Ces commerçants qu'on étouffe

Alessandro Arciero, propriétaire du bar Le Belmont, déplore... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE)

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Alessandro Arciero, propriétaire du bar Le Belmont, déplore que depuis 2008, les taxes municipales imposées à son commerce soient passées de 10 000 $ à 28 000 $.

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Alessandro Arciero n'en peut plus des taxes sur les immeubles non résidentiels à Montréal. Mais il n'a pas le choix de payer, il est propriétaire d'un bar sur la Main, Le Belmont. Il ne peut pas déménager au DIX30. Il ne peut pas traverser le pont avec son permis d'alcool sous le bras et dire « ciao, bye » !

Donc il reste ici. Malgré les chantiers. Malgré les tracasseries. Malgré des hausses de taxes qui défient la loi de la gravité.

« Quand j'ai acheté le bar en 2008, je payais 10 000 $ en taxes municipales. Au bout de quatre ans, ç'a passé à 24 000 $ ! Et aujourd'hui, je dois payer 28 000 $ ! Et c'est sans compter mon loyer de 21 000 $ par mois. Pas compliqué, je me fais avoir des deux côtés... »

Ce que vit Alessandro, c'est le lot d'à peu près tous les commerçants à Montréal. Des commerçants qui n'en peuvent plus des hausses de taxes à répétition, des règlements tatillons, des exigences d'arrondissements, de la paperasserie, des chantiers qui ne finissent plus...

Donc certains ferment. D'autres déménagent. Et d'autres encore, plus courageux, se résignent à payer.

Pour ces derniers, le budget dévoilé hier par l'administration Coderre-Desrochers est un baume qui apaise les maux fiscaux des dernières années, un tout petit peu. C'est une main tendue pour calmer la grogne des commerçants.

La Ville a décidé d'augmenter les taxes non résidentielles (+ 0,9 %) moitié moins que les taxes résidentielles (+ 1,9 %). Une première.

Ce n'est pas grand-chose. Ça ne compense pas les hausses de taxes en série qu'ont dû essuyer les commerçants au cours des dernières années. Ça n'efface pas l'horrible performance entrepreneuriale de Montréal, qui vient de finir 121e sur 121 dans le classement de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Mais c'est un premier pas, comme le reconnaît Alessandro Arciero. « Vous savez, anything helps dans le contexte... »

C'est une façon de dire aux commerçants qu'on ne les prend pas pour des vaches à lait. Ou pas juste pour des vaches à lait, en tout cas.

Une impression qu'il est facile d'avoir quand on regarde les chiffres des dernières années. Les revenus de Montréal sont chaque année plus dépendants du foncier... et le foncier est dépendant des commerçants !

« Et vous savez le pire ?, me lance le propriétaire du Belmont. C'est qu'on reçoit toutes ces hausses sans que jamais on nous les explique. »

Qu'on ne s'étonne pas après que le nombre de commerces vides augmente. Et qu'on s'étonne encore moins de les voir rouvrir en banlieue. Un phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur depuis 15 ans : la proportion des commerces de la région situés dans l'île est passée de 57 à 53 %.

C'est en banlieue qu'on trouvera bientôt la majorité des commerces de la région...

Dans ce contexte, c'est donc un signal positif qu'a envoyé hier Denis Coderre. Mais il devra être suivi de mesures autrement courageuses qu'une demi-hausse de taxes. Des mesures qu'on promet pour février prochain.

La Ville souhaite d'abord créer un groupe de réflexion, chose qui n'avait pas encore été mise sur pied, curieusement. Ce groupe devra s'interroger sur différents aspects de la vie commerçante. S'il faut modifier la fiscalité des commerces qui se trouvent sur une artère en chantier, par exemple. S'il faut mettre sur pied un guichet unique pour simplifier les services aux commerçants...

Surprenant qu'on ait attendu le 11e mois de l'« année du développement économique » du maire pour entamer ce questionnement. Étonnant qu'il ait fallu attendre le troisième budget de l'ère Coderre pour se poser ces questions.

Mais au moins, on se les pose. Anything helps, comme dit l'autre.

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