L'architecture nous rend paresseux

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Si vous avez pris la résolution de bouger davantage en 2016, si vous souhaitez prendre l'habitude de marcher, si vous comptez prendre l'escalier plus souvent que l'ascenseur, vous le réaliserez bien vite: l'architecture nous rend paresseux.

Entrez dans la plupart des bâtiments modernes, et il y a de fortes chances que vous ne trouviez même pas les marches. Vous serez accueilli par un ascenseur, voire un escalier mécanique. Mais l'escalier tout court, lui, il est habituellement dissimulé loin des regards, loin de l'effort.

C'est une évidence: les architectes traitent l'escalier comme un élément résiduel de la construction, un morceau qu'ils n'ont pas le choix de greffer au bâtiment pour respecter le Code. Les marches ne constituent ainsi bien souvent qu'une sortie d'urgence, souvent laide et caverneuse, qu'on hésite à emprunter de crainte de déclencher l'alarme.

C'est en visitant New York que la chose m'a frappé. En entrant dans l'édifice principal du Jardin botanique (courez-y, c'est magnifique!), des cordons m'ont forcé à passer devant l'escalier avant d'atteindre l'ascenseur, qui se trouve pourtant face à la porte.

C'était volontaire. On avait aussi installé des affiches pour m'inciter à brûler des calories... plutôt que de l'électricité. Puis, au fur et à mesure de l'ascension dans un environnement lumineux et coloré, on m'informait du nombre de marches à monter, des bienfaits de l'activité physique, etc.

Sur le coup, j'ai trouvé ça étrange, je l'avoue. Je me suis alors renseigné et j'ai appris qu'il s'agit d'une initiative municipale très répandue à New York.

La Ville a élaboré en 2010 des «Active Design Guidelines» au profit des architectes et des urbanistes pour qu'ils encouragent l'activité physique dans le cadre bâti, futur et existant.

N'ayez crainte, on ne leur suggère pas d'abandonner l'ascenseur, d'oublier l'accessibilité universelle ou de forcer les gens à monter 35 étages à pied! On leur propose simplement de rendre les escaliers plus invitants, de les mettre en valeur, d'en faire des éléments centraux des constructions.

C'est ce qu'on faisait à une autre époque, après tout. Ça me frappe chaque Nuit blanche à Montréal, quand j'entre dans l'édifice Belgo, rue Sainte-Catherine. Pour accéder aux galeries d'art situées sur les six étages de ce bâtiment construit il y a 100 ans, tout le monde emprunte l'escalier. Car c'est la première chose qu'on voit en entrant, l'ascenseur ayant été caché à l'extrémité du long couloir!

Voilà qui devrait faire réfléchir les architectes au moment où, collectivement, on lutte contre l'inactivité physique. Plutôt que de tendre vers le plus petit effort commun, pourquoi ne pas au moins donner le choix aux usagers?

C'est ce que prêchait l'Ordre des architectes du Québec (OAQ) il y a quelques années, d'ailleurs, lors des consultations publiques «Montréal, physiquement active».

Il rappelait alors que les architectes et urbanistes se sont attaqués dans le passé aux problèmes de santé publique. Ils ont jadis assaini les rues, les conduites d'eau et les bâtiments, ce qui a permis de vaincre des maladies comme le choléra et la tuberculose.

«Aujourd'hui, l'inactivité fait davantage de victimes que le manque d'hygiène. Et rien n'indique un renversement de la tendance, notait l'OAQ dans son mémoire. Or une partie de la clé se trouve... dans les escaliers! Mine de rien, gravir des marches deux minutes par jour permet de brûler assez de calories pour éviter de prendre une livre par année... justement le poids gagné chaque année par l'Américain moyen.»

Voilà pourquoi on prend le problème au sérieux à New York. Voilà pourquoi on propose aux professionnels des stratégies d'intervention qui favorisent le mouvement et les déplacements.

Un bon exemple: le High Line Park, ce magnifique parc linéaire aménagé sur une voie ferrée aérienne. Pour y accéder, il y a des escaliers tout le long du parcours... mais bonne chance pour trouver l'ascenseur!

Au Québec, on n'en est pas là. Montréal a bien adopté une politique du sport et de l'activité physique, mais on se contente d'une intention résumée en cinq mots: «rendre les escaliers plus attrayants». Peu convaincant. À titre comparatif, le document de New York contient plus de 20 pages... juste sur l'importance du design des escaliers!

Pas surprenant, donc, que les initiatives soient rares, ici. Des initiatives comme ces pastilles collées au sol dans les couloirs de la station de métro Berri, que j'ai croisées avant Noël. La STM m'invitait ainsi à prendre «un parcours 100% plus actif» en m'indiquant le nombre de marches que contenait l'escalier devant moi.

Une initiative toute simple, qui coûte trois fois rien... mais qui risque d'avoir un effet plus durable qu'une résolution du Nouvel An.

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