Une place «laitte»...

Selon notre chroniqueur, la place Jacques-Cartier est mal... (PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Selon notre chroniqueur, la place Jacques-Cartier est mal exploitée et inadaptée au rôle attendu d'un lieu aussi stratégique.

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Bon. Drôle de façon de parler de sa ville, mais dans le fond, le maire Coderre a bien raison: la place Jacques-Cartier est «laitte».

Oui, elle est aussi très populaire. Elle attire les touristes quand il fait beau. Elle permet les bains de foule en été. Mais ça ne l'empêche pas d'être bordélique, mal exploitée, inadaptée au rôle qu'on est en droit d'attendre d'une place aussi stratégique, située au pied de l'hôtel de ville.

En fait, si ce lieu est si populaire, c'est justement parce qu'il est stratégiquement situé dans l'axe qui mène du métro au Vieux-Port, certainement pas parce qu'il offre une expérience urbaine qu'il faudrait préserver au même titre que les vieilles pierres.

En été, du côté ouest, on remarque moins les belles façades que le «Pizza-Pasta», le Valentine et les terrasses en bois traité, en vinyle et en plastique. On a l'embarras du choix: auvent bleu, jaune, vert, noir ou turquoise.

Du côté est, on retrouve là aussi de magnifiques devantures... dissimulées encore une fois derrière de l'affichage disparate et des terrasses douteuses (exception faite du Jardin Nelson). On vous attend au très authentique «Beanie Babies-Pokémon-Souvenirs».

Au centre de la place, même confusion, même absence de cohérence visuelle, avec des kiosques massifs, des téléphones publics et des essaims de poubelles ternes.

Plus bas, des amuseurs, de gros pots de fleurs (censés évoquer l'ancien jardin du château de Vaudreuil !) et des caricaturistes emmurés dans leurs abris de fortune.

Une place «historique», vous dites? Une vitrine «internationale» pour Montréal?

Misère ! La place Jacques-Cartier dévalorise le Vieux au lieu de le valoriser. Les visiteurs ne citent d'ailleurs pas les terrasses qu'on y trouve lorsqu'ils sont sondés par Tourisme Montréal. Et les hôteliers ne les recommandent même pas à leur clientèle, c'est dire.

Plutôt que de préserver cet attrape-touriste, il serait donc bien plus judicieux de le repenser, de revenir à un concept qui met en valeur la place, son histoire, ses bâtiments, ses perspectives remarquables. Bref, son authenticité.

C'est ce que vise justement le concept présenté par l'administration Coderre. Un concept qui mise sur la démolition des terrasses plaquées sur les façades et leur reconstruction quelques mètres plus loin, en belles rangées ordonnées. Et, au centre, le projet vise à transformer la place en grande allée piétonne épurée.

On n'est pas dans la standardisation, mais bien dans la valorisation, dans la cohérence esthétique, dans le geste réfléchi. Un geste audacieux pour la Ville, qui ramassera la facture des nouvelles terrasses chauffées, aux contours vitrés, dotées de toits de zinc et d'auvents rétractables.

Tant mieux, donc, si on fait le ménage. Tant mieux si on opte pour des matériaux nobles. Tant mieux si on ouvre la perspective en transformant une place chaotique en majestueuse allée piétonne.

Bon, les restaurateurs n'aiment pas. Ils crient au meurtre parce qu'ils n'ont pas été consultés (c'est faux), et parce que leurs serveurs devront franchir une courte distance pour atteindre les terrasses (sept mètres).

C'est un inconvénient, peut-être. Lors des jours de vent et de pluie, peut-être. Lors des moments de très grande affluence, peut-être. Mais un inconvénient, néanmoins, qui semble bien mineur par rapport aux bénéfices du nouveau concept qui prolongera la saison des terrasses, qui leur donnera du lustre, qui augmentera leur attrait auprès des touristes ET des Montréalais.

Un beau projet, donc, un beau concept, comme on en retrouve dans les grandes villes du monde. Les contre-terrasses fonctionnent d'ailleurs très bien sur les Champs-Élysées à Paris, où l'été ressemble pas mal à nos étés. L'éloignement des tables ne pose pas de problème sur les Ramblas de Barcelone, où l'affluence dépasse pourtant celle du Vieux-Montréal. Les serveurs acceptent de faire quelques pas pour rejoindre les clients dans la rua Augusta de Lisbonne, même s'il vente parfois là aussi.

Et nous, à Montréal, on en serait incapables ? Vraiment ?

Pourquoi, au juste ?

SQUARE VIGER - Le projet de réaménagement du square Viger va franchir une étape importante cette semaine. J'ai appris que la Ville s'apprête à accorder le contrat de réaménagement du square Viger à la firme NIPPAYSAGE.

Bonne chose. NIPPAYSAGE, c'est un jeune bureau assez dégourdi qui s'est distingué en gagnant le concours canadien de design de la promenade Smith, dans Griffintown, et le concours d'architecture de paysage pour la place de l'Acadie.

Son approche «se concentre sur le souci de révéler le caractère identitaire de chacun des lieux d'intervention». Un objectif fort approprié pour le square Viger.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer