Docteur spin, leçons de manipulation

Patrick Labbé, David La Haye et Marie-Ève Milot... (Photo: André Tremblay, La Presse)

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Patrick Labbé, David La Haye et Marie-Ève Milot et se transportent dans l'univers des relations publiques dans la série Mirador.

Photo: André Tremblay, La Presse

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Hop! Nous voici au 36e étage de la prestigieuse tour IBM, toute en acier et en verre, qui s'élève au centre-ville de Montréal, boulevard René-Lévesque Ouest. C'est ici que la boîte de communications Mirador - l'équivalent fictif d'une firme comme National - étouffe des crises politiques, noie des scandales sexuels et tripote la vérité.

Derrière des portes closes, la cellule de crise de Mirador grésille. Il y a le patron Philippe Racine (Patrick Labbé), son frère aîné Luc (David La Haye), ainsi que trois autres de ces «spin doctors» ou mercenaires des relations publiques, dont la cassante Chantal Boutin (Catherine Trudeau), que ses collègues surnomment Ch't'à Boutte tellement son BlackBerry sonne aux deux secondes.  

Sur papier, Mirador promet beaucoup: une distribution étincelante qui réunit aussi Gilles Renaud et Pascale Bussières, un sujet fascinant (la manipulation) et un réalisateur chevronné, Louis Choquette (Temps dur, Les Parent). «Le symbole de la série, c'est d'ailleurs une marionnette», note Louis Choquette.

 

Imaginés par un vrai couple, Daniel Thibault et Isabelle Pelletier, qui signe sa première oeuvre télévisuelle, chacun des 10 épisodes de Mirador s'articulera autour d'une crise médiatique à contrôler. Par exemple, une fusillade éclatera dans une société produisant des jeux vidéo hyper violents. Comment le cabinet Mirador s'assurera-t-elle que l'image de cette entreprise dans la tourmente reste propre et lisse? Dans un autre épisode, un chanteur pop issu d'une téléréalité trempera dans une sordide histoire de viol. Comment laver sa réputation par la suite?

 

Le cabinet Mirador, qui vaut plusieurs millions, appartient à Richard Racine (Gilles Renaud), le père de Luc et Philippe. La tumultueuse relation entre ces deux frères, calquée sur celle de Caïn et Abel, alimentera plusieurs intrigues. Droit et intègre, Philippe Racine (Patrick Labbé) croit en la vérité, un mot souvent imprononçable ou banni dans l'univers de la gestion de crise. «Philippe, c'est l'histoire du gars qui essaie encore d'être moral dans un milieu très cynique. Philippe, c'est l'héritier qui a l'intelligence stratégique et la bosse des affaires», explique le scénariste Daniel Thibault, qui a puisé beaucoup de son inspiration dans la série américaine The Practice.

 

Plus flamboyant, plus ratoureux, mais aussi plus sombre, Luc Racine (David La Haye) vit dans l'ombre de son frère cadet, le chouchou, «et redevient un petit gars de 12 ans en culottes courtes devant son père», souligne le comédien David La Haye qui, à l'exception de petits rôles dans Nos étés et Fortier, n'a pas participé à une grande télésérie québécoise depuis Omertà.

 

«Mirador représente tout ce que j'aime dans la vie. J'aime la business. J'aime les médias. J'aime les relations de pouvoir entre les milieux politiques, financiers et médiatiques. Et c'est une télésérie très moderne», s'enthousiasme David La Haye.

 

Grand admirateur de The Wire, une géniale série télé qui décortique des sujets très complexes sans jamais assommer ses fans, Louis Choquette enchaîne: «Mirador, c'est un vrai sujet, avec de vrais enjeux. Le meilleur de la télé, c'est quand on peut divertir et faire réfléchir en même temps.»

 

Un gros drame teintera le début de la série, qui décollera en janvier 2010 sur les ondes de la SRC: une jeune femme se suicide après avoir été brassée par les guerriers de l'image de Mirador. «Philippe se sent responsable. Il réalise que sa job n'a pas de bon sens et part en voyage pendant six mois. Quand il revient au bureau pour démissionner, il est aspiré par une autre crise. Mais cette fois-ci, Philippe pose ses conditions», détaille Patrick Labbé.

Sur le plateau de tournage hier, David La Haye et Patrick Labbé étrennaient de chics complets gris anthracite, tandis que les escarpins de Catherine Trudeau, vêtue d'un tailleur BCBG très Place Ville-Marie, claquaient sur le plancher en bois foncé.

 

«Pour mon personnage, c'est un peu un jeu d'avoir l'air excédée. Chantal est une fille très fébrile, qui s'en met beaucoup sur les épaules. Elle veut livrer la marchandise et elle la livre. Elle ne mange pas et n'a pas de vie personnelle. C'est d'ailleurs ça qui va la perdre tranquillement», confie Catherine Trudeau, alias Lyne-la-pas-fine.

 

Le projet de Mirador, que TVÀ a sérieusement étudié avant de le laisser filer à Radio-Canada, mijote depuis six ans déjà. Avec tous les scandales qui éclatent quotidiennement dans les journaux, les auteurs ont déjà entamé la rédaction d'une deuxième saison. «On se fait manipuler de toutes les façons possibles. Il y a toutes sortes d'histoires d'horreur», constate Daniel Thibault. «Et Mirador, c'est un beau véhicule pour raconter ces histoires-là», ajoute Isabelle Pelletier.

 

Coproduite par Encore Télévision (Caméra café) et Sphère Média (Les hauts et les bas de Sophie Paquin), cette série mi-lourde (entre 600 000$ et 700 000$ l'heure) ne renfermera pas que du drame et des larmes. «La série comporte aussi un aspect comique et des répliques très snappy», soutient le réalisateur Louis Choquette.

 

Selon les relationnistes rattachées à l'émission, Mirador sera percutante, divertissante et palpitante. Attendez un peu. Suis-je en train de me faire manipuler? Y aurait-il des gens dans le milieu de la télé qui ne disent pas toujours la vérité et rien que la vérité? Non. Je refuse d'y croire. Impossible (pour ceux qui doutent encore, oui, c'est du sarcasme).




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