touffu. Jamais les effets techniques ou les mouvements de caméra ne nous distraient de l'intrigue.

Et portez attention au générique d'ouverture, où les noms des acteurs apparaissent, tirés par des ficelles. Un joli clin d'oeil au pantin, symbole par excellence de la manipulation.

Évidemment, Mirador sert d'arène où s'affrontent deux professions aux objectifs souvent incompatibles: les journalistes et les relationnistes. «Les journalistes, c'est comme des Romains le Vendredi saint, il faut juste leur donner quelqu'un à crucifier», raillent les employés de Mirador.

Comme journaliste, on jubile quasiment de voir enfin exposées publiquement les tactiques de contrôle de l'information des «spin doctors». C'est clair, les relationnistes n'apprécieront pas Mirador, qui les dépeint souvent sous leur pire jour.

Mais en même temps, la série ne flatte pas non plus les journalistes. Mettons que l'animateur de radio-poubelle Sylvain Choquette (Benoît Gouin), sorte de Jeff Fillion montréalais, ne nous enveloppe pas d'une meilleure réputation. Chacun ses bibittes, non?

Question de fric

Mirador a été tournée avec la même enveloppe que Trauma, soit autour de 710 000 $ l'épisode. Un petit miracle à la limite de ce que peuvent accomplir les artisans, note le producteur de la série, Jocelyn Deschênes, grand patron de Sphère Média. «Nous n'avons plus assez de jours de tournage. Ça met une pression énorme sur tout le monde et l'atmosphère de travail devient lourde. Nous avons dû supprimer plein de scènes extérieures, il y a eu moins de figuration», déplore-t-il.

Selon Jocelyn Deschênes, il est primordial que la télé québécoise puisse encore s'offrir des séries à gros budget, dont la facture visuelle s'apparente aux grands produits américains. «Car les exigences des téléspectateurs montent. Et ils regardent de plus en plus la télé en anglais», indique le producteur responsable de Sophie Paquin, Annie et ses hommes et Providence.

Louise Lantagne, directrice de la télé française de Radio-Canada, enchaîne: «Oui, on est rendus à la limite de l'ingéniosité qu'il est possible de déployer. Tout le monde est sur le bord de faire des dépassements de coût.»

Jocelyn Deschênes résume: «Nous sommes sur le point de franchir le Rubicon au point de vue des ventes à l'étranger de nos séries québécoises. Mais on dirait qu'on veut stopper notre développement en n'augmentant pas nos budgets. « Le message a-t-il été bien entendu? 10-4 alors.

 

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